{"id":274,"date":"2012-10-28T16:57:39","date_gmt":"2012-10-28T15:57:39","guid":{"rendered":"http:\/\/www.styl-m.org\/?page_id=274"},"modified":"2012-10-28T16:57:39","modified_gmt":"2012-10-28T15:57:39","slug":"laurence-bougault","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ais.airaud.net\/index.php\/2012\/10\/28\/laurence-bougault\/","title":{"rendered":"Laurence Bougault"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Valeurs d&#8217;Autrui et fiction<\/strong><br \/> <strong>dans l&#8217;\u0153uvre romanesque de Jean Genet<\/strong><\/h2>\n\n\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 la lecture du num\u00e9ro d&#8217;<em>Europe<\/em> consacr\u00e9 \u00e0 Jean Genet, on \u00e9tait frapp\u00e9 par la r\u00e9currence du probl\u00e8me de l&#8217;\u00ab\u00a0autofiction\u00a0\u00bb (Doubrovsky) qui \u00ab\u00a0op\u00e8re dans un <em>no man&#8217;s land<\/em> entre autobiographie et fiction\u00a0\u00bb (<em>Europe<\/em> , Spear, p. 26) et de celui du rapport \u00e0 Autrui (Autrui comme partenaire amoureux, Autrui comme instance sociale contraignante, Autrui comme <em>polis<\/em>,&#8230;). On voudrait ici soulever la question suivante\u00a0 : l&#8217;omnipr\u00e9sence de ces deux aspects de l&#8217;oeuvre de Genet n&#8217;est-elle pas le signe que, loin d&#8217;\u00eatre dissoci\u00e9s, autofiction et traitement de l&#8217;alt\u00e9rit\u00e9 s&#8217;autod\u00e9terminent l&#8217;un par l&#8217;autre. En s&#8217;appuyant sur les r\u00e9flexions d&#8217;Emmanuel L\u00e9vinas quant au probl\u00e8me de l&#8217;ext\u00e9riorit\u00e9, telles qu&#8217;elles apparaissent dans <em>Totalit\u00e9 et Infini<\/em>, on aimerait en effet envisager comment, \u00e0 la fronti\u00e8re de l&#8217;autobiographie et du \u00ab\u00a0fictif\u00a0\u00bb, Jean Genet valorise certains types de rapports \u00e0 Autrui qui impliquent une redistribution du r\u00e9el selon une esth\u00e9tique de l&#8217;assimilation de l&#8217;Autre dans les mondes possibles d\u00e9ploy\u00e9s par le sujet.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Etant donn\u00e9 la complexit\u00e9 d&#8217;un tel sujet, on tentera d&#8217;abord d&#8217;envisager d&#8217;un point de vue purement intratextuel, les diff\u00e9rents types de relation \u00e0 autrui qui peuvent \u00eatre mis en \u00e9vidence dans les romans de J.\u00a0Genet, avant d&#8217;aborder le d\u00e9licat probl\u00e8me du rapport entre r\u00e9alit\u00e9 et mise en r\u00e9cit, tel qu&#8217;il affleure au sein de l&#8217;\u00e9criture elle-m\u00eame.<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<h2><strong>Typologie des relations \u00e0 autrui dans les romans de Jean Genet<\/strong><\/h2>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Envisager la question de l&#8217;alt\u00e9rit\u00e9 implique de consid\u00e9rer la notion de <em>sujet<\/em> et celle d&#8217;<em>autrui<\/em> comme des notions r\u00e9versibles, \u00e0 l&#8217;instar des premi\u00e8re et deuxi\u00e8me personnes du singulier. En effet, tant\u00f4t <em>je<\/em> est sujet, tant\u00f4t <em>je<\/em> est cet autre qui me fait face dans le dialogue et qui s&#8217;adresse \u00e0 moi. La complexit\u00e9 du syst\u00e8me actantiel romanesque, permet \u00e0 l&#8217;auteur de faire varier le point de vue entre ext\u00e9riorit\u00e9 et int\u00e9riorit\u00e9. On propose de symboliser par une fl\u00e8che le mouvement qui va de l&#8217;int\u00e9riorit\u00e9 d&#8217;un sujet vers l&#8217;ext\u00e9riorit\u00e9 per\u00e7ue d&#8217;autrui, l&#8217;\u00e9criture romanesque m\u00e9nageant la possibilit\u00e9 de construire les deux mouvements suivants\u00a0:<\/p>\n<p>&#8211; Je -&gt; autre (focalisation interne)\u00a0;<\/p>\n<p>&#8211; Je &lt;- autre (focalisation externe).<\/p>\n<p>Ainsi d\u00e9finie, la notion d&#8217;alt\u00e9rit\u00e9-subjectivit\u00e9 peut \u00eatre per\u00e7ue dans le syst\u00e8me actantiel \u00e0 diff\u00e9rents niveaux\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00e0 au niveau extra\u00e0di\u00e9g\u00e9tique de la relation \u00e9crivain\u00e0lecteur (niveau a de la stylistique actantielle &#8211; v. Molini\u00e9, 1986\/91, pp. 177\u00e0180) qui n&#8217;est pas envisag\u00e9e du point de vue de la \u00ab\u00a0r\u00e9alit\u00e9\u00a0\u00bb mais en tant que relation entre une \u00ab\u00a0instance primordiale\u00a0\u00bb et une \u00ab\u00a0puissance de r\u00e9ception possible\u00a0\u00bb :<\/p>\n<p align=\"center\">\u00e9crivain \u00e0 lecteur<\/p>\n<p align=\"center\">Je\u00a0 \u00e0&gt; autre<\/p>\n<p align=\"center\">autre &lt;\u00e0 Je<\/p>\n<p>\u00e0 au niveau intra\u00e0di\u00e9g\u00e9tique narrateur\u00e0personnages (niveaux I et II de la stylistique actantielle):<\/p>\n<p align=\"center\">narrateur\u00e0personnages<\/p>\n<p align=\"center\">Je narrateur -&gt; Je personnage autre<\/p>\n<p align=\"center\">Je narrateur autre &lt;- Je personnage<\/p>\n<p align=\"center\">narrateur-personnages<\/p>\n<p align=\"center\">Je \u00e0&gt; autres<\/p>\n<p align=\"center\">Je &lt;\u00e0&gt; Je(s)<\/p>\n<p align=\"center\">autre &lt;\u00e0 Je(s).<\/p>\n<p align=\"center\">personnages-personnages<\/p>\n<p align=\"center\">Je(s) -&gt;autre(s)<\/p>\n<p align=\"center\">Je(s) &lt;-&gt; Je(s)<\/p>\n<p align=\"center\">autre(s) &lt;- Je<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c9videmment, il est peu probable que l&#8217;ensemble de ces relations soient manifestes dans une oeuvre, n\u00e9anmoins, la typologie de ces types de rapport \u00e0 autrui en fait appara\u00eetre un grand nombre dans l&#8217;oeuvre romanesque de J.\u00a0Genet.<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<h3><em>Alt\u00e9rit\u00e9 au niveau alpha : \u00e9crivain-lecteur<\/em><\/h3>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<h4><span style=\"text-decoration: underline;\">Relation du sujet scripturaire \u00e0 autrui lecteur<\/span><\/h4>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans les romans de Jean Genet, le lecteur est g\u00e9n\u00e9ralement envisag\u00e9 comme autre inassimilable, autorit\u00e9 ext\u00e9rieure. De fait, s&#8217;il faut \u00ab\u00a0voir dans la justice et l&#8217;injustice un acc\u00e8s originel \u00e0 Autrui, par del\u00e0 toute ontologie\u00a0\u00bb (L\u00e9vinas, 1971, p. 89), les ch\u00e2timents inflig\u00e9s au narrateur par une justice oppressive risque d&#8217;avoir fauss\u00e9 cet acc\u00e8s, ce qui explique que le sujet genetien va se caract\u00e9riser d&#8217;embl\u00e9e comme l&#8217;exclu, exclu par autrui et exclu par son rejet d&#8217;autrui, senti comme instance sociale injuste.<\/p>\n<p>Cette position est largement revendiqu\u00e9e gr\u00e2ce \u00e0 l&#8217;usage d&#8217;un <em>vous<\/em> qui d\u00e9signe le lecteur comme l&#8217;autre inassimil\u00e9. La c\u00e9l\u00e8bre entr\u00e9e en r\u00e9cit de <em>Notre\u00e0Dame\u00e0des\u00e0Fleurs<\/em>, \u00ab\u00a0Weidmann vous apparut dans une \u00e9dition de cinq heures.\u00a0\u00bb (ND, p. 9), loin d&#8217;\u00eatre isol\u00e9e, s&#8217;int\u00e8gre \u00e0 une pratique r\u00e9currente d&#8217;opposition au lecteur. Celui\u00e0ci repr\u00e9sente en effet le monde polic\u00e9 qui opprime le sujet et le confine dans la solitude. En r\u00e9action contre cette oppression, le sujet se construit contre les valeurs communes et se r\u00e9volte :<\/p>\n<p style=\"padding-left: 90px;\">\u00ab\u00a0Si je voulais qu&#8217;ils fussent beaux, policiers et voyous, c&#8217;est afin que leurs corps \u00e9clatants se vengeassent du m\u00e9pris o\u00f9 vous les tenez.\u00a0\u00bb (JV, p. 220)<\/p>\n<p style=\"padding-left: 90px;\">\u00ab\u00a0nous provoquions la piti\u00e9 en cultivant les plaies les plus \u00e9coeurantes. Nous devenions un reproche \u00e0 votre bonheur.\u00a0\u00bb (JV,p. 60)<\/p>\n<p style=\"padding-left: 90px;\">\u00ab\u00a0Niant les vertus de votre monde, les criminels d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment acceptent d&#8217;organiser un univers interdit.\u00a0\u00bb (JV, p. 10)<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, d\u00e8s lors qu&#8217;il entre en \u00e9criture, bien qu&#8217;il continue \u00e0 revendiquer son exclusion, le sujet est contraint de signer un pacte de lecture avec son destinataire : \u00ab\u00a0Aujourd&#8217;hui que j&#8217;ai, gagnant de haute lutte, avec vous sign\u00e9 une apparente tr\u00eave je m&#8217;y trouve en exil.\u00a0\u00bb (JV, p. 292) L&#8217;\u00e9crivain se retrouve <em>a posteriori<\/em> dans une situation ambivalente. S&#8217;il est d&#8217;abord celui qui se r\u00e9volte contre l&#8217;oppression sociale, il est aussi celui qui d\u00e9livre \u00e0 autrui le message m\u00eame de cette r\u00e9volte :<\/p>\n<p style=\"padding-left: 90px; text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Par la gravit\u00e9 des moyens, par la magnificence des mat\u00e9riaux mis en oeuvre pour qu&#8217;il se rapproche des hommes, je mesure \u00e0 quel point le po\u00e8te \u00e9tait loin d&#8217;eux. La profondeur de mon abjection l&#8217;a forc\u00e9 \u00e0 ce travail de bagnard. [&#8230;] Mais si l&#8217;oeuvre est la plus belle, qui exige la vigueur du plus grand d\u00e9sespoir, il fallait que le po\u00e8te aim\u00e2t les hommes pour entreprendre un pareil effort. Et qu&#8217;il r\u00e9uss\u00eet. Il est bien que les hommes s&#8217;\u00e9loignent d&#8217;une oeuvre profonde si elle est le cri d&#8217;un homme enlis\u00e9 monstrueusement en soi\u00e0m\u00eame.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 90px;\">A la gravit\u00e9 des moyens que j&#8217;exige pour vous \u00e9carter de moi, mesurez la tendresse que je vous porte.\u00a0\u00bb (JV, p. 235)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le sujet scripturaire envisage donc autrui \u00e0 la fois comme ce dont il est s\u00e9par\u00e9 et comme objet de son d\u00e9sir. L&#8217;inversion des valeurs (valorisation du vol, du crime&#8230;) prend alors une autre signification. L&#8217;abjection comme mat\u00e9riau d&#8217;une transmutation esth\u00e9tique permet de simultan\u00e9ment d\u00e9signer la rupture avec autrui et le d\u00e9sir que le sujet lui porte. L&#8217;immonde th\u00e9matis\u00e9 est le signe d&#8217;une r\u00e9volte face \u00e0 la situation ontologique primordiale : celle de l&#8217;impossibilit\u00e9 absolue de poss\u00e9der autrui. Mais le travail esth\u00e9tique vient renverser la situation ontologique pour parier sur la possibilit\u00e9 d&#8217;une communication qui, si elle ne permet pas d&#8217;acc\u00e9der \u00e0 l&#8217;intimit\u00e9, permet au moins de la livrer en creux sur le mode de la <em>connivence :<\/em><\/p>\n<p style=\"padding-left: 90px; text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Une telle d\u00e9finition \u00e0 par tant d&#8217;exemples contraires \u00e0 de la violence vous montre\u00e0t\u00e0elle que j&#8217;utiliserai les mots non afin qu&#8217;ils d\u00e9peignent mieux un \u00e9v\u00e9nement ou son h\u00e9ros mais qu&#8217;ils vous instruisent sur moi\u00e0m\u00eame. Pour me comprendre une complicit\u00e9 du lecteur sera n\u00e9cessaire. Toutefois, je l&#8217;avertirai d\u00e8s que me fera mon lyrisme perdre pied.\u00a0\u00bb (JV, p. 17)<\/p>\n<p>Le lyrisme appara\u00eet ici comme \u00e9coulement de l&#8217;intimit\u00e9, moment incompr\u00e9hensible et incommunicable qui ne peut \u00eatre appr\u00e9hender par autrui que sur le mode de l&#8217;empathie. Si bien que peu \u00e0 peu, l&#8217;\u00e9crivain finit par admettre qu&#8217;il lui est possible d&#8217;induire la compl\u00e9mentarit\u00e9 esth\u00e9tique\u00a0:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 90px;\">\u00ab\u00a0afin de ne pas trop agacer le lecteur, et certain qu&#8217;il compl\u00e8tera par son propre malaise, le contradictoire, le retors cheminement de l&#8217;id\u00e9e de meurtre en nous\u00e0m\u00eames, nous nous sommes refus\u00e9 beaucoup. [&#8230;] Nous abandonnons le lecteur dans ce d\u00e9sordre d&#8217;entrailles.\u00a0\u00bb <em>(Querelle<\/em>, p. 60)<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<h4><span style=\"text-decoration: underline;\">Relation du sujet r\u00e9cepteur \u00e0 l&#8217;alt\u00e9rit\u00e9 scripturale<\/span><\/h4>\n<p>La place qui est assign\u00e9e par l&#8217;\u00e9crivain au lecteur provoque \u00e0 son tour un type de comportement lectorial face \u00e0 l&#8217;alt\u00e9rit\u00e9 de l&#8217;\u00e9crivain. D\u00e9savouant la position de radicale ext\u00e9riorit\u00e9 que conf\u00e8re le \u00ab\u00a0vous\u00a0\u00bb, le lecteur se trouve quasi\u00e0contraint \u00e0 l&#8217;alternative suivante : ou il entre dans le jeu du voyeur pervers ou il entame une lecture d&#8217;identification qui fait de lui le double de l&#8217;auteur, poursuivant les m\u00eames fantasmes et entrant \u00e0 son tour dans une logique de l&#8217;immonde o\u00f9 l&#8217;esth\u00e9tique est le seul syst\u00e8me de valeurs (anti\u00e0syst\u00e8me), le seul point de r\u00e9f\u00e9rence du d\u00e9sir et de ses mat\u00e9rialisations. Quoiqu&#8217;il en soit, il est impliqu\u00e9 plus que de coutume, ce qui explique peut\u00e0\u00eatre cet acharnement du critique \u00e0 d\u00e9m\u00ealer le biographique du fictif, comme s&#8217;il prenait \u00e0 coeur que le prime actant du r\u00e9cit soit bien cet \u00eatre mat\u00e9riellement joignable qu&#8217;est l&#8217;auteur.<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<h4><span style=\"text-decoration: underline;\">Alt\u00e9rit\u00e9 interne au nom propre Jean Genet<\/span><\/h4>\n<p style=\"text-align: justify;\">La pr\u00e9sence du nom propre Jean Genet, \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur de l&#8217;oeuvre de fiction, tend \u00e0 cr\u00e9er une schize au sein de la subjectivit\u00e9 elle-m\u00eame puisque, de toute \u00e9vidence, Jean Genet romanesque est autre que Jean Genet personne civile. L&#8217;\u00e9criture devient alors le t\u00e9moignage des m\u00e9tamorphoses de l&#8217;\u00eatre et la tentative de stabiliser ce qui, sans la reconnaissance d&#8217;autrui, ne peut avoir lieu et forme. Il n&#8217;est pas innocent que ce soit justement dans le <em>Journal du voleur<\/em>, le texte le plus explicitement autobiographique, que Genet d\u00e9veloppe le th\u00e8me des m\u00e9tamorphoses, v\u00e9cues \u00e0 la fois comme r\u00e9v\u00e9lations de l&#8217;intimit\u00e9 et menaces pour l&#8217;int\u00e9grit\u00e9 soudain r\u00e9v\u00e9l\u00e9e \u00e0 autrui. Ainsi, Genet passe-t-il de la tourterelle au rouge-gorge, puis du cobra aux chevaux, concluant\u00a0: \u00ab\u00a0Une curieuse b\u00eate appara\u00eetrait si chacune de mes \u00e9motions devenait l&#8217;animal qu&#8217;elle suscite.\u00a0\u00bb (JV, p. 39) Et par leur mat\u00e9rialit\u00e9, ces m\u00e9tamorphoses, visibles au dehors, rev\u00eatent un caract\u00e8re catastrophique\u00a0 \u00ab\u00a0J&#8217;ai v\u00e9cu dans la peur des m\u00e9tamorphoses.\u00bb (<em>ibid.<\/em>) Mais en m\u00eame temps qu&#8217;il \u00e9voque la peur de trahir ses \u00e9motions dans le face \u00e0 face amoureux, il les r\u00e9v\u00e8le en s\u0091adressant directement au lecteur\u00a0: \u00ab\u00a0C&#8217;est afin de rendre sensible au lecteur \/&#8230;\/ la plus exquise des frayeurs que j&#8217;emploie l&#8217;id\u00e9e de tourterelle.\u00a0\u00bb (<em>ibid.<\/em>) illustrant ainsi le m\u00e9canisme m\u00eame de la mise \u00e0 distance fictionnelle\u00a0: en cr\u00e9ant le personnage de Jean Genet, l&#8217;\u00e9crivain exprime l&#8217;intimit\u00e9 mais indirectement, sous la forme du m\u00e9taphorique, \u00e0 la fois voilant et r\u00e9v\u00e9lant l&#8217;intime et traduisant ce qui ne peut \u00eatre directement repr\u00e9sent\u00e9, \u00e0 savoir ces \u00ab\u00a0\u00e9motions\u00a0\u00bb qui forment l&#8217;alt\u00e9rit\u00e9 radicale de tout un chacun. C&#8217;est encore par l&#8217;expression la plus m\u00e9taphorique que J. Genet d\u00e9crira la position de la subjectivit\u00e9 dans le monde, \u00e0 travers les \u00ab\u00a0fleurs de gen\u00eat\u00a0\u00bb\u00a0 dont il se reconna\u00eet le \u00ab\u00a0roi &#8211; peut-\u00eatre la f\u00e9e\u00a0\u00bb (JV, p.\u00a048\u00e049).<\/p>\n<p>Ce que permet la mise en fiction de la mati\u00e8re biographique, c&#8217;est alors la repr\u00e9sentation de soi comme \u00e9tranget\u00e9, mettant en question le principe m\u00eame d&#8217;un Moi univoque et donc d&#8217;une alt\u00e9rit\u00e9 connaissable. Par quoi elle tend \u00e0 ouvrir l&#8217;\u00eatre sur l&#8217;Infini, de m\u00eame que le fait, selon E.\u00a0L\u00e9vinas, le visage\u00a0:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 90px;\">\u00ab\u00a0L&#8217;id\u00e9e de l&#8217;Infini <em>se r\u00e9v\u00e8le<\/em>, au sens fort du terme. [&#8230;] Mais cette connaissance exceptionnelle n&#8217;est plus pour cela m\u00eame objective. L&#8217;infini n&#8217;est pas &#8220;objet&#8221; d&#8217;une connaissance [&#8230;] mais le d\u00e9sirable, ce qui suscite le D\u00e9sir, c&#8217;est\u00e0\u00e0\u00e0dire ce qui est approchable par une pens\u00e9e qui \u00e0 tout instant <em>pense plus qu&#8217;elle ne pense<\/em>. [&#8230;] La d\u00e9mesure mesur\u00e9e par l&#8217;infini est visage. [&#8230;] Le D\u00e9sir est une aspiration que le D\u00e9sirable anime ; il na\u00eet \u00e0 partir de son &#8220;objet&#8221;, il est r\u00e9v\u00e9lation&#8230;\u00a0\u00bb (L\u00e9vinas, 1971, p. 56)<\/p>\n<p>Cependant, la mise en question d&#8217;un moi instable passe aussi par sa dispersion <em>en<\/em> autrui. La c\u00e9l\u00e8bre formule rimbaldienne du \u00ab\u00a0Je est un autre\u00a0\u00bb trouve ainsi, dans les oeuvres romanesques de J. Genet, en raison de l&#8217;\u00ab\u00a0autofiction\u00a0\u00bb notamment, une r\u00e9sonance toute particuli\u00e8re\u00a0:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 90px; text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Notre dessein n&#8217;est pas de d\u00e9gager deux ou plusieurs personnages \u00e0 ou h\u00e9ros puisqu&#8217;ils sont extraits d&#8217;un domaine fabuleux, c&#8217;est\u00e0\u00e0\u00e0dire relevant de la fable, de la fable et des limbes \u00e0 syst\u00e9matiquement odieux. Mais qu&#8217;on veuille plut\u00f4t consid\u00e9rer que nous poursuivons une aventure qui se d\u00e9roule en nous\u00e0m\u00eame, dans la r\u00e9gion la plus profonde, la plus asociale de notre \u00e2me, alors, c&#8217;est parce qu&#8217;il anime ses cr\u00e9atures \u00e0 et volontairement assume le poids du p\u00e9ch\u00e9 de ce monde n\u00e9 de lui \u00e0 que le cr\u00e9ateur [&#8230;] \u00e9chappe au p\u00e9ch\u00e9 cependant que, par sa fonction, par notre verbe, le lecteur d\u00e9couvre en soi\u00e0m\u00eame ces h\u00e9ros, jusqu&#8217;alors croupissant&#8230;\u00a0\u00bb (<em>Querelle<\/em>, p. 82)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce passage de <em>Querelle de Brest<\/em> est \u00e0 la fois un d\u00e9ni de la fiction en tant que forme d&#8217;un imaginaire gratuit qui n&#8217;aurait d&#8217;autre but que divertir et la revendication d&#8217;une int\u00e9riorit\u00e9 o\u00f9 les \u00ab\u00a0cr\u00e9atures\u00a0\u00bb apparaissent comme des virtualit\u00e9s \u00e0 partir de quoi se construit le monde du Probl\u00e9matique (Deleuze), c&#8217;est-\u00e0-dire un monde o\u00f9 la mise en question, en l&#8217;occurrence la mise en question de soi et de l&#8217;autre, autrement dit la mise en question de l&#8217;alt\u00e9rit\u00e9, prime sur les r\u00e9ponses. La \u00ab\u00a0fiction\u00a0\u00bb appara\u00eet comme le \u00ab\u00a0syst\u00e8me\u00a0\u00bb d&#8217;un Moi nomade fix\u00e9 au point al\u00e9atoire que repr\u00e9sentent les personnages, emprunt\u00e9s au monde des faits ou au contraire produits purs de la pens\u00e9e qui se cherche.<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<h3><em>Alt\u00e9rit\u00e9 entre le narrateur comme instance \u00e9mettrice et ses personnages<\/em><\/h3>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>Aux niveaux I et II de la relation qu&#8217;entretient le narrateur avec ses personnages, la relation de l&#8217;int\u00e9riorit\u00e9 \u00e0 l&#8217;alt\u00e9rit\u00e9 est encore plus complexe. Le narrateur est confront\u00e9 \u00e0 l&#8217;alt\u00e9rit\u00e9 des personnages mais aussi \u00e0 l&#8217;alt\u00e9rit\u00e9 de ce qu&#8217;il fut. D&#8217;autre part, les personnages apparaissent bien souvent comme des doubles du narrateur. Enfin, par le dialogue, les personnages regagnent une subjectivit\u00e9 face \u00e0 laquelle le narrateur rev\u00eat la figure d&#8217;Autrui.<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<h4><span style=\"text-decoration: underline;\">Relation du narrateur-scripteur au narrateur-personnage<\/span><\/h4>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lorsqu&#8217;il lui arrive de prendre la parole pour lui-m\u00eame, le narrateur-scripteur tend \u00e0 consid\u00e9rer le personnage qu&#8217;il fut comme un \u00eatre ext\u00e9rieur qui lui est relativement \u00e9tranger, comme en t\u00e9moigne le conditionnel pass\u00e9 du passage qui suit\u00a0:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 90px; text-align: justify;\">\u00ab\u00a0La vie dont j&#8217;ai parl\u00e9 plus haut, c&#8217;est entre 1932 et 40 que je l&#8217;<span style=\"text-decoration: underline;\">aurai v\u00e9cue<\/span>. Cependant que je l&#8217;\u00e9crivais pour vous, voici de quelles amours je suis occup\u00e9es. Les ayant not\u00e9es, je les utilise. Qu&#8217;elles servent \u00e0 ce livre.\u00a0\u00bb (JV, p. 162)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La distance que suppose l&#8217;\u00e9criture, serait-ce celle de son propre pass\u00e9, m\u00eame tr\u00e8s proche, implique en effet de consid\u00e9rer son personnage comme <em>\u00eatre de fiction<\/em> dont l&#8217;existence n&#8217;a d&#8217;autre fin que d&#8217;\u00eatre livr\u00e9e au lecteur\u00a0: \u00ab\u00a0que ma vie doit \u00eatre l\u00e9gende, c&#8217;est-\u00e0-dire lisible et sa lecture donner naissance \u00e0 quelque \u00e9motion nouvelle que je nomme po\u00e9sie. Je ne suis plus rien, qu&#8217;un pr\u00e9texte.\u00a0\u00bb (JV, p.\u00a033). D\u00e8s que l&#8217;\u00e9v\u00e9nement est mis en r\u00e9cit (pris en notes), il n&#8217;est plus que le mat\u00e9riau du livre, si bien que se creuse une alt\u00e9rit\u00e9 de soi \u00e0 soi qui fait du narrateur-personnage un \u00eatre aussi lointain du narrateur que ses autres h\u00e9ros.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Qui plus est, le monde des faits autobiographiques est pos\u00e9 comme une mati\u00e8re premi\u00e8re d\u00e9pourvue d&#8217;authenticit\u00e9 dans la mesure o\u00f9 il n&#8217;est que le moyen de la mise en question du moi scriptural :<\/p>\n<p style=\"padding-left: 90px; text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Nous savons que notre langage est incapable de rappeler m\u00eame le reflet de ces \u00e9tats d\u00e9funts, \u00e9trangers. Il en serait de m\u00eame pour tout ce journal s&#8217;il devait \u00eatre la notation de qui je fus. Je pr\u00e9ciserai donc qu&#8217;il doit renseigner sur qui je suis, aujourd&#8217;hui que je l&#8217;\u00e9cris. Il n&#8217;est pas une recherche du temps pass\u00e9, mais une oeuvre d&#8217;art dont la mati\u00e8re-pr\u00e9texte est ma vie d&#8217;autrefois. Il sera un pr\u00e9sent fix\u00e9 \u00e0 l&#8217;aide du pass\u00e9, non l&#8217;inverse. Qu&#8217;on sache donc que les faits furent ce que je les dis, mais l&#8217;interpr\u00e9tation que j&#8217;en tire c&#8217;est ce que je suis \u00e0 devenu.\u00a0\u00bb (JV, p. 80)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi la fiction est elle moins une feinte que la transposition qui permet au moi de se r\u00e9v\u00e9ler.<\/p>\n<h4 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: underline;\">Relations entre le narrateur et les personnages<\/span><\/h4>\n<p style=\"text-align: justify;\">De fait, alors que le <em>je<\/em> pass\u00e9 est bien souvent ext\u00e9rioris\u00e9, les personnages au contraire incarnent fr\u00e9quemment l&#8217;intimit\u00e9 narratoriale, \u00e0 moins qu&#8217;ils ne soient envisag\u00e9s par le scripteur qu&#8217;en tant que purs objets de fantasmes. N\u00e9anmoins, ne serait-ce que par le jeu des dialogues, il arrive que leur propre intimit\u00e9 soit mise en valeur, faisant ressortir l&#8217;image ext\u00e9rieure qu&#8217;arbore le scripteur ou son double pass\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Subjectivit\u00e9 du narrateur face \u00e0 l&#8217;alt\u00e9rit\u00e9 des personnages<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Subjectivit\u00e9 du narrateur et personnages miroirs\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La plupart des personnages qui peuplent les romans de Genet peuvent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme des doubles de l&#8217;auteur \u00e0 bien des \u00e9gards\u00a0: soit qu&#8217;ils sont pr\u00e9sent\u00e9s comme de pures \u00e9manations de l&#8217;esprit du narrateur, soit qu&#8217;ils soient assimil\u00e9s dans le <em>nous<\/em> des voyous marginalis\u00e9s, soit qu&#8217;ils se parent des attributs de l&#8217;immonde du narrateur\u00a0: homosexualit\u00e9, prison, camps de redressement&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De fait, si le scripteur se positionne contre le <em>vous<\/em> de l&#8217;alt\u00e9rit\u00e9 sociale collective, dans la mesure o\u00f9 les valeurs norm\u00e9es du plus grands nombres sont \u00e9trang\u00e8res au sujet, il ne constituera une communaut\u00e9, un lieu de partage, qu&#8217;au sein d&#8217;un univers o\u00f9 r\u00e8gnent des contre\u00e0valeurs, si bien que le <em>nous<\/em> (qui s&#8217;instaure d&#8217;abord dans la relation \u00e9rotique avant de constituer une <em>fraternit\u00e9<\/em>) ne sera con\u00e7u que dans \u00ab\u00a0l&#8217;immonde\u00a0\u00bb. Ainsi, la figure du hors-la-loi, celle de l&#8217;homosexuel, celle du mendiant&#8230; convergent pour constituer le portrait d&#8217;une int\u00e9riorit\u00e9 non\u00e0reconnue, comme dans cette phrase explicite de <em>Querelle de Brest<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0Le meurtre plut\u00f4t fait en nous l&#8217;\u00e9motion d\u00e9ferler par vagues.\u00a0\u00bb (<em>Querelle<\/em>, p. 9) o\u00f9 l&#8217;emploi du <em>nous<\/em> conserve son ambigu\u00eft\u00e9 romanesque fondamentale\u00a0: \u00e0 la fois formule de politesse du scripteur pour s&#8217;auto-d\u00e9signer et collectivit\u00e9 anonyme au sein de laquelle il se meut.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La volont\u00e9 primordiale d&#8217;inverser les valeurs, telles qu&#8217;elles sont\u00a0 d\u00e9crites par E.\u00a0L\u00e9vinas, ne fait que confirmer l&#8217;importance d&#8217;autrui pour l&#8217;\u00e9crivain et la conscience morale extr\u00eame qu&#8217;il en a. Genet est cet \u00eatre singulier prit sous le jugement de Dieu. La transgression, l&#8217;immonde, a pour lui valeur de sacrifice (au sens de Bataille), elle est saut dans l&#8217;Infini par del\u00e0 la Totalit\u00e9, refus de la place dans la totalit\u00e9 et invective \u00e0 Dieu. Genet se trouve ainsi \u00e0 la place Job et demande, par la transgression, des comptes \u00e0 la transcendance, qui refuse \u00e0 tout un chacun d&#8217;\u00eatre le prince pour autrui. Ce faisant, il participe au mouvement de la bont\u00e9 et de la justice tels que E. L\u00e9vinas les d\u00e9finit. En effet, pour ce dernier, bont\u00e9 et justice consiste \u00e0 voir en autrui mon ma\u00eetre et \u00e0 \u00ab\u00a0se poser dans l&#8217;\u00eatre de telle fa\u00e7on que Autrui y compte plus que moi-m\u00eame\u00a0\u00bb (L\u00e9vinas, 1971, p. 277). Or Genet, en s&#8217;identifiant aux \u00eatres (aux h\u00e9ros) immondes, en les aimant, s&#8217;ali\u00e8ne \u00e0 eux de telle mani\u00e8re qu&#8217;il leur <em>rend justice<\/em> et l&#8217;acte de volont\u00e9 par lequel il choisit d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment de magnifier le crime est ce qui le rattache le plus fort \u00e0 la bont\u00e9, bont\u00e9 supr\u00eame dans la mesure o\u00f9 elle a vocation de racheter le pire et, selon Genet (mais bien avant d\u00e9j\u00e0 selon Baudelaire), sommet de l&#8217;\u00e9l\u00e9gance : \u00ab\u00a0Admirable vice, doux et bienveillant, qui permet d&#8217;aimer ceux qui sont laids, sales et d\u00e9figur\u00e9s !\u00a0\u00bb (JV, p.\u00a0102)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais si cette collectivit\u00e9 est sans cesse affirm\u00e9e par J.\u00a0Genet, en m\u00eame temps, l&#8217;alt\u00e9rit\u00e9 des personnages est ni\u00e9e (pas tout-\u00e0-fait cependant) par les r\u00e9flexions du narrateur \u00e0 propos de sa propre cr\u00e9ation. Ainsi, de cette remarque au sujet du personnage de Querelle\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 90px;\">\u00ab\u00a0Peu \u00e0 peu, nous reconn\u00fbmes Querelle \u00e0 \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur de notre chair \u00e0 grandir, se d\u00e9velopper dans notre \u00e2me, se nourrir du meilleur de nous, et d&#8217;abord de notre d\u00e9sespoir de n&#8217;\u00eatre pas nous-m\u00eame en lui mais de l&#8217;avoir en nous. Apr\u00e8s cette d\u00e9couverte de Querelle nous voulons qu&#8217;il devienne h\u00e9ros m\u00eame du contempteur. Poursuivant en nous-m\u00eame son destin, son d\u00e9veloppement, nous verrons comment il s&#8217;y pr\u00eate pour se r\u00e9aliser en une fin qui semble \u00eatre son propre vouloir et son propre destin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La sc\u00e8ne que nous rapporterons est la transposition de l&#8217;\u00e9v\u00e9nement qui nous r\u00e9v\u00e9la Querelle. (Nous parlons encore de ce personnage id\u00e9al et h\u00e9ro\u00efque, fruit de nos secr\u00e8tes amours.) De cet \u00e9v\u00e9nement nous pouvons \u00e9crire qu&#8217;il fut comparable \u00e0 la Visitation. [&#8230;] Enfin pour \u00eatre visible de vous, pour devenir un personnage de roman, Querelle doit \u00eatre montr\u00e9 hors de nous-m\u00eame. Vous conna\u00eetrez donc la beaut\u00e9 apparente \u00e0 et r\u00e9elle \u00e0 de son corps, de ses attitudes, et de leur lente d\u00e9composition.\u00a0\u00bb (<em>Querelle<\/em>, p. 22\u00e023)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&#8217;alt\u00e9rit\u00e9 du personnage de roman ne devient effective que par le jeu de l&#8217;\u00e9criture m\u00eame. Livr\u00e9 \u00e0 Autrui, son vouloir et son destin passe de pure apparence \u00e0 r\u00e9alit\u00e9 concr\u00e8te, dans la mesure o\u00f9 le lecteur s&#8217;en empare et en d\u00e9poss\u00e8de le scripteur. N\u00e9anmoins, il subsiste dans le personnage (est-ce parce qu&#8217;il est emprunt\u00e9 au monde des \u00eatres r\u00e9els\u00a0?) quelque chose d&#8217;une alt\u00e9rit\u00e9 irr\u00e9ductible qui s&#8217;apparente \u00e0 la libert\u00e9 sartrienne, et qui impose sa conduite scripturale au narrateur plut\u00f4t que l&#8217;inverse\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 90px;\">\u00ab\u00a0Cr\u00e9er n&#8217;est pas un jeu quelque peu frivole. Le cr\u00e9ateur s&#8217;est engag\u00e9 dans une aventure effrayante qui est d&#8217;assumer soi\u00e0m\u00eame jusqu&#8217;au bout les p\u00e9rils risqu\u00e9s par ses cr\u00e9atures. On ne peut supposer une cr\u00e9ation n&#8217;ayant l&#8217;amour \u00e0 l&#8217;origine. [&#8230;] Tout cr\u00e9ateur doit ainsi endosser \u00e0 le mot est faible \u00e0 faire sien au point de le savoir \u00eatre sa substance, circuler dans ses art\u00e8res \u00e0 le mal donn\u00e9 par lui, que librement choisissent ses h\u00e9ros.\u00a0\u00bb (JV, p. 235-36)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le personnage, en tant qu&#8217;il s&#8217;impose \u00e0 l&#8217;auteur par sa beaut\u00e9, se d\u00e9gage de l&#8217;ordre des n\u00e9cessit\u00e9s et se lib\u00e8re de l&#8217;int\u00e9riorit\u00e9 du sujet \u00e9crivant\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 90px;\">\u00ab\u00a0En voulant pr\u00e9ciser le mouvement psychologique de nos h\u00e9ros, nous voulons mettre au jour notre \u00e2me. Noter librement l&#8217;attitude que nous choisirions \u00e0 en vue peut\u00e0\u00eatre ou plut\u00f4t en <em>pr\u00e9vision<\/em>d&#8217;une fin convoit\u00e9e \u00e0 nous conduit \u00e0 la d\u00e9couverte de ce monde psychologique donn\u00e9 sur quoi s&#8217;appuie la libert\u00e9 du choix mais, s&#8217;il le faut, pour le d\u00e9roulement de l&#8217;intrigue, que l&#8217;un des h\u00e9ros prononce un jugement, r\u00e9fl\u00e9chisse, nous nous trouvons tout \u00e0 coup face \u00e0 l&#8217;arbitraire : le personnage \u00e9chappe \u00e0 son auteur. Il se singularise. Nous devrons donc admettre qu&#8217;un facteur le composant sera \u00e0 apr\u00e8s coup \u00e0 d\u00e9cel\u00e9 par l&#8217;auteur.\u00a0\u00bb (<em>Querelle<\/em>, p. 226)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il semble rev\u00eatir alors la forme d&#8217;Autrui, tel qu&#8217;E. L\u00e9vinas le d\u00e9finit\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 90px;\">\u00ab\u00a0Autrui ne peut \u00eatre contenu par moi, quelle que soit l&#8217;\u00e9tendu de mes pens\u00e9es que rien ne limite ainsi : il est impensable \u00e0 il est infini et reconnu comme tel.\u00a0\u00bb (L\u00e9vinas, 1971, p. 256)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; Personnages comme objets fantasmatiques\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">N\u00e9anmoins, la relation du narrateur \u00e0 autrui \u00e9tant v\u00e9cue presqu&#8217;exclusivement chez Genet comme relation \u00e9rotique d&#8217;une part, relation esth\u00e9tique de l&#8217;autre, la seconde semblant d\u00e9couler de la premi\u00e8re, la r\u00e9\u00e9criture d&#8217;Autrui appara\u00eet essentiellement comme jeu d&#8217;assimilations et de dissimilations dans le face-\u00e0-face amoureux et scripturaire. Partant de l&#8217;int\u00e9riorit\u00e9, le sujet genetien fait converger, en dehors de tout concept, l&#8217;\u00e9thique, l&#8217;esth\u00e9tique et l&#8217;\u00e9rotique, dans la mesure o\u00f9 l&#8217;int\u00e9riorit\u00e9, qui d\u00e9nie le concept, place le sujet sous le signe de l&#8217;affectivit\u00e9, laquelle s&#8217;investit au premier degr\u00e9 dans l&#8217;\u00e9rotique, au second degr\u00e9 dans l&#8217;esth\u00e9tique, lequel vaut comme \u00e9thique, puisque l&#8217;\u00e9thique commune est d\u00e9valu\u00e9e : \u00ab\u00a0C&#8217;est parce qu&#8217;il poss\u00e8de ces conditions d&#8217;\u00e9rotisme que je m&#8217;acharnai dans le mal.\u00a0\u00bb (JV, p. 10)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans une telle logique, c&#8217;est alors la notion de possession qui entre en jeu, venant contester \u00e0 Autrui la libert\u00e9 m\u00eame qui fait son essence\u00a0:\u00a0 \u00ab\u00a0Ma vie devenait magnifique selon les hommes puisque je poss\u00e9dais un ami dont la beaut\u00e9 rel\u00e8ve de l&#8217;id\u00e9e de luxe.\u00a0\u00bb (JV, p. 64). Pourtant, dans le d\u00e9sir de possession, c&#8217;est finalement moins le besoin d&#8217;assimiler l&#8217;Autre qui prime que le d\u00e9sir de s&#8217;an\u00e9antir en lui. Finalement, la passion \u00e9rotique d\u00e9nie moins l&#8217;autre que le moi\u00a0 (\u00ab\u00a0Pr\u00e9texte \u00e0 mon irisation \u00e0 puis \u00e0 ma transparence \u00e0 \u00e0 mon absence enfin, \u00e0 ces gar\u00e7ons dont je parle s&#8217;\u00e9vaporent. Il ne demeure d&#8217;eux que ce qui de moi demeure : je ne suis que par eux qui ne sont rien, n&#8217;\u00e9tant que par moi.\u00a0\u00bb &#8211; JV, p.\u00a0106) \u00e0 l&#8217;instar de la passion criminelle\u00a0: \u00ab\u00a0L&#8217;assassin se redressa. Il \u00e9tait l&#8217;objet d&#8217;un monde o\u00f9 le danger n&#8217;existe pas \u00e0 puisque l&#8217;on est l&#8217;objet. Bel objet immobile et sombre dans les cavit\u00e9s duquel, le vide \u00e9tant sonore, Querelle l&#8217;entendit\u00a0 d\u00e9ferler en bruissant, s&#8217;\u00e9chapper en lui, l&#8217;encourager.\u00a0\u00bb (<em>Querelle<\/em>, p. 55)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En fait, il s&#8217;agit pour l&#8217;int\u00e9riorit\u00e9 non tant d&#8217;\u00eatre ma\u00eetre mais d&#8217;\u00eatre reconnue, c&#8217;est pourquoi elle va de pair avec l&#8217;an\u00e9antissement qui n&#8217;est que la forme d&#8217;une transmutation en l&#8217;autre telle que fantasm\u00e9e par le sujet\u00a0: \u00ab\u00a0j&#8217;y poursuivis mon identification avec les plus beaux et les plus infortun\u00e9s criminels. Je voulais \u00eatre la jeune prostitu\u00e9e qui accompagne en Sib\u00e9rie son amant ou celle qui lui survit, non de le venger mais de le pleurer et de magnifier sa m\u00e9moire.\u00a0\u00bb (JV, p. 97)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">N\u00e9anmoins, la possession fantasmatique d&#8217;Autrui comme l&#8217;anihilation de soi en l&#8217;autre n&#8217;arrive pas \u00e0 venir \u00e0 bout d&#8217;autrui. En face de l&#8217;alt\u00e9rit\u00e9 comme situation irr\u00e9ductible, le sujet se retrouve plus seul que dans la solitude la plus profonde. Ce qui s&#8217;exprime alors, c&#8217;est la Diff\u00e9rence, comme fond sans fondement, que la r\u00e9p\u00e9tition de l&#8217;acte \u00e9rotique ne vient pas combler, que la repr\u00e9sentation (de soi et d&#8217;autres) ne peut exprimer. Le seul recourt, \u00e0 la fois expression de la Diff\u00e9rence et de l&#8217;intimit\u00e9 ne pouvant \u00eatre alors que po\u00e9sie, comme trace des \u00e9tats \u00e9motionnels de l&#8217;intimit\u00e9 et exhibition de l&#8217;incommunicabilit\u00e9 de l&#8217;\u00eatre du monde, radicalement autre. \u00ab\u00a0Nous disons bien &#8220;une absolue solitude&#8221; c&#8217;est\u00e0\u00e0\u00e0dire solitude qui se veut solitude pour ce qu&#8217;elle est source, point de d\u00e9part d&#8217;un univers calqu\u00e9 sur l&#8217;autre et le soumettant.\u00a0\u00bb (<em>Querelle<\/em>, p. 119)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Dialogue entre deux subjectivit\u00e9s per\u00e7ues de l&#8217;ext\u00e9rieur<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le face \u00e0 face entre deux subjectivit\u00e9s appara\u00eet essentiellement dans le dialogue, o\u00f9 l&#8217;intimit\u00e9 ne se d\u00e9voile qu&#8217;obliquement, \u00e0 travers les sous-entendus, les pr\u00e9suppos\u00e9s et les enjeux de la rencontre. Chacun est montr\u00e9 alors dans la tentative difficile d&#8217;expression de soi et de ses d\u00e9sirs, avec ce que cela comporte d&#8217;\u00e9checs et de r\u00e9ussites. Or Genet ne multiplie pas les dialogues. La plupart du temps, ils sont assez rare dans ses romans, qui plus est ceux qui mettent en sc\u00e8ne le narrateur lui-m\u00eame. En revanche, s&#8217;il est une marque de l&#8217;alt\u00e9rit\u00e9 que J.\u00a0Genet met en valeur, c&#8217;est la tournure de langage de ses personnages, qu&#8217;il s&#8217;agisse des maladresses d&#8217;expression de Bulkaen dans <em>Le Miracle de la Rose<\/em> ou des tics de langage de Querelle. Par la forme de leur discours, les personnages laissent ainsi affleurer leur int\u00e9riorit\u00e9, ainsi de \u00ab\u00a0Querelle dont la repr\u00e9sentation mentale, et les sentiments eux-m\u00eames, d\u00e9pendent et prennent la forme d&#8217;une certaine syntaxe, d&#8217;une orthographe particuli\u00e8re\u00a0\u00bb (<em>Querelle<\/em>, p. 15)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais le vrai dialogue que conduit le narrateur est celui qui a lieu entre lui et son lecteur. Si le <em>vous<\/em> est une marque de mise \u00e0 distance, il est aussi la mat\u00e9rialisation du lecteur dans le texte et permet dont de consid\u00e9rer le roman comme dialogue diff\u00e9r\u00e9. En tant que tel, l&#8217;\u00e9criture romanesque laise b\u00e9ante la faille qui s\u00e9pare les sujets et ne fait que revendiquer une alt\u00e9rit\u00e9 pleine, irr\u00e9ductible. Le sujet genetien appara\u00eet alors que celui qui revendique violemment la Diff\u00e9rence qui laisse \u00e0 Autrui une enti\u00e8re libert\u00e9 et ouvre en m\u00eame temps l&#8217;ab\u00eeme de la transcendance ou Infini. Rejet\u00e9 dans le <em>vous<\/em> autrui est ainsi confirm\u00e9 dans sa sp\u00e9cificit\u00e9 radicale.<\/p>\n<h4><span style=\"text-decoration: underline;\">Relations entre personnages<\/span><\/h4>\n<h5><em>Intimit\u00e9 d&#8217;un personnage face \u00e0 l&#8217;alt\u00e9rit\u00e9<\/em><\/h5>\n<p><span style=\"text-align: justify;\">C&#8217;est sans doute le personnage de Divine qui incarne le mieux ce type de relation intradi\u00e9g\u00e9tique. A travers elle, J.\u00a0Genet d\u00e9voile son propre m\u00e9canisme de fictionnalisation. Divine ne cesse en effet de plaquer sur elle et ses amants des fantasmes qui ne font que masquer la radicale ext\u00e9riorit\u00e9 de l&#8217;autre. Cette fictionnalisation de soi et de l&#8217;autre permet \u00e0 la fois de conserver \u00e0 autrui son myst\u00e8re et de mettre entre parenth\u00e8ses un moment (le temps du fantasme) la certitude d&#8217;une solitude absolue\u00a0: \u00ab\u00a0Culafroy eut un destin mis\u00e9rable et c&#8217;est \u00e0 cause de cela que sa vie fut compos\u00e9e de ces actes secrets, qui chacun sont un po\u00e8me en essence \/&#8230;\/. Culafroy est devenu Divine\u00a0; il fut donc un po\u00e8me \u00e9crit seulement pour lui, herm\u00e9tique \u00e0 quiconque n&#8217;en a pas la cl\u00e9.\u00a0\u00bb (ND, p. 343) En\u00a0 r\u00e9v\u00e9lant son int\u00e9riorit\u00e9 inavouable par le nom qu&#8217;il porte, Culafroy-Divine entre dans un univers de croyance o\u00f9 le r\u00e9el et le fictif ne se distinguent plus. L&#8217;autre ne voit en Divine que le personnage qu&#8217;elle s&#8217;est forg\u00e9e et elle peut ainsi prolonger au dehors la fiction qui en fait une femme. Loin d&#8217;\u00eatre source de quiproquo, la fictionnalisation de son moi lui permet de faire acc\u00e9der \u00e0 la suface une int\u00e9riorit\u00e9 indicible et lui donne la chance de s&#8217;exprimer \u00e0 travers des <\/span><em style=\"text-align: justify;\">aventures<\/em><span style=\"text-align: justify;\">.<\/span><\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<h5><em>Dialogues<\/em><\/h5>\n<p style=\"text-align: justify;\">Malgr\u00e9 la relative raret\u00e9 des dialogues, on peut remarquer que ce qui en eux retient particuli\u00e8rement Jean Genet, ce sont les signes physiques (attitudes, gestes, modulation de la voix) et les expressions par quoi un personnage ou un groupe de personnage trahit son int\u00e9riorit\u00e9. Ainsi des tics de langage de Querelle, ainsi des expressions fig\u00e9es des Tantes dans <em>Notre-Dame des Fleurs<\/em>. C&#8217;est que l&#8217;int\u00e9riorit\u00e9 ne se r\u00e9v\u00e8le pas par le langage mais, comme le dit E. L\u00e9vinas, par le face-\u00e0-face qui est visage en mouvement, timbre de voix, signe dont le signifi\u00e9 ne transpara\u00eet qu&#8217;obliquement, et plus encore par un d\u00e9chiffrage de longue haleine qui v\u00e9ritablement fait la complicit\u00e9\u00a0:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 90px;\">\u00ab\u00a0Quand, avec quelques autres, elles \u00e9taient r\u00e9unies dans la rue ou dans un caf\u00e9 de tantes, de leurs conversations (de leurs bouches et de leurs mains) s&#8217;\u00e9chappaient des fus\u00e9es de fleurs au milieu desquelles elles se tenaient de la fa\u00e7on la plus simple du monde, discutant de sujets faciles et d&#8217;ordre m\u00e9nager\u00a0:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 90px;\">&#8211; Je suis bien s\u00fbr, s\u00fbr, s\u00fbr, la Toute-D\u00e9vergond\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 90px;\">&#8211; Ah\u00a0! Mesdames, quelle gourgandine je fais.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 90px;\">&#8211; Tu sais (le <em>us<\/em> filait si longtemps qu&#8217;on ne percevait que lui), <em>tuss\u00e9<\/em>, je suis la Consum\u00e9e-d&#8217;Affliction.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 90px;\">\/&#8230;\/<\/p>\n<p style=\"padding-left: 90px;\">Puis, peu \u00e0 peu, elles s&#8217;\u00e9taient comprises en se disant\u00a0: \u00ab\u00a0Je suis la Toute Toute\u00a0\u00bb, et enfin\u00a0: \u00ab\u00a0Je suis la T&#8217;T&#8217;.\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb (ND<em>, <\/em>p. 97)<\/p>\n<p>L&#8217;ext\u00e9riorit\u00e9 se manifeste dans le langage, chaque personnage semblant s&#8217;exprimer pour lui seul sans prendre garde \u00e0 ce que dit autrui, mais l&#8217;intimit\u00e9 perce n\u00e9anmoins dans les signes paraverbaux\u00a0: mani\u00e8re de prononcer, attitude qui les distingue et que Genet rend par la m\u00e9taphore florale, connivence qui fait tendre le langage vers le sigle&#8230;<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<h5><em>Ext\u00e9riorisation d&#8217;un personnage par le regard d&#8217;autrui<\/em><\/h5>\n<p><span style=\"text-align: justify;\">La prise de position qui consiste \u00e0 mettre le sujet face \u00e0 sa propre ext\u00e9riorit\u00e9 passe par l&#8217;exhibition violente du regard d&#8217;autrui sur soi. La mise en question du moi semble ne pouvoir trouver de r\u00e9alit\u00e9 qu&#8217;\u00e0 travers ce regard d&#8217;autrui, la plupart du temps moqueur ou injurieux qui fait prendre conscience au sujet de l&#8217;inanit\u00e9 de son intimit\u00e9. Un tel point de vue fait valoir l&#8217;extr\u00eame fragilit\u00e9 du M\u00eame face \u00e0 l&#8217;Autre, comme le laisse entendre Genet \u00e0 propos du personnage de Gil, dans<\/span><em style=\"text-align: justify;\"> Querelle de Brest<\/em><span style=\"text-align: justify;\">, qui, d\u00e8s que moqu\u00e9, perdit toute certitude eu \u00e9gard au moi et n&#8217;\u00e9tait plus \u00ab\u00a0qu&#8217;un pr\u00e9texte \u00e0 rire. Il n&#8217;avait plus, gr\u00e2ce \u00e0 une affirmation ext\u00e9rieure, aucune certitude d&#8217;\u00eatre soi. Cette certitude n&#8217;\u00e9tait entrevue maintenant, en lui-m\u00eame, que par la pr\u00e9sence de la honte dont la flamme livide montait comme sous le vent de la r\u00e9volte. Il se laissait accabler.\u00a0\u00bb (<\/span><em style=\"text-align: justify;\">Querelle<\/em><span style=\"text-align: justify;\">, p.\u00a094) L&#8217;int\u00e9riorit\u00e9 n&#8217;existe donc que gr\u00e2ce \u00e0 la reconnaissance d&#8217;autrui. Ce pouvoir de l&#8217;autre interdit d\u00e8s lors toute emprise du sujet sur celui qui lui fait face. Il fait ainsi contrepoids \u00e0 l&#8217;apparent pouvoir du fantasme qui appara\u00eet alors comme le vide m\u00eame entre moi et autrui (d&#8217;o\u00f9 peut-\u00eatre cette r\u00e9currence de l&#8217;id\u00e9e de \u00ab\u00a0Nullit\u00e9\u00a0\u00bb dans le <\/span><em style=\"text-align: justify;\">Journal du Voleur<\/em><span style=\"text-align: justify;\">).<\/span><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<h2>Fonctionnement actantiel de l&#8217;alt\u00e9rit\u00e9\u00a0: l&#8217;autre dissimil\u00e9 ou assimil\u00e9<\/h2>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>Autrui ne peut \u00eatre ni\u00e9 par l&#8217;int\u00e9riorit\u00e9 qui ne s&#8217;en empare qu&#8217;au prix d&#8217;une op\u00e9ration d&#8217;assimilation phantasmatique\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 90px;\">\u00ab\u00a0Le D\u00e9sir ne co\u00efncide pas avec un besoin insatisfait, il se place au-del\u00e0 de la satisfaction et de l&#8217;insatisfaction. La relation avec Autrui, ou l&#8217;id\u00e9e de l&#8217;Infini, l&#8217;accomplit. Chacun peut le vivre dans l&#8217;\u00e9trange d\u00e9sir d&#8217;Autrui qu&#8217;aucune volupt\u00e9 ne vient ni couronner, ni clore, ni endormir. Gr\u00e2ce \u00e0 cette relation l&#8217;homme retir\u00e9 de l&#8217;\u00e9l\u00e9ment, recueilli dans une maison, se repr\u00e9sente un monde. A cause d&#8217;elle, \u00e0 cause de la pr\u00e9sence devant le visage d&#8217;Autrui, l&#8217;homme ne se laisse pas tromper par son glorieux triomphe de vivant et, distinct de l&#8217;animal, peut conna\u00eetre la diff\u00e9rence entre l&#8217;\u00eatre et le ph\u00e9nom\u00e8ne, reconna\u00eetre sa ph\u00e9nom\u00e9nalit\u00e9, le d\u00e9faut de sa pl\u00e9nitude, defaut inconvertible en besoins et qui, au\u00e0del\u00e0 de la pl\u00e9nitude et du vide, ne saurait se combler.\u00a0\u00bb (L\u00e9vinas, 1971, p. 196)<\/p>\n<p>Par rapport \u00e0 l&#8217;ext\u00e9riorit\u00e9 radicale de l&#8217;autre, le fictif appara\u00eet comme le besoin d&#8217;<em>assimiler et\/ou <\/em>de<em> dissimiler <\/em>Autrui, besoin qui na\u00eet de l&#8217;irr\u00e9ductibilit\u00e9 m\u00eame du D\u00e9sir. La r\u00e9duction de l&#8217;alt\u00e9rit\u00e9 passe par l&#8217;usage du fictif comme <em>prolongement\/comblement<\/em> (prolongement des lignes de fuite, des horizons absents, etc.) de l&#8217;infini en Autrui et de l&#8217;inconnaissable. Pour Genet, comme pour Bataille, le point limite o\u00f9 le savoir peut recueillir le non-savoir se trouve en l&#8217;autre \u00e9rotis\u00e9. A l&#8217;inverse, la rechute dans le \u00ab\u00a0r\u00e9el\u00a0\u00bb est l&#8217;affront qu&#8217;Autrui (en tant que principe social et \u00eatre insaisissable) inflige au sujet. Affront de limitation et de libert\u00e9. Mais affront par quoi le sujet d\u00e9couvre aussi <em>sa<\/em> libert\u00e9 et <em>sa<\/em> solitude ontologique. Point limite de la perte de soi par quoi le monde s&#8217;ouvre\u00a0&#8211; principe po\u00e9tique de la sortie extatique.<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<h3><em>L&#8217;autre assimil\u00e9 comme fantasme<\/em><\/h3>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&#8217;assimilation d&#8217;autrui par le sujet induit l&#8217;interchangeabilit\u00e9 du sujet avec l&#8217;autre ou cr\u00e9ation de personnages. A travers l&#8217;expression du moi, voil\u00e9e par le personnage, s&#8217;instaure une structure attributive <em>r\u00e9versible<\/em> entre <em>je<\/em> et autrui, telle qu&#8217;elle appara\u00eet dans cette remarque du <em>Journal du voleur<\/em> \u00a0: \u00ab\u00a0J&#8217;\u00e9cris ce livre dans un palace d&#8217;une des villes les plus luxueuses du monde o\u00f9 je suis riche cependant que je ne puis plaindre les pauvres : je les suis.\u00a0\u00bb (JV, p. 100) Genet explicite ailleurs cette r\u00e9versibilit\u00e9 du \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb intime et du \u00ab\u00a0il\u00a0\u00bb fictionnel\u00a0:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 90px;\">\u00ab\u00a0Dans un livre intitul\u00e9 <em>Miracle de la Rose<\/em>, d&#8217;un jeune bagnard \u00e0 qui ses camarades crachent sur les joues et sur les yeux, je prends l&#8217;ignominie de la posture \u00e0 mon compte, et parlant de lui je dis : &#8220;Je&#8221;. Ici, c&#8217;est l&#8217;inverse.\u00a0\u00bb (JV, p. 181)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette posture d\u00e9passe celle d&#8217;un simple narrateur omniscient, en raison du principe de l&#8217;autofiction. J.\u00a0Genet ne laisse en effet de pr\u00e9tendre que ses personnages sont <em>aussi<\/em> ou <em>par ailleurs<\/em> des \u00eatres r\u00e9els. Il nous permet alors de comprendre le fonctionnement de son horizon intime\u00a0: l&#8217;\u00e9criture est pour lui le moyen d&#8217;investir l&#8217;intimit\u00e9 d&#8217;Autrui, de mani\u00e8re fictive et fantasmatique. N\u00e9anmoins, la naissance de l&#8217;oeuvre au-dehors cr\u00e9e le paradoxe d&#8217;une exhibition quasi- bic\u00e9phale, contenant \u00e0 la fois la conscience du narrateur et celle des personnages, assimil\u00e9s certes, mais non tant qu&#8217;ils ne conservent une part de leur ext\u00e9riorit\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Pr\u00e8s d&#8217;eux, je les contenais, contenant l&#8217;id\u00e9e d&#8217;eux-m\u00eames, j&#8217;\u00e9tais leur conscience r\u00e9flechissante.\u00a0\u00bb (JV, p. 295)<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<h4><span style=\"text-decoration: underline;\">Travestissement de l&#8217;autre en objet \u00e9rotique<\/span><\/h4>\n<p>Dans toute son oeuvre, J.\u00a0Genet affirme la supr\u00e9matie de la relation \u00e9rotique sur toutes les autres, relation qui semble \u00eatre la cause premi\u00e8re et quasi-exclusive de l&#8217;oeuvre litt\u00e9raire et le mobile de sa conduite dans le monde\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 90px;\">\u00ab\u00a0Cette poursuite des tra\u00eetres et de la trahison n&#8217;\u00e9tait que l&#8217;une des formes de l&#8217;\u00e9rotisme. Ils est rare \u00e0 il est presque inconnu \u00e0 qu&#8217;un gar\u00e7on m&#8217;offre la joie vertigineuse que seuls peuvent offrir les entrelacs d&#8217;une vie o\u00f9 je serais avec lui m\u00eal\u00e9. [&#8230;] Ainsi m&#8217;aper\u00e7ois-je que je n&#8217;ai recherch\u00e9 que les situations charg\u00e9es d&#8217;intention \u00e9rotiques. Voil\u00e0 ce qui, entre autres choses, dirigea ma vie. Je sais qu&#8217;il existe des aventures dont le h\u00e9ros et les d\u00e9tails sont \u00e9rotiques. C&#8217;est celles\u00e0l\u00e0 que j&#8217;ai voulu vivre.\u00a0\u00bb (JV, p. 95)<\/p>\n<p>De fait, depuis Mettray, la relation \u00e9rotique est l&#8217;occasion, pour Genet, de revivre ce qui, dans le face \u00e0 face avec l&#8217;instance sociale, avait \u00e9chou\u00e9. La solitude premi\u00e8re est mise entre parenth\u00e8ses d\u00e8s lors qu&#8217;il y a d\u00e9sir, dans la mesure o\u00f9 le d\u00e9sir est toujours d\u00e9sir de fusion avec son objet :<\/p>\n<p style=\"padding-left: 90px; text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Il serrait Querelle avec la m\u00eame passion apparente qu&#8217;une femelle d&#8217;animal tient le cadavre de son petit, \u00e0 attitude par quoi nous comprenons ce qu&#8217;est l&#8217;amour : conscience de la s\u00e9paration d&#8217;un seul, conscience d&#8217;\u00eatre divis\u00e9, et que votre vous-m\u00eame vous contemple.\u00a0\u00bb (<em>Querelle<\/em>, p. 67)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">N\u00e9anmoins, la relation entre solitude et fusion \u00e9rotique se joue comme dialectique : \u00e0 la lucidit\u00e9 qui con\u00e7oit la solitude du sujet succ\u00e8de l&#8217;hallucination et l&#8217;illusion de fusion et vice versa\u00a0:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 90px; text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Apr\u00e8s m&#8217;\u00eatre tellement <em>d\u00e9sol\u00e9 de la solitude<\/em> o\u00f9 me garde ma singularit\u00e9, se peut\u00e0il, est\u00e0il vrai, que je tienne nus, que je retienne serr\u00e9s contre moi ces gar\u00e7ons que leur audace, leur duret\u00e9 mettent si haut, me terrassent et me foulent au pieds ?\u00a0\u00bb <em>(Querelle<\/em>, p. 13)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le visage d&#8217;autrui s&#8217;ouvre et se ferme au gr\u00e9 des tensions \u00e9rotiques : \u00ab\u00a0Le visage devient de plus en plus complexe. Les signes s&#8217;enchev\u00eatrent : il est illisible.\u00a0\u00bb (JV, p. 148) Car le paradoxe de cette relation est de jouer simultan\u00e9ment \u00e0 deux niveaux incompossibles comme le souligne E. L\u00e9vinas :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 90px;\">\u00ab\u00a0la possibilit\u00e9 de jouir d&#8217;Autrui, de se placer, \u00e0 la fois, en de\u00e7\u00e0 et au\u00e0del\u00e0 du discours, cette position \u00e0 l&#8217;\u00e9gard de l&#8217;interlocuteur qui, \u00e0 la fois, l&#8217;atteint et le d\u00e9passe, cette simultan\u00e9it\u00e9 du besoin et du d\u00e9sir, de la concupiscence et de la transcendance, tangence de l&#8217;avouable et de l&#8217;inavouable, constitue l&#8217;originalit\u00e9 de l&#8217;\u00e9rotique qui, dans ce sens, est <em>l&#8217;\u00e9quivoque<\/em> par excellence.\u00a0\u00bb (L\u00e9vinas, 1971, p. 286)<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<h4><span style=\"text-decoration: underline;\">Autofiction comme refus de l&#8217;alt\u00e9rit\u00e9<\/span><\/h4>\n<p style=\"text-align: justify;\">Face \u00e0 cette \u00e9quivoque, la fiction permet de r\u00e9duire autrui au rang d&#8217;objet et d&#8217;assouvir ainsi le d\u00e9sir de fusion. Ainsi le prisonnier d\u00e9coupe-t-il dans les journaux les visages et les corps d&#8217;hommes inconnus mais r\u00e9els, \u00e0 partir de quoi il pourra imaginer une histoire lui permettant d&#8217;assouvir son d\u00e9sir\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 90px;\">\u00ab\u00a0Le soir, comme vous ouvrez votre fen\u00eatre sur la rue, je tourne vers moi l&#8217;envers du r\u00e8glement. Sourires et moues, les uns et les autres inexorables, m&#8217;entrent par tous mes trous offerts, leur vigueur p\u00e9n\u00e8tre en moi et m&#8217;\u00e9rige. \/&#8230;\/ La nuit, je les aime et mon amour les anime. \/&#8230;\/ Mais la nuit\u00a0! \/&#8230;\/ Sous le drap, ma main droite s&#8217;arr\u00eate pour caresser le visage absent, puis tout le corps du hors-la-loi que j&#8217;ai choisi pour mon bonheur de ce soir \/&#8230;\/ et un corps vigoureux sort du mur, s&#8217;avance, tombe sur moi\u00a0\u00bb (ND, pp. 15-16)<\/p>\n<p>Personnages qui, en m\u00eame temps qu&#8217;ils remplissent une fonction bien r\u00e9elle dans la vie du prisonnier, seront ensuite r\u00e9utilis\u00e9s \u00e0 des fins fictionnelles, de m\u00eame que le seront les amis de Genet\u00a0: \u00ab\u00a0A l&#8217;aide de mes amants inconnus, je vais \u00e9crire une histoire. Mes h\u00e9ros ce sont eux, coll\u00e9s au mur, eux et moi qui suis l\u00e0, boucl\u00e9.\u00a0\u00bb (ND, p.\u00a016)<\/p>\n<p>Ainsi, l&#8217;autofiction est motiv\u00e9e par la forme m\u00eame de la relation \u00e0 autrui qui fait vivre le sujet dans un univers spatio-temporel d&#8217;o\u00f9 le monde objectif est exclu\u00a0: \u00ab\u00a0Quand l&#8217;homme aborde vraiment Autrui, il est arrach\u00e9 \u00e0 l&#8217;histoire.\u00a0\u00bb (L\u00e9vinas, 1971, p. 45) La violence du face-\u00e0-face et de la r\u00e9v\u00e9lation de l&#8217;alt\u00e9rit\u00e9, qui ouvre sur la transcendance condredit l&#8217;id\u00e9e-m\u00eame de temporalit\u00e9 et abolit la notion de valeur, ce qui permet de comprendre \u00e0 la fois la relative impr\u00e9cision de la datation de ce qui s&#8217;appelle pourtant <em>Journal du Voleur<\/em>, l&#8217;abandon des id\u00e9ologies communes et les tentatives de d\u00e9construction de la lin\u00e9arit\u00e9 historique de <em>Pompes fun\u00e8bres<\/em>. La fiction est le mode naturel de la relation \u00e0 autrui o\u00f9 in\u00e9vitablement s&#8217;enchevr\u00eatrent fantasmes et exp\u00e9riences v\u00e9cues. Elle semble m\u00eame d&#8217;autant plus n\u00e9cessaire que le sujet \u00e9prouve plus violemment l&#8217;ab\u00eeme qui le s\u00e9pare d&#8217;autrui et la solitude irr\u00e9ductible qui en d\u00e9coule.<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<h3><em>L&#8217;autre dissimil\u00e9<\/em><\/h3>\n<p>\u00a0<\/p>\n<h4><span style=\"text-decoration: underline;\">Solitude du sujet face \u00e0 autrui<\/span><\/h4>\n<p>Autrui, loin d&#8217;\u00eatre donn\u00e9 au sujet, appara\u00eet comme ce contre quoi toujours je me heurte, dans la mesure o\u00f9 \u00ab\u00a0L&#8217;autre se maintient et se confirme dans son h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 aussit\u00f4t qu&#8217;on l&#8217;interpelle et f\u00fbt\u00e0ce pour lui dire qu&#8217;on ne peut lui parler\u00a0\u00bb (L\u00e9vinas, 1971, p. 65). D\u00e8s qu&#8217;il y a d\u00e9sir de communication, il y a en m\u00eame temps silence d&#8217;autrui :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 90px;\">\u00ab\u00a0Le monde silencieux est un monde qui nous vient d&#8217;autrui, f\u00fbt\u00e0il malin g\u00e9nie. [&#8230;] Il est l&#8217;envers du langage\u00a0: l&#8217;interlocuteur a donn\u00e9 un signe, mais s&#8217;est d\u00e9rob\u00e9 \u00e0 toute interpr\u00e9tation \u00e0 et c&#8217;est l\u00e0 le silence qui effraie. La parole consiste pour autrui \u00e0 porter secours au signe \u00e9mis, \u00e0 assister \u00e0 sa propre manifestation par signes, \u00e0 rem\u00e9dier \u00e0 l&#8217;\u00e9quivoque par cette assistance.\u00a0\u00bb (L\u00e9vinas, 1971, p. 92)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Face \u00e0 ce silence, c&#8217;est l&#8217;existence m\u00eame du Moi qui est mise en question, dans la mesure o\u00f9 le refus d&#8217;Autrui, qui est sa libert\u00e9, est en m\u00eame temps, deni du sujet, en tant qu&#8217;il est capable de ma\u00eetrise. Le sujet, conscient de cette ambigu\u00eft\u00e9 du rapport \u00e0 autrui, se d\u00e9finira donc par sa solitude : \u00ab\u00a0Pour acqu\u00e9rir cette solitude absolue dont il a besoin s&#8217;il veut r\u00e9aliser son oeuvre \u00e0 tir\u00e9e d&#8217;un n\u00e9ant qu&#8217;elle va combler et rendre sensible \u00e0 la fois \u00e0 le po\u00e8te peut s&#8217;exposer dans quelque posture qui sera pour lui la plus p\u00e9rilleuse\u00a0\u00bb (<em>Le funambule,<\/em> pp. 20\u00e021). La solitude est ainsi la posture n\u00e9cessaire de reconnaissance de l&#8217;autre du monde qui n&#8217;est exprimable que tenu \u00e0 distance, dans la \u00ab\u00a0diff\u00e9r<em>a<\/em>nce\u00a0\u00bb (Derrida) de l&#8217;\u00e9criture (et non dans la proximit\u00e9 possessive de la parole).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Selon E. Levinas, l&#8217;ips\u00e9it\u00e9 du moi va de pair avec une affectivit\u00e9 qui est refus du concept, lequel \u00ab\u00a0pousse l&#8217;\u00eatre qui le refuse dans la dimension de l&#8217;int\u00e9riorit\u00e9. Il est chez soi. Le moi est ainsi la fa\u00e7on selon laquelle concr\u00e8tement, s&#8217;accomplit la rupture de la totalit\u00e9, qui d\u00e9termine la pr\u00e9sence de l&#8217;absolument autre. Il est solitude par excellence.\u00a0\u00bb (L\u00e9vinas, 1971, p. 122) Or, chez Genet, c&#8217;est bien cette affectivit\u00e9 qui faute d&#8217;explicitement refuser le concept, refuse n\u00e9anmoins l&#8217;une de ses formes les plus totalisantes, \u00e0 savoir, l&#8217;id\u00e9ologie. Et c&#8217;est bien par se refus que le \u00ab\u00a0moi est chez lui\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0Enfin, plus ma culpabilit\u00e9 serait grande \u00e0 vos yeux, enti\u00e8re, totalement assum\u00e9e, plus sera grande ma libert\u00e9. Plus parfaite ma solitude et mon unicit\u00e9.\u00a0\u00bb (JV, p.\u00a094)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&#8217;extr\u00eame conscience de cette solitude est encore accentu\u00e9e par l&#8217;homosexualit\u00e9 qui fait de l&#8217;autre un autre soi m\u00eame et de l&#8217;amour une forme de narcissisme en m\u00eame temps qu&#8217;elle isole le sujet du reste du corps social en le marginalisant. A cet \u00e9gard, le personnage de Querelle est sans doute la forme paroxistique de l&#8217;int\u00e9riorit\u00e9, dans la mesure o\u00f9 Querelle ne conna\u00eet l&#8217;autre que comme double, par la g\u00e9mellit\u00e9, semblable, par l&#8217;homosexualit\u00e9, objet, par le crime.<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<h3><em>\u00c9chec de l&#8217;\u00e9rotisme et ouverture de la transcendance<\/em><\/h3>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La retomb\u00e9e dans la solitude semble donc in\u00e9vitable et le fantasme ne peut faire que la fiction devienne r\u00e9alit\u00e9, pas plus qu&#8217;il n&#8217;efface la pr\u00e9sence objective du sujet dans l&#8217;\u00e9criture, tout au plus peut-il op\u00e9rer des trou\u00e9es par lesquelles le sujet prend conscience de l&#8217;autre \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s. Au final, l&#8217;\u00eatre reste confront\u00e9 \u00e0 la d\u00e9chirure primordiale\u00a0: \u00ab\u00a0La solitude (dont l&#8217;image pourrait \u00eatre une sorte de brouillard ou de vapeur qui sort de moi) un instant d\u00e9chir\u00e9e par l&#8217;espoir, la solitude se referma sur moi.\u00a0\u00bb (JV, p. 263)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&#8217;est dans ce troisi\u00e8me temps du rapport \u00e0 l&#8217;autre que l&#8217;Infini, tel que le con\u00e7oit E.\u00a0L\u00e9vinas, surgit dans une radicalit\u00e9 qui exclut le concept et se laisse donc comprendre comme transcendance\u00a0:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 90px;\">\u00ab\u00a0D&#8217;unicit\u00e9 \u00e0 unicit\u00e9 \u00e0 transcendance ; en dehors de toute m\u00e9diation \u00e0 de toute motivation puisable dans une communaut\u00e9 g\u00e9n\u00e9rique \u00e0 en dehors de toute parent\u00e9 pr\u00e9alable et de toute synth\u00e8se <em>a priori<\/em> \u00e0 amour d&#8217;\u00e9tranger \u00e0 \u00e9tranger, meilleur que la fraternit\u00e9 m\u00eame. Gratuit\u00e9 de la transcendance-\u00e0-l&#8217;autre interrompant l&#8217;\u00eatre toujours p\u00e9occup\u00e9 de cet \u00eatre-m\u00eame et de sa pers\u00e9v\u00e9rance dans l&#8217;\u00eatre. Interruption absolue de l&#8217;onto-logie, mais dans l&#8217;un-pour-l&#8217;autre de la saintet\u00e9, de la proximit\u00e9, de la socialit\u00e9, de la paix\u00a0\u00bb (L\u00e9vinas, 1971, p. III)<\/p>\n<p>C&#8217;est proprement en ce sens que J.\u00a0Genet ne laisse de parler de \u00ab\u00a0saintet\u00e9\u00a0\u00bb\u00a0:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 90px;\">\u00ab\u00a0Quand pourrais-je enfin bondir au coeur de l&#8217;image, \u00eatre moi-m\u00eame la lumi\u00e8re qui la porte jusqu&#8217;\u00e0 vos yeux ? Quand serai-je au coeur de la po\u00e9sie ?<\/p>\n<p style=\"padding-left: 90px;\">[recherche de la saintet\u00e9]<\/p>\n<p style=\"padding-left: 90px;\">Cette recherche de la transparence est peut\u00e0\u00eatre vaine. Atteinte elle serait le repos. Cessant d&#8217;\u00eatre &#8220;je&#8221;, cessant d&#8217;\u00eatre &#8220;vous&#8221;, le sourire subsistant c&#8217;est un sourire \u00e9gal pos\u00e9 sur les choses.\u00a0\u00bb (JV, p.\u00a0245)<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme la transcendance de L\u00e9vinas, la saintet\u00e9 est \u00e0 la fois le plus grand soin d&#8217;autrui possible et le d\u00e9tachement le plus radical de l&#8217;humanit\u00e9\u00a0:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 90px; text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Le rapport entre toute chose \u00e9tait l&#8217;all\u00e9gresse. Afin d&#8217;\u00eatre digne d&#8217;entrer dans un tel syst\u00e8me il me parut n\u00e9cessaire de rompre gentiment avec les hommes, de me purifier. Le lien me retenant \u00e0 eux \u00e9tant sentimental, sans faire d&#8217;\u00e9clat je devais me d\u00e9tacher d&#8217;eux.\u00a0\u00bb (JV, p. 88)<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elle ouvre un autre rapport au monde qui est en m\u00eame temps heureux et impersonnel parce qu&#8217;elle est l&#8217;inconnu du D\u00e9sirable et le D\u00e9sir\u00e9 m\u00eame. Ainsi elle justifie la cr\u00e9ation, ou fiction, dans la mesure o\u00f9 elle est ce qui ne peut \u00eatre appr\u00e9hend\u00e9 dans le monde. Elle suppose donc une qu\u00eate dans le Possible (le virtuel, le probl\u00e9matique&#8230;), justement parce qu&#8217;elle est impossible\u00a0: \u00ab\u00a0Ne pouvant r\u00e9ussir une d\u00e9finition de la saintet\u00e9 \u00e0 pas plus que de la beaut\u00e9 \u00e0 \u00e0 chaque instant je la veux cr\u00e9er, c&#8217;est-\u00e0-dire faire que tous mes actes me conduisent vers elle que j&#8217;ignore.\u00a0\u00bb (JV, p. 237)<\/p>\n<p>Passant par l&#8217;\u00e9criture, cette qu\u00eate de la saintet\u00e9, directement li\u00e9e au rapport \u00e0 autrui, peut donc nous aider \u00e0 mettre en \u00e9vidence le lien qui existe entre le principe d&#8217;alt\u00e9rit\u00e9 et la litt\u00e9rarit\u00e9 qui fait fi de la distinction entre r\u00e9alit\u00e9 et fiction.<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<h2>L&#8217;Autre et l&#8217;\u00c9criture<\/h2>\n<p>\u00a0<\/p>\n<h3><em>Reconnaissance de l&#8217;alt\u00e9rit\u00e9 par la diff\u00e9r<\/em>a<em>nce<\/em><\/h3>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Qu&#8217;il s&#8217;agisse d&#8217;\u00e9v\u00e9nements historiquement rep\u00e9rables ou au contraire d&#8217;\u00e9pisodes enti\u00e8rement cr\u00e9\u00e9s, ce qui fait sens, dans l&#8217;oeuvre esth\u00e9tique, c&#8217;est la \u00ab\u00a0r\u00e9alit\u00e9\u00a0\u00bb subjective de l&#8217;\u00e9crivain, voire la \u00ab\u00a0r\u00e9alit\u00e9\u00a0\u00bb de l&#8217;oeuvre elle-m\u00eame, si bien qu&#8217;on a du mal \u00e0 comprendre l&#8217;enjeu des concepts d&#8217;autofiction et de fiction, dans la mesure o\u00f9, du point de vue esth\u00e9tique, l&#8217;ontologique pr\u00e9vaut sur le v\u00e9ridictoire :<\/p>\n<p style=\"padding-left: 90px; text-align: justify;\">\u00ab\u00a0puisqu&#8217;il n&#8217;est de h\u00e9ros qu&#8217;en notre esprit il faudra donc les cr\u00e9er. Alors j&#8217;ai recours aux mots. Ceux que j&#8217;utilise, m\u00eame si je tente par eux une explication, chanteront. Ce que j&#8217;\u00e9cris fut\u00e0il vrai ? Faux ? Seul ce livre d&#8217;amour sera r\u00e9el. Les faits qui lui servirent de pr\u00e9texte ? Je dois en \u00eatre le d\u00e9positaire. Ce n&#8217;est pas eux que je restitue.\u00a0\u00bb (JV, p. 113)<\/p>\n<p>Les notions de fiction, autofiction et autobiographie renvoient \u00e0 un univers v\u00e9ridictoire et \u00e0 des syst\u00e8mes de valeurs extra-subjectifs o\u00f9 la question de l&#8217;\u00eatre devient impossible, comme le remarque E.\u00a0L\u00e9vinas\u00a0:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 90px;\">\u00ab\u00a0L&#8217;expression ne consiste pas \u00e0 nous <em>donner<\/em> l&#8217;int\u00e9riorit\u00e9 d&#8217;Autrui. Autrui qui s&#8217;exprime ne se <em>donne<\/em> pr\u00e9cis\u00e9ment pas et, par cons\u00e9quent, conserve la libert\u00e9 de mentir. Mais mensonge et v\u00e9racit\u00e9 supposent d\u00e9j\u00e0 l&#8217;authenticit\u00e9 absolue du visage \u00e0 fait privil\u00e9gi\u00e9 de la repr\u00e9sentation de l&#8217;\u00eatre, \u00e9tranger \u00e0 l&#8217;alternative de la v\u00e9rit\u00e9 et de la non-v\u00e9rit\u00e9, d\u00e9jouant l&#8217;ambigu\u00eft\u00e9 du vrai et du faux que risque toute v\u00e9rit\u00e9, ambigu\u00eft\u00e9 o\u00f9 se meuvent d&#8217;ailleurs toutes les valeurs. La pr\u00e9sentation de l&#8217;\u00eatre dans le visage n&#8217;a pas le statut d&#8217;une valeur.\u00a0\u00bb (L\u00e9vinas, 1971, p. 221)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Reste que, par rapport \u00e0 cette \u00ab\u00a0authenticit\u00e9 absolue du visage\u00a0\u00bb, le livre appara\u00eet comme leurre, diff\u00e9r<em>a<\/em>nce. Par rapport \u00e0 la <em>situation<\/em> d&#8217;expressivit\u00e9 d\u00e9crite par E. L\u00e9vinas, qui suppose le face-\u00e0-face des deux interlocuteurs, la communication scripturale manque \u00e0 l&#8217;expression. La lettre d\u00e9j\u00e0 nous impose l&#8217;absence. Cette absence est plus radicale encore dans le livre o\u00f9 chaque p\u00f4le de la communication appara\u00eet pour l&#8217;autre comme pure \u00e9nigme. Si cette absence d&#8217;autrui qui inhibe la part expressive de la communication est ais\u00e9ment admise par tous ceux qui ne cherchent qu&#8217;\u00e0 transmettre ou recevoir de l&#8217;information, elle devient l&#8217;horizon d&#8217;attente de ceux pour qui l&#8217;expression est le myst\u00e8re m\u00eame de la parole, ceux dont la conception du langage est esth\u00e9tique. Pour l&#8217;\u00e9crivain, l&#8217;oeuvre litt\u00e9raire est la tentative toujours reconduite parce qu&#8217;impossible d&#8217;expression. N\u00e9anmoins, en raison de son caract\u00e8re esth\u00e9tique, en raison de l&#8217;unicit\u00e9 du style de chaque auteur, une autre forme d&#8217;authenticit\u00e9 r\u00e9appara\u00eet, qui, comme celle du visage, se situe au niveau de la forme, au niveau de l&#8217;apparence, qui n&#8217;est pas seulement un leurre, mais l&#8217;affleurement dans le visible de l&#8217;\u00eatre invisible. Ainsi, par la forme, Autrui s&#8217;exprime sans toutefois se donner, que cette forme soit visage ou style. Si bien que la diff\u00e9r<em>a<\/em>nce esth\u00e9tique et l&#8217;alt\u00e9rit\u00e9 ont ceci de commun qu&#8217;elles sont toutes deux exacerbation du D\u00e9sir comme manque. Il en r\u00e9sulte que le d\u00e9calage qui existe entre le face-\u00e0-face de la communication orale et le diff\u00e8rement de la communication litt\u00e9raire accentue ce qu&#8217;E.\u00a0L\u00e9vinas appelle la r\u00e9v\u00e9lation de l&#8217;Infini. En effet, si l&#8217;id\u00e9e de l&#8217;Infini na\u00eet du constat d&#8217;inaccessibilit\u00e9 d&#8217;autrui, alors l&#8217;\u00e9criture romanesque qui ne fait qu&#8217;augmenter la distance entre le d\u00e9sir\u00e9 et le d\u00e9sirant, par le jeu de la diff\u00e9r<em>a<\/em>nce, rend tangible cette id\u00e9e de l&#8217;Infini que les leurres sociaux (mariage, possession physique d&#8217;Autrui, pouvoir) tendraient \u00e0 supprimer au profit de l&#8217;id\u00e9e de besoin.<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<h3><em>Po\u00e9sie comme expression d&#8217;Autrui<\/em><\/h3>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>La sp\u00e9cificit\u00e9 de la forme esth\u00e9tique, \u00e9tant cette mani\u00e8re de rendre la langue \u00e9trang\u00e8re \u00e0 elle-m\u00eame (Deleuze), trahit l&#8217;alt\u00e9rit\u00e9 irr\u00e9ductible du scripteur et ouvre ainsi sur l&#8217;infini de l&#8217;autre qui d\u00e9passe tout concept\u00a0:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 90px; text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Un Bien par-del\u00e0 l&#8217;Etre et par-del\u00e0 la b\u00e9atitude de l&#8217;Un \u00e0 voil\u00e0 qui annonce un concept rigoureux de la cr\u00e9ation, qui ne serait ni une n\u00e9gation, ni une limitation, ni une \u00e9manation de l&#8217;Un. L&#8217;ext\u00e9riorit\u00e9 n&#8217;est pas une n\u00e9gation, mais une merveille.\u00a0\u00bb (L\u00e9vinas, 1971, p. 325)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La solitude du sujet, source de mis\u00e8re, la difficult\u00e9 d&#8217;\u00eatre dans le social, la souffrance \u00e9rotique convergent donc et se transfigurent dans l&#8217;\u00e9criture qui est reconnaissance d&#8217;autrui comme destinataire absent. D&#8217;autre part, la reconnaissance de l&#8217;alt\u00e9rit\u00e9, m\u00eame si elle est un acte \u00e9thique, est avant tout un acte qui transcende les cat\u00e9gories du bien et du mal et les id\u00e9ologies morales, si bien que la pr\u00e9valence de la qu\u00eate esth\u00e9tique est aussi bien reconnaissance de l&#8217;Autre, non pas en tant qu&#8217;il est r\u00e9duit \u00e0 des normes et \u00e0 des r\u00e8gles de comportements, mais en tant qu&#8217;il les d\u00e9borde infiniment et trahit d&#8217;autant plus sn ext\u00e9riorit\u00e9 appelant l&#8217;infini qu&#8217;il va \u00e0 l&#8217;encontre des concepts et des lois morales qui tendent \u00e0 imposer la Totalisation\u00a0:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 90px; text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Du seul point de vue de l&#8217;esth\u00e9tisme consid\u00e9rant un acte, je ne pouvais l&#8217;entendre. La bonne volont\u00e9 des moralistes se brise contre ce qu&#8217;ils appellent ma mauvaise foi. S&#8217;ils peuvent me prouver qu&#8217;un acte est d\u00e9testable par le mal qu&#8217;il fait, moi seul puis d\u00e9cider, par le chant qu&#8217;il soul\u00e8ve en moi, de sa beaut\u00e9, de son \u00e9l\u00e9gance ; moi seul puis le refuser ou l&#8217;accepter. On ne me ram\u00e8nera pas dans la voie droite. Tout au plus pourrait\u00e0on entreprendre ma r\u00e9\u00e9ducation artistique \u00e0 au risque toutefois pour l&#8217;\u00e9ducateur, de se laisser convaincre et gagner \u00e0 ma cause si la beaut\u00e9 est prouv\u00e9e par, de deux personnalit\u00e9s, la souveraine.\u00a0\u00bb (JV, p.\u00a0218)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si \u00ab\u00a0La conscience premi\u00e8re de mon immortalit\u00e9, n&#8217;est pas ma subordination au fait, mais \u00e0 Autrui, \u00e0 l&#8217;Infini.\u00a0\u00bb (L\u00e9vinas, 1971, p. 82), l&#8217;esth\u00e9tisme est le parti-pris de la personne contre le syst\u00e8me, de l&#8217;autre contre la totalit\u00e9. La fiction, qui vise \u00e0 embellir l&#8217;autobiographie\u00a0: \u00ab\u00a0(Le but de ce r\u00e9cit, c&#8217;est d&#8217;embellir mes aventures r\u00e9volues, c&#8217;est\u00e0\u00e0\u00e0dire d&#8217;obtenir d&#8217;elles ce qui aujourd&#8217;hui suscitera le chant, seule preuve de cette beaut\u00e9.)\u00a0\u00bb (JV, p. 230), est alors \u00e0 la fois le signe du myst\u00e8re d&#8217;Autrui qui appara\u00eet en m\u00eame temps que la conscience de l&#8217;isolement ontologique, et la marque d&#8217;un d\u00e9sir de fusion tout aussi irr\u00e9ductible que l&#8217;est la perennit\u00e9 de l&#8217;ext\u00e9riorit\u00e9. C&#8217;est en ce sens qu&#8217;il faut comprendre l&#8217;\u00e9volution du personnage de Gil dans <em>Querelle de Brest<\/em>, lorsqu&#8217;il se cache et devient une sorte de prisonnier volontaire\u00a0:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 90px; text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Gil faisait (sans qu&#8217;il s&#8217;en dout\u00e2t) l&#8217;apprentissage douloureux de la po\u00e9sie. L&#8217;image de la cha\u00eene d\u00e9chirait une fibre et la d\u00e9chirure s&#8217;aggravait jusqu&#8217;\u00e0 permettre un passage au navire, \u00e0 la mer, au monde, jusqu&#8217;\u00e0 finalement d\u00e9truire Gil qui se retrouvait hors de soi-m\u00eame, et n&#8217;ayant plus d&#8217;existence possible que dans ce monde qui venait de la poignarder, de le traverser, de l&#8217;an\u00e9antir.\u00a0\u00bb (<em>Querelle<\/em>, p. 151)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La po\u00e9sie permet la sortie de soi dans le monde o\u00f9 la conscience refuse de com-prendre le monde comme objet. Par quoi elle est ce moment de renoncement \u00e0 la rh\u00e9torique d\u00e9crit par E.\u00a0L\u00e9vinas\u00a0: \u00ab\u00a0Renoncer \u00e0 la psychagogie, \u00e0 la d\u00e9magogie, \u00e0 la p\u00e9dagogie que la rh\u00e9torique comporte, c&#8217;est aborder autrui de face, dans un v\u00e9ritable discours. A aucun degr\u00e9 alors l&#8217;\u00eatre n&#8217;est objet, il est en dehors de toute emprise.\u00a0\u00bb (L\u00e9vinas, 1971, p. 67) Si bien qu&#8217;on peut consid\u00e9rer la fictionalisation de la mati\u00e8re biographique moins comme un d\u00e9tour que comme le voile qui permet \u00e0 l&#8217;Autre d&#8217;appara\u00eetre dans son \u00e9tranget\u00e9 et d&#8217;\u00e9chapper au M\u00eame.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette reconnaissance de l&#8217;autre n&#8217;est pas la simple reconnaissance d&#8217;une personne particuli\u00e8re (r\u00e9elle ou fictive), elle est la premi\u00e8re fonction du langage qui fait acc\u00e9der l&#8217;informe au nom propre par quoi il peut \u00eatre reconnu sans \u00eatre conceptualis\u00e9, et c&#8217;est bien en ce sens pleine acceptation de l&#8217;alt\u00e9rit\u00e9 et renoncement aux forces possessives du concept dans la parole. D&#8217;o\u00f9 le sens de ces lignes du <em>Journal du Voleur<\/em>\u00a0:<\/p>\n<p style=\"padding-left: 90px; text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Sur le champ, au moment o\u00f9 j&#8217;\u00e9crivais, peut\u00e0\u00eatre ai\u00e0je voulu magnifier des sentiments, des attitudes ou des objets qu&#8217;honorerait un gar\u00e7on magnifique devant la beaut\u00e9 de qui je me courbais, mais aujourd&#8217;hui que je me relis, j&#8217;ai oubli\u00e9 ces gar\u00e7ons, il ne me reste d&#8217;eux que cet attribut que j&#8217;ai chant\u00e9, et c&#8217;est lui qui resplendira dans mes livres d&#8217;un \u00e9clat \u00e9gal \u00e0 l&#8217;orgueil, \u00e0 l&#8217;h\u00e9ro\u00efsme, \u00e0 l&#8217;audace. Je ne leur ai pas cherch\u00e9 d&#8217;excuses. Pas de justification. J&#8217;ai voulu qu&#8217;ils aient droit au honneurs du Nom. Cette op\u00e9ration, pour moi n&#8217;aura pas \u00e9t\u00e9 vaine. J&#8217;en \u00e9prouve d\u00e9j\u00e0 l&#8217;efficacit\u00e9. [&#8230;] Les \u00eatres et les choses, sans les confondre, il [mon coeur] les accepte tous dans leur \u00e9gale nudit\u00e9. Ainsi je ne veux plus \u00e9crire, je meurs \u00e0 la Lettre.\u00a0\u00bb (JV, p. 122)<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<h3><strong><em>Autrui, le r\u00e9el et la fable<\/em><\/strong><\/h3>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La complexit\u00e9 des relations qui unissent le sujet \u00e0 l&#8217;autre permet de comprendre \u00e0 quel point la mise en fiction est non pas une pr\u00e9rogative litt\u00e9raire mais le principe m\u00eame de la relation \u00e0 Autrui, o\u00f9 le \u00ab\u00a0r\u00e9el ne doit pas seulement \u00eatre d\u00e9termin\u00e9 dans son objectivit\u00e9 historique, mais aussi \u00e0 partir du <em>secret<\/em> qui interrompt la continuit\u00e9 du temps historique, \u00e0 partir des intentions int\u00e9rieures.\u00a0\u00bb (L\u00e9vinas, 1971, p.\u00a051). Du coup, si la n\u00e9cessit\u00e9 d&#8217;une distinction entre autobiographie et fiction garde sa valeur historique, elle perd de son importance quand il s&#8217;agit de questionner la litt\u00e9rarit\u00e9 du texte et m\u00eame lorsqu&#8217;il s&#8217;agit de cerner le type de rapport que le scripteur entretient avec l&#8217;alt\u00e9rit\u00e9, car si la distinction entre histoire (ou biographie) et fiction (ou mythe) semble n\u00e9cessaire \u00e0 une appr\u00e9hension sociale (ext\u00e9rieure ou objective) de l&#8217;\u00e9v\u00e9nement (et du sujet), en revanche, du point de vue de l&#8217;intimit\u00e9 (aussi bien celle du lecteur que de l&#8217;auteur), ce qui va importer bien davantage, c&#8217;est justement l&#8217;exhibition <em>anhistorique<\/em> de l&#8217;\u00ab\u00a0<em>in<\/em>-individuel\u00a0\u00bb (Mallarm\u00e9), du Sujet (Meschonnic), de l&#8217;int\u00e9riorit\u00e9 (L\u00e9vinas), termes qui recouvrent une m\u00eame r\u00e9alit\u00e9 pouvant \u00eatre d\u00e9finie comme la part commune, mais irr\u00e9ductible au collectif, de l&#8217;\u00eatre humain (l&#8217;\u00eatre \u00e9rotique ou l&#8217;\u00eatre fraternel en seraient sans doute des exemples explicites), part incommunicable et constituante de tout un chacun.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par rapport \u00e0 cette int\u00e9riorit\u00e9, que la litt\u00e9rature cherche \u00e0 rendre tangible, bien que, comme le souligne E.\u00a0L\u00e9vinas, elle ne soit pas directement communicable, ce qui importe, c&#8217;est<em> l&#8217;absolue r\u00e9alit\u00e9 de l&#8217;ensemble du champ de pens\u00e9e<\/em> (v\u00e9cu, connaissance directe ou m\u00e9diatis\u00e9e des faits historiques, culture, fantasmes, projets, etc.), lequel se r\u00e9organise en vue de satisfaire \u00e0 la fois le besoin et le d\u00e9sir du sujet, le besoin participant du M\u00eame et de la Totalit\u00e9 alors que le D\u00e9sir participe de l&#8217;Autre et de l&#8217;Infini.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&#8217;int\u00e9riorit\u00e9 fixe donc \u00e0 la fois la limite du sujet et d&#8217;Autrui et marque la sp\u00e9cificit\u00e9 de la solitude ontologique de l&#8217;\u00eatre humain. Pourtant, E. L\u00e9vinas souligne deux aspects de l&#8217;activit\u00e9 humaine qui tentent de nier cette solitude\u00a0: l&#8217;\u00e9rotisme d&#8217;une part, l&#8217;esth\u00e9tique d&#8217;autre part. L&#8217;oeuvre romanesque de Jean Genet s&#8217;av\u00e8re donc particuli\u00e8rement int\u00e9ressante par rapport au probl\u00e8me de l&#8217;alt\u00e9rit\u00e9, d&#8217;une part parce qu&#8217;elle rev\u00eat un caract\u00e8re \u00ab\u00a0tr\u00e8s litt\u00e9raire\u00a0\u00bb, de l&#8217;autre parce que la th\u00e9matique est bien souvent l&#8217;\u00e9rotisme, enfin parce que l&#8217;autofiction met en lumi\u00e8re l&#8217;intimit\u00e9 du narrateur-auteur (qui sera alors per\u00e7u comme absolument autre) en \u00e9clairant la sp\u00e9cificit\u00e9 du r\u00e9el qu&#8217;il envisage, et donc sa mani\u00e8re de construire l&#8217;autre en lui-m\u00eame. Ce qui nous importe, ce n&#8217;est pas tant de savoir s&#8217;il s&#8217;agit de v\u00e9cu ou d&#8217;imaginaire, mais de pouvoir comprendre comment l&#8217;\u00e9criture, en tant qu&#8217;elle prend plus ou moins de distance par rapport \u00e0 l&#8217;\u00e9v\u00e9nement brut, trahit la complexit\u00e9 de la relation entre int\u00e9riorit\u00e9 et ext\u00e9riorit\u00e9. Autrement dit, qu&#8217;il y ait ou non fiction, auto\u00e0fiction ou autobiographie, chaque fois il persiste que l&#8217;\u00e9criture est un moyen de projeter le sujet dans des mondes possibles o\u00f9 il peut de positionner par rapport \u00e0 autrui, autrement dit, se singulariser ou au contraire se socialiser. En ce qui concerne J.\u00a0Genet, la mise \u00e0 distance fictionnelle et le travail esth\u00e9tique, loin d&#8217;\u00eatre une marque de m\u00e9pris de l&#8217;autre, s&#8217;av\u00e8re \u00eatre le signe d&#8217;un profond d\u00e9sir de conserver \u00e0 Autrui sa part d&#8217;ind\u00e9chiffrable tout en lui t\u00e9moignant une attention qui laisse ouverte la possibilit\u00e9 de son expression, comme myst\u00e8re et merveille.<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p align=\"right\"><strong>Laurence Bougault.<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>Bibliographie<\/strong><\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>Deleuze (G.), <em>Logique du sens<\/em>, Minuit, 1969.<\/p>\n<p>\u00e0 <em>Diff\u00e9rence et r\u00e9p\u00e9tition<\/em>, PUF, 1996.<\/p>\n<p>Derrida (J.), <em>L&#8217;\u00e9criture et la diff\u00e9rence<\/em>, Seuil, 1967.<\/p>\n<p>Doubrovsky (S.), <em>Autobiographies\u00a0: de Corneille \u00e0 Sartre<\/em>, PUF, 1988.<\/p>\n<p><em>Europe, Jean Genet, <\/em>n\u00b0808-809, ao\u00fbt-sept. 1996.<\/p>\n<p>L\u00e9vinas (E.), <em>Totalit\u00e9 et Infini : Essai sur l&#8217;ext\u00e9riorit\u00e9<\/em>, Martinus Nijhoff, coll. \u00ab\u00a0LGF\/biblio\/essais\u00a0\u00bb, 1971.<\/p>\n<p>Lejeune (P.), <em>Le pacte autobiographique<\/em>, Seuil, 1975.<\/p>\n<p>Molini\u00e9 (G.), <em>El\u00e9ments de stylistique fran\u00e7aise<\/em>, PUF, coll. \u00ab\u00a0Linguistique nouvelle\u00a0\u00bb, 1986\/91.<\/p>\n<p>Genet (J.), <em>Querelle de Brest<\/em>, Gallimard, coll. \u00ab\u00a0L&#8217;imaginaire\u00a0\u00bb, 1953. (<em>Querelle<\/em> en abr\u00e9g\u00e9)<\/p>\n<p>&#8211; <em>Notre\u00e0Dame\u00e0des\u00e0Fleurs<\/em>, L&#8217;Arbal\u00e8te, coll. \u00ab\u00a0Folio\u00a0\u00bb, 1948. (ND en abr\u00e9g\u00e9)<\/p>\n<p>&#8211; <em>Journal\u00a0 du voleur<\/em>, Gallimard, coll. \u00ab\u00a0Folio\u00a0\u00bb, 1949. (JV en abr\u00e9g\u00e9)<\/p>\n<p>&#8211; <em>Miracle de la Rose<\/em>, L&#8217;Arbal\u00e8te, coll. \u00ab\u00a0Folio\u00a0\u00bb, 1946.<\/p>\n<p>&#8211; <em>Le Funambule<\/em> suivi de <em>L&#8217;Enfant criminel<\/em>, L&#8217;Arbal\u00e8te, 1958.<\/p>\n<p><em>&#8211; Pompes fun\u00e8bres, <\/em>Gallimard, coll. \u00ab\u00a0L&#8217;imaginaire\u00a0\u00bb, 1978.<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c0 la lecture du num\u00e9ro d&#8217;Europe consacr\u00e9 \u00e0 Jean Genet, on \u00e9tait frapp\u00e9 par la r\u00e9currence du probl\u00e8me de l&#8217;\u00ab\u00a0autofiction\u00a0\u00bb (Doubrovsky) qui \u00ab\u00a0op\u00e8re dans un no man&#8217;s land entre autobiographie et fiction\u00a0\u00bb (Europe , Spear, p. 26) et de celui du rapport \u00e0 Autrui (Autrui comme partenaire amoureux, Autrui comme instance sociale contraignante, Autrui comme polis,&#8230;). On voudrait ici soulever la question suivante\u00a0 : l&#8217;omnipr\u00e9sence de ces deux aspects de l&#8217;oeuvre de Genet n&#8217;est-elle pas le signe que, loin d&#8217;\u00eatre dissoci\u00e9s, autofiction et traitement de l&#8217;alt\u00e9rit\u00e9 s&#8217;autod\u00e9terminent l&#8217;un par l&#8217;autre. En s&#8217;appuyant sur les r\u00e9flexions d&#8217;Emmanuel L\u00e9vinas quant au probl\u00e8me de l&#8217;ext\u00e9riorit\u00e9, telles qu&#8217;elles apparaissent dans Totalit\u00e9 et Infini, on aimerait en effet envisager comment, \u00e0 la fronti\u00e8re de l&#8217;autobiographie et du \u00ab\u00a0fictif\u00a0\u00bb, Jean Genet valorise certains types de rapports \u00e0 Autrui qui impliquent une redistribution du r\u00e9el selon une esth\u00e9tique de l&#8217;assimilation de l&#8217;Autre dans les mondes possibles d\u00e9ploy\u00e9s par le sujet.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[23,25],"tags":[365],"class_list":["post-274","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-seminaire","category-seminaire-2","tag-seminaire"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/ais.airaud.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/274","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/ais.airaud.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/ais.airaud.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ais.airaud.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ais.airaud.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=274"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/ais.airaud.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/274\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/ais.airaud.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=274"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/ais.airaud.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=274"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/ais.airaud.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=274"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}