Author: stylmadmin

  • Pratiques 181-182, 2019: “Le récit en questions”

    Centre de recherche sur les médiations
    Communication, langue, art, culture
    (EA 3476, Université de Lorraine, France)

    Pratiques181-182, 2019″Le récit en questions”

    Sous la direction d’André PetitjeanConsulter en ligne :  https://journals.openedition.org/pratiques/5593PRÉSENTATION

    Ce numéro de Pratiques a été pensé en fonction d’une double logique, à la fois historique et synchronique. Pour la première, puisque depuis la création de Pratiques en 1974, des théorisations narratives diverses ont été défendues, il était important de porter sur elles un regard rétrospectif. Pour la seconde, elle correspond au fait que le numéro s’inscrit dans le programme de recherche du Centre de recherche sur les médiations (Crem) intitulé « Narrations de la société/sociétés de la narration » tel qu’il est consacré au récit et aux différentes formes de narration sociale. L’enjeu est de faire interagir des recherches qui mettent l’accent sur la description et la classification avec d’autres plus spéculatives et interprétatives.

    Le numéro a été conçu en trois parties. Dans la première (« Les théories du récit en débat »), on confronte certains paradigmes du récit. C’est ainsi que sont mis en débat ou en question la linguistique textuelle et discursive, la sémiotique narrative, l’ethnocritique, les approches cognitivistes ainsi que la narratologie non naturelle. Dans la seconde partie (« Fictions et non fictions contemporaines »), il s’est agi de rendre compte du statut du récit dans les productions actuelles, qu’elles aient la forme de romans, de pièces de théâtre, de « narrations documentaires », de séries télévisées ou de jeux vidéo. Quant à la troisième partie (« Les récits en situation scolaire »), elle interroge la place des récits au sein de la discipline français (lecture et écriture) et dans d’autres disciplines tels qu’ils dépendent, pour une part, des configurations disciplinaires.

    SOMMAIRE

    André Petitjean – Le récit en questions : introduction

    Les théories du récit en débat

    Jean-Michel Adam – Linguistique – récits – narratologie
    Alain Rabatel – Récit et mobilité empathique
    Denis Bertrand – De la narratologie à la narrativité, et retour. Bilan et perspectives de la théorie greimassienne
    Marion Colas-Blaise – Comment penser la narrativité dans l’image fixe ? La « composition cinétique » chez Paul Klee
    Aurora Fragonara – Pour une relecture et un emploi cognitifs des schémas narratifs structuralistes
    Jean-Marie Privat – Je compris que vous conjecturiez… Ethnocritique d’un récit de Borges
    Sylvie Patron – Récits non naturels, narratologie non naturelle : apports, problèmes et perspectives
    Sylvie Patron – La passion du non-naturel. Entretien avec Brian Richardson
    Françoise Revaz – Les récits produits en psychothérapie : un défi pour la narratologie

    Fictions et non fictions contemporaines

    Sophie Milcent-Lawson – Un tournant animal dans la fiction française contemporaine ?
    André Petitjean – Théâtre et récit : l’exemple des pièces monologuées contemporaines
    Charlotte Lacoste – Ne pas (se) raconter d’histoires. La littérature française après le xxe siècle
    Marta Boni et Camille Martinez – Récits sériels exploratoires
    Dario Compagno – Récits interactifs et expérience de liberté

    Les récits en situation scolaire

    Yves Reuter – Des récits et des élèves
    Aurore Promonet – La trace écrite scolaire : un récit ?
    Pierre Moinard – Narrations d’hier et d’aujourd’hui sur des forums et des blogs d’apprentis lecteurs

  • La Simplicité

    La Simplicité
    Manifestations et enjeux culturels du simple en art
    Sous la direction de Sophie Jollin-Bertocchi, Lia Kurts-Wöste, Anne-Marie Paillet et Claire Stolz

    Bibliothèque de Grammaire et de Linguistique No 51.

    542 p., broché, 15,5 × 23,5 cm. ISBN 978-2-7453-3564-7. 85 €

    Bon de commande_La Simplicité

  • La Présupposition entre théorisation et mise en discours

    La Présupposition entre théorisation et mise en discours 

    • Directeurs d’ouvrage: Biglari (Amir), Bonhomme (Marc)
    • Contributeurs: Amossy (Ruth), Anscombre (Jean-Claude), Berthelot-Guiet (Karine), Biglari (Amir), Bonhomme (Marc), Carel (Marion), Deloor (Sandrine), Druetta (Ruggero), Dufiet (Jean-Paul), Everaert (Guy), Everaert-Desmedt (Nicole), Genin (Christophe), Helkkula (Mervi), Jaubert (Anna), Jayez (Jacques), Kerbrat-Orecchioni (Catherine), Moeschler (Jacques), Paissa (Paola), Rabatel (Alain), Raccah (Pierre-Yves), Reinecke (Robert), Roque (Georges), Rossari (Corinne), Sarfati (Georges-Elia), Saussure (Louis de)
    • Nombre de pages: 582
    • ISBN: 978-2-406-06646-0
    • ISSN: 2103-5636
    • Éditeur: Classiques Garnier – Paris
    • Collection / Revue: Rencontres, n° 350
    • Série: Linguistique, n° 3
    • Date de parution: 22/08/2018
    • Année de publication: 2018
    • Langues: Français
    • Mots-clés: Linguistique, analyse du discours, pragmatique, rhétorique, sémiotique, littérature française, théorie littéraire, sciences de l’information et de la communication, sciences politiques, histoire de l’art
  • Stylistique et méthode

    Couverture

    Stylistique et méthode
    Quels paliers de pertinence textuelle ?

    Sous la direction de Michèle Monte, Stéphanie Thonnerieux et Philippe Wahl


    376 p. – 15,5 x 24 cm – 24 € – ISBN : 978-2-7297-0935-8 – collection « Textes & Langue »

    Comment lire les textes ? Alors qu’on reproche parfois à la stylistique un défaut de réflexion sur ses procédures et ses outils ou un certain atomisme descriptif, cet ouvrage collectif place les méthodes d’analyse textuelle au cœur de sa problématique, en l’ouvrant aux questions de corpus. Il interroge les modes de définition et d’articulation des paliers et des unités d’analyse, en manifestant la dépendance des faits locaux à l’égard de déterminations globales (discours, genre, texte). Sa perspective intégrative apporte un éclairage nouveau sur des objets traditionnels de l’étude stylistique : figure de rhétorique, construction syntaxique, phénomène énonciatif…
    Certaines contributions explorent des formes codifiées (paragraphe, chapitre, strophe), d’autres des zones de localité à construire selon un projet herméneutique. Portant sur des corpus variés (du XVIIe au XXIe siècle, du roman à la BD, en passant par le poème ou le discours politique), ces vingt-et-une études, dont certaines intègrent l’apport des outils informatisés, interrogent la valeur des faits de langage en contexte à travers les interactions entre paliers textuels. Elles explorent les rapports entre spatialité du texte et temporalité des parcours de lecture dans la sémiosis verbale. Ce renouvellement des approches stylistiques intéressera aussi bien les linguistes du texte que les spécialistes de littérature.

    Table des matières

    Bon de commande

  • Approches linguistique et stylistique de l’œuvre de Bernard-Marie Koltès

    Approches linguistique et stylistique de l’œuvre de Bernard-Marie Koltès

    André Petitjean

    Éd. universitaires de Dijon, 2018, 219 pages, 18 €

    Présentation

    Dramaturge important dans le répertoire du théâtre français, Bernard-Marie Koltès est également l’un des auteurs les plus joués à l’étranger. Sa notoriété se mesure aussi au nombre des travaux (thèses, livres, articles) qui lui sont consacrés. L’intérêt du présent ouvrage est de rendre compte, d’un point de vue linguistique, des particularités de l’énonciation dramatique afin de mieux saisir l’originalité du style de Koltès tant au niveau des dialogues que des didascalies. Cette étude tente de cerner sa singularité idiolectale telle qu’elle est perceptible au niveau des contenus de ses œuvres (poétique des lieux, motifs de la violence et du mensonge) comme de leurs modalités énonciatives (du rôle des termes d’adresse aux différents modes de dialogisme).
    Si certaines pièces font l’objet d’un traitement particulier (Quai ouest et La Nuit juste avant les forêts), les études s’appuient sur un corpus comprenant la majorité des œuvres dramatiques ainsi que des interventions critiques du dramaturge. Au total, il apparaît que l’actualité du regard que porte Koltès sur l’humanité s’accompagne d’une quête permanente de renouvellement des formes dramatiques.

  • Paradoxes et style paradoxal (L’âge des moralistes)

    Pierre-Yves Gallard :
    Paradoxes et style paradoxal (L’âge des moralistes)

    Cet ouvrage interroge l’affinité entre le paradoxe et la prose des moralistes classiques. Il étudie l’appropriation d’un fait de langue et sa revalorisation en fait de style chez Montaigne, Pascal, La Rochefoucauld et La Bruyère. Il propose une contribution aux études littéraires classiques et aux études linguistiques.

    Collection “Investigations stylistiques”, n°11,
    Sous la direction de Delphine Denis et Anna Jaubert,

    Editions Classiques Garnier

    Paradoxes et style paradoxal_publicité

  • Texte, Fragmentation, Créativité I

    Penser le fragment en linguistique / Studies on a fragment in linguistics

    Peter Lang, Collections : Etudes de linguistique, littérature et arts / Studi di Lingua, Letteratura e Arte

    Édité par Anna Krzyzanowska et Jolanta Rachwalska Von Rejchwald

    Le présent livre propose de réfléchir sur le texte, produit d’une activité discursive susceptible d’être mesurée aux différents niveaux de son architecture – aussi bien à l’échelle de la séquence qu’à l’échelle de l’œuvre entière. Les enjeux de notre recherche s’articulent autour de la fragmentation et du fragment, deux notions pertinentes qui ne sont pas ici appréhendées en tant qu’agent perturbateur, voire destructeur d’un ensemble régi par un ordre canonique ou par une norme, mais comme une invitation à (re)penser les potentialités latentes de la structure.

    ISBN :978-3-631-76661-3
    DOI : 10.3726/b14606

    Table des matières

    • Les citations parodiques dans le discours publicitaire : entre fragmentation et réajustement textuel (Marc Bonhomme)
    • La fragmentation de l’identité dans les rituels de présentation : le cas Modiano (Francis Grossmann)
    • L’art de la fragmentation dans la presse écrite (Greta Komur-Thilloy)
    • À propos du statut énonciatif des îlots textuels. Le cas de la non-coïncidence du discours à lui-même (Elżbieta Biardzka)
    • De la traduction fragmentaire à la traduction intégrale dans le cas des sciences humaines (Raluca-Nicoleta Balaţchi / Ionela Arganisciuc)
    • Les îlots enregistrés : facteurs de créativité dans la rédaction d’articles radiophoniques (Bertrand Verine)
    • De l’insertion des exemples dans les textes dissertatifs : une contrainte potentiellement libératrice ? (Françoise Collinet)
    • Dislocation du syntagme nominal et enrichissement du sens de la phrase : L’exemple de la poésie épique latine (Marie-Dominique Joffre)
    • Redorer son blason quelque peu terni. Les manipulations des locutions figées en contexte (Aneta Filipiuk-Kusz / Anna Krzyżanowska)
    • La fragmentation et la circularité comme principes organisateurs de la structure du texte dialogal des forums d’Internet (approche interprétative) (Katarzyna Wołowska)
    • Fonctionnement des notes dans l’oeuvre de fiction (sur l’exemple du roman de Pierre Daninos Les carnets du Major Thompson) (Olga Melnichuk)
    • Fragmentation et traduction : le cas de l’écriture rushdienne (Mariane Utudji)
    • Des comptes rendus de perception dans le cadre de la linguistique appliquée (Fabrice Marsac)
    • Le Maître et Marguerite de M. Boulgakov : original et traductions du culturème toska (Swietłana Niewzorowa)
    • Un langage malhabile et fragmenté : types des détachements linguistiques dans les trois derniers romans de Laurent Mauvignier (Maria Katsantoni)
    • La dislocation droite : entre la syntaxe, la sémantique et la grammaire de texte (Marek Kęsik)
    • L’emploi des temps grammaticaux et des compléments de temps en tant que signes d’une rupture de cohésion (Katarzyna Kwapisz-Osadnik)
    • Rupture temporelle dans le texte en tant que facteur de délimitation des emplois itératifs et sémelfactifs des verbes de mouvement. Analyse pour les besoins de la traduction automatique (Michał Hrabia)
    • La fragmentation de l’orthographe française : le cas de Twitter (Jan Lazar)
  • Décès de Laurence Bougault

    Nous venons d’apprendre avec une très grande tristesse la nouvelle de la disparition de Laurence Bougault, à l’âge de 48 ans.

    Laurence était notre amie, notre collègue de l’université de Rennes et nous regrettons son énergie communicative, sa curiosité critique, son enthousiasme théorique, sa générosité.

    À l’origine de l’AIS, qu’elle avait fondée en 2004 pour rassembler les stylisticiens et mieux faire connaître leurs travaux, elle a largement contribué à donner à cette discipline la consistance d’un champ de recherche.

    Auteure d’une œuvre remarquable portant sur les liens entre syntaxe et signifiance en poésie contemporaine et plus largement sur la question des valeurs dans le texte littéraire, elle était aussi poète, romancière, peintre, aventurière à cheval et érudite.

    Nos pensées vont à son fils, ses parents, sa famille et ses amis.

    Judith Wulf, présidente de l’AIS

  • “Territoires et frontières du style” en ligne. Revue MALICE n°8. Juillet 2018

    Journée d’étude AIS « Territoires et frontières du style »

    Dans le cadre de la formation des étudiants de Master qui peuvent suivre un séminaire de stylistique au premier semestre du M1 et du M2 de Lettres modernes, l’UFR ALLSH (ARTS, Lettres, Langues et Sciences humaines) de l’Université d’Aix-Marseille (AMU), le laboratoire du CIELAM (Centre interdisciplinaire d’étude des littératures d’Aix-Marseille) et l’AIS (Association Internationale de Stylistique) ont proposé une journée d’étude aux doctorant-e-s en stylistique sous forme de présentation de leurs travaux. Elle a eu lieu le vendredi 3 février 2017 à la Maison de la Recherche du site Schuman d’Aix-en-Provence, sous la bienveillante présidence de Joëlle Gardes Tamine, qui fut très longtemps professeur à l’Université de Provence avant de rejoindre Paris IV- Sorbonne. Depuis, Joëlle Gardes nous a quittés le 11 septembre 2017, à 72 ans, sept mois après qu’elle a honoré de sa présence cette manifestation. Elle fut ma propre enseignante à la fin de années 80 et ma directrice de maîtrise, de DEA et de thèse ; elle fut aussi avec Georges Molinié à l’instigation de cette association de stylistique que Laurence Bougault (MCF à Rennes II), Judith Wulf (PR à Nantes) et moi avons fondé en 2004. Or il y avait bien dès le début dans la motivation de nos inspirateurs l’idée de rassembler les chercheurs en stylistique et de mieux faire connaître leurs travaux, en France ainsi qu’à l’étranger. La discipline avait refondé depuis plusieurs années ses cadres théoriques et méthodologiques, confirmant son statut d’herméneutique du texte, en marge du rôle qui continuait de lui être reconnu dans la formation universitaire et les concours d’enseignement. Il fallait lui assurer sa place à l’articulation des sciences du langage et des études littéraires, en complémentarité avec plusieurs courants de réflexion dont elle accompagnait l’évolution, liée en particulier au développement de nouvelles méthodes et techniques (linguistique, pragmatique, sémiotique, poétique, philologie, génétique, textométrie). Cet esprit que Gardes et Molinié nous ont légué se retrouvait donc, pour la première fois depuis la création de l’AIS, dans ce projet de proposer à de jeunes doctorant-e-s intéressé-e-s par cette rencontre de se faire connaître pour exposer (et en présentant) l’objet de leur thèse, l’objectif qu’elle poursuivait, l’apport qu’elle proposait d’apporter à la connaissance du sujet, les méthodes qu’elle utilisait. Il s’agissait d’offrir aux contributeurs retenus la liberté de confronter leurs conceptions, de partager leurs convictions et leurs interrogations avec d’autres chercheurs…

    Philippe Jousset (PR, AMU), Stéphane Chaudier (PR, Lille 3) et moi, qui avions repris l’association des mains lyonnaises de Philippe Wahl (MCF, Lyon 2) en 2015, nous ne préjugions, par conséquent, ni du périmètre de l’enquête, ni des thématiques, ni des problématiques ; et jetions une sonde dans le réservoir. Il semble en effet que la stylistique aujourd’hui ne soit dominée par aucune école et qu’aucun magistère ne s’impose ; cette journée était donc de nature prospective, et l’occasion de faire un point, de se demander où va la stylistique, si elle va quelque part, quel pourrait être son avenir : des tendances se dessinent-elles ? Les travaux récents s’inscrivent-ils avant tout dans la continuation de traditions bien établies ou proposent-ils des novations ? Comment se porte la théorie ? Quelle part lui est faite dans les pratiques ?

    La stylistique explore, à travers les questions d’énonciation, de genres et de corpus, d’historicité des formes et des valeurs, les problématiques liant littérature et style. Mais son domaine s’étend à d’autres espaces discursifs (politique, journalistique, publicitaire), ainsi qu’aux relations intersémiotiques. L’analyse des textes est susceptible de s’inscrire dans des champs épistémologiques et des problématiques plus larges : analyse des discours, anthropologie, philosophie du langage, esthétique. On se rappelle la fameuse et toujours problématique question Qu’est-ce que le style ? posée par Pierre Cahné et Georges Molinié, dans un ouvrage collectif qui a pris avec le temps l’autorité d’un classique ; on sait qu’elle en implique deux autres, tout aussi inquiétantes pour un esprit épris de rigueur : qu’est-ce que la stylistique ? à quoi sert-elle ? Plus de vingt ans après, un collectif L’Homme dans le style et réciproquement, issu d’un colloque à Sfax intitulé lui-même Controverses sur le style, se nuance par un avant-propos au titre très délicatement malherbien : « Style, mon beau souci… », tous signes que les questions perdurent. Les doctorant-e-s et nous-mêmes étions donc invités à réfléchir aux inflexions que nos recherches nous ont conduits à enregistrer et qui concernent les enjeux et les méthodes de la stylistique contemporaine, celle qui se pratique (ou se cherche) depuis 1990 (repère commode) et l’essai toujours stimulant de Laurent Jenny, La Parole singulière. On proposait donc aux doctorant-e-s, mais sans exclusive, la mise en bouche suivante : Quels sont les échelles et paliers de pertinence retenus : genres, périodes, auteur, œuvre, texte… ? Allaient-ils rejouer (en s’y inscrivant) ou déjouer (en s’en démarquant) les courants distingués : stylistique de genre, stylistique d’auteur, stylistique d’époque1 ? Quels rapports (de proximité ou de conflictualité) la stylistique entretient-elle avec ses disciplines voisines : l’éminente et toujours verte rhétorique (si tant est qu’il n’y en ait qu’une), la poétique, la linguistique textuelle, la sémiotique des textes, la sociolinguistique, la linguistique tout court ? De quelles influences la stylistique témoigne-t-elle aujourd’hui et comment a-t-elle évolué au contact d’autres disciplines (la concurrence avec l’Analyse du discours, avant tout) ou en tentant de répondre au développement de spécialités qui la concernent, voire la mettent en question (la génétique jouant à cet égard un rôle majeur) ? Où en sont ses rapports avec ses voisinages (la philosophie, l’anthropologie2, la psychologie, les sciences cognitives…) ? En quoi l’objet d’étude choisi (qu’il soit littéraire, donc canonique, ou plus marginal : chanson, BD, scénario, sketch, productions dites populaires) infléchit-il les réponses à apporter à ces questions, voire les questionnements eux-mêmes ? Car, bien sûr, une fois que nous avons révélé les particularités de nos corpus de prédilection, par goût ou par compétence, il n’en demeure pas moins que la discipline stylistique nous donne justement comme mission de parier que, pour tout champ littéraire, le fonctionnement linguistique, et au-delà la conduite de l’écrivain, révéleront les intentions et attentions de celui-ci et surtout expliqueront, mettront au jour les effets de son texte sur le lecteur. Mais pour ce but commun, n’y a-t-il pas des cheminements divers ? Bref : quels (nouveaux) objets ? quelles (nouvelles) manières ?

    Alice DUMAS : Les mots en question dans l’œuvre narrative de Marivaux : réflexion sur une approche stylistique

    Cette contribution a pour objet de justifier et questionner l’approche stylistique, en particulier sémantique et lexicologique qui sous-tend le travail de thèse. Après une présentation de l’objet de la thèse, à savoir le rapport particulier de Marivaux au langage qui recherche une clarté et un dynamisme nouveau dans un contexte de querelle des Anciens et des Modernes, Alice Dumas tâche de montrer la richesse et la pertinence d’une approche stylistique mais également les questions qu’elle soulève. Le terme « marivaudage », critique du style raffiné de Marivaux, tend à prouver que dès la réception des œuvres, les lecteurs ont perçu une originalité stylistique caractéristique, doublée d’une pratique réflexive du polygraphe. Ce rapport particulier d’un auteur à sa langue et à ses mots, mots dont il met sans cesse en branle le sémantisme, légitime l’approche stylistique choisie pour aborder deux romans majeurs, Le Paysan parvenu et La Vie de Marianne. Cette instabilité lexicale sera abordée à travers l’exemple du phénomène de la reprise pour aboutir sur la proposition d’un concept global désignant le traitement sémantique marivaldien.

    Anne-Laure KIVINIEMI : Stylistique pragmatique et écriture des poilus

    Le style étant une propriété générale des discours, il n’y a pas lieu d’exclure d’études stylistiques les textes non littéraires. Bien au contraire, la prise en compte de tels types de textes aux côtés d’écrits littéraires permet de recentrer l’objet de la stylistique sur les modalités de production de sens et de valeur. Les écrits ordinaires permettent de mieux cerner ce qu’est le style dans sa progressivité intrinsèque. L’idée est de montrer l’intérêt de l’étude d’écritures ordinaires en stylistique et de défendre le droit à l’existence du style et de la stylistique au-delà du langage poétique : écriture ordinaire et écriture littéraire se situent non dans un rapport de cloisonnement mais plutôt sur un continuum, si bien qu’il est impossible de discerner la limite entre le domaine de l’une et celui de l’autre.

    Juliette LORMIER : Vers à l’antique et vers syllabiques français : réflexions sur la portée stylistique du rythme

    Les variations de durée vocalique jouent un rôle déterminant dans le dessin rythmique du vers français. Dans une perspective comparative, l’étude de plusieurs exemples de scansions de vers syllabiques, mesurés à l’antique ou accentuels permet d’en témoigner. A partir d’une définition claire de la durée et de la prosodie qui prend en compte, pour s’enrichir, les définitions de la quantité et de la prosodie propres aux Anciens, nous étudierons la portée stylistique des oscillations duratives dans plusieurs vers de Jean-Antoine de Baïf et Jean Racine. Deux questions s’articuleront à notre propos : le cas échéant, pourquoi tenter de faire franchir une frontière linguistique à une forme métrique ? quels apports stylistiques pour le poème ?

    Jérémy NAÏM : Le récit enchâssé, de la poétique à la stylistique

    Dans les années soixante, la poétique poursuivait deux objectifs : l’extension de la linguistique au-delà de la phrase et la recherche de critères formels de la littérarité. Ce second objectif, d’évidence le plus daté, est celui qui donna le moins de résultats. Todorov imaginait déjà une époque – la nôtre – où la poétique serait remplacée par une linguistique de tous les textes. De la poétique à la stylistique, réside donc le glissement d’une époque qui ne veut plus abandonner l’interrogation linguistique sur la littérature. Le récit enchâssé est-il un objet d’étude pour le stylisticien ? La question revient à se demander ce que la stylistique peut dire des unités supra-textuelles que la narratologie a investi dans les années soixante-dix. Pour y parvenir, le stylisticien doit peut-être abandonner le postulat énonciatif de l’enchâssement pour privilégier une lecture séquentielle, telle que la linguistique textuelle l’a développée. Dès lors, son rôle serait d’étudier « l’effet d’enchâssement », c’est-à-dire l’accentuation plus ou moins forte de la différence qu’une séquence marque par rapport à celles qui l’entourent.

    Laelia VERON : Approche rhétorique, linguistique et socio-poétique de la forme littéraire. La stylistique comme étude des « formes-sens »

    Tenter d’établir une démarche stylistique qui dépasse la description techniciste du texte implique de penser le lien entre forme et sens de l’œuvre littéraire. La stylistique, entendue comme approche linguistique du discours, peut alors se nourrir d’une sensibilité historique et sociocritique (telle qu’elle est définie notamment par Duchet). Nous tenterons d’étudier, à partir de l’exemple du trait d’esprit dans la Comédie humaine de Balzac, le fonctionnement pragmatique de cette parole romanesque « à travers l’activité sociale qui [la] porte » (D . Maingueneau). On se demandera également s’il est possible de faire de cette analyse des formes du social dans le texte l’indice d’une vision sociale du monde. Cet article se prononce ainsi pour une stylistique à visée herméneutique, qu’on peut appeler socio-poétique ou socio-stylistique.

     

    BIBLIOGRAPHIE :

    • Claire Badiou-Monferran, La Littéralité des belles-lettres. Un défi pour les sciences du texte, Paris, Classiques Garnier, 2013, et les autres titres de la collection « Investigations stylistiques » chez le même éditeur.
    • Éric Bordas, Georges Molinié (dir.), Style, langue et société, Paris, éd. Honoré Champion, 2015.

    • Laurence Bougault, Judith Wulf (éd.), StylistiqueS ? Rennes, PUR, coll. « Interférences », 2010.

    • Joëlle Gardes Tamine, Pour une nouvelle théorie des figures, Paris, PUF, coll. « L’interrogation philosophique », 2011.

    • Laure Himy-Piéri, Jean-François Castille, Laurence Bougault (éd.), Le Style, découpeur de réel, Rennes, PUR, coll. « Interférences »,2014.

    • Laurent Jenny (éd.), Le Style en acte. Vers une pragmatique du style, Genève, MétisPresses, 2011.

    • Philippe Jousset (éd.), L’Homme dans le style et réciproquement, Aix-en-Provence, PUP, coll. « textuelles », 2015.

    • Cécile Narjoux (éd.), Au-delà des frontières : Perspectives de la stylistique contemporaine, Francfort, Peter Lang, 2012.

    • Philippe Wahl, Michèle Monte, Stéphanie Thonnérieux (éd), Stylistique et méthode. Quels paliers de pertinence textuelle ? Lyon, PUL, collection « Textes & Langue », 2018.

    1Il faut entendre une définition qui ne serait pas trop limitative de ce style d’époque : « insérer la description des styles d’auteur dans deux perspectives plus larges : tout d’abord, l’histoire longue des pratiques esthétiques […] ; ensuite la description des possibilités expressives ouvertes à la langue par le statut discursif et social si particulier de la littérature » (Gilles Philippe et Julien Piat, La Langue littéraire, une histoire de la prose en France de Gustave Flaubert à Claude Simon, Fayard, 2009, p. 37).

    2Voir dans Philippe Jousset, Anthropologie du style. Propositions (Pessac, Presses Universitaires de Bordeaux, 2008), cette phrase programmatique, à laquelle nous souscrivons tout à fait : « les textes ne sont pas des tableaux sous les yeux, ce sont des occasions de pratique qui font partie des modalités d’insertion dans un environnement, de présence au monde, de résonance, d’extériorisation/intériorisation dont nous sommes équipés. » Il s’agit donc de comprendre dans ce mouvement de la stylistique auquel nous adhérons de « comprendre la façon dont la littérature “réplique” à la vie » (p. 18).