{"id":2930,"date":"2021-06-28T22:39:36","date_gmt":"2021-06-28T20:39:36","guid":{"rendered":"https:\/\/www.styl-m.org\/?p=2930"},"modified":"2021-06-28T22:39:36","modified_gmt":"2021-06-28T20:39:36","slug":"approche-linguistique-et-stylistique-du-corpus-tragique-de-jean-racine-note-sur-les-noms-propres","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ais.airaud.net\/index.php\/2021\/06\/28\/approche-linguistique-et-stylistique-du-corpus-tragique-de-jean-racine-note-sur-les-noms-propres\/","title":{"rendered":"Clarisse Chabernaud, Approche linguistique et stylistique du corpus tragique de Jean Racine : note sur les noms propres"},"content":{"rendered":"\n<p>Clarisse Chabernaud \u2013 Sorbonne Universit\u00e9 \u2013 ED433 \u00ab Concepts et langages \u00bb \u2013 STIH<br \/>\u00ab Approche linguistique et stylistique du corpus tragique de Jean Racine : note sur les noms propres \u00bb<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-file aligncenter\"><a href=\"http:\/\/ais.airaud.net\/wp-content\/uploads\/2021\/06\/Chabernaud-Approche-linguistique-et-stylistique-du-corpus-tragique-de-Jean-Racine.pdf\" class=\"wp-block-file__button\" download>T\u00e9l\u00e9charger l&#8217;article au format PDF<\/a><\/div>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Pr\u00e9ambule<\/h2>\n\n\n\n<p>Pour fournir une analyse stylistique des trag\u00e9dies de Racine, j\u2019ai choisi de me concentrer sur les \u00e9l\u00e9ments saillants&nbsp;des intrigues&nbsp;: les personnages et les lieux \u2013 proches ou lointains, r\u00e9els ou fantasm\u00e9s. L\u2019\u00e9tude des noms propres permet de mener une enqu\u00eate efficacement encadr\u00e9e par la linguistique et enti\u00e8rement capable de s\u2019adapter \u00e0 des enjeux litt\u00e9raires et discursifs. Les ouvrages de la linguistique du nom propre insistent sur ce point&nbsp;: le nom propre est un signe linguistique et un objet mondain \u2013 il sera question de cette double nature <em>infra<\/em>. Mais pourquoi les noms propres, pourquoi dans la trag\u00e9die et pourquoi Racine&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Parce qu\u2019ils sont des relais et des soutiens de l\u2019interlocution, les noms propres font revenir d\u2019une mani\u00e8re nouvelle et compl\u00e9mentaire sur la description de la situation \u00e9nonciative au th\u00e9\u00e2tre. Ils sont tr\u00e8s fr\u00e9quents dans les dialogues pour d\u00e9signer l\u2019interlocuteur, en fonction presque phatique (\u00ab&nbsp;Oui, Cr\u00e9on, la chose est r\u00e9solue&nbsp;\u00bb, <em>La Th\u00e9ba\u00efde<\/em>, I, iv, v. 219) ou pour d\u00e9signer un d\u00e9locut\u00e9 (\u00ab&nbsp;Rome en effet triomphe, et Mithridate est mort&nbsp;\u00bb, <em>Mithridate<\/em>, I, i, v. 2) \u2013 pr\u00e9sent ou absent de la sc\u00e8ne. Le nom propre offre ainsi la possibilit\u00e9 de d\u00e9crire ces textes sans occulter leur sp\u00e9cificit\u00e9 \u00e9nonciative \u2013 celle de la double \u00e9nonciation et du discours surpris \u2013 en la mettant m\u00eame au premier plan.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"ftnref1\">De plus, la majorit\u00e9 des noms de personne sont des noms propres historiques et convoquent chez le lecteur-spectateur ou le destinataire un horizon d\u2019attente quant \u00e0 ces personnages et \u00e0 leur histoire, laquelle fait partie d\u2019un stock commun de connaissances encyclop\u00e9diques. Les noms propres sont donc, pour cette raison \u00e9galement, tout d\u00e9sign\u00e9s pour \u00e9tudier des textes tragiques, une trag\u00e9die \u00e9tant une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre mettant en sc\u00e8ne des personnages nobles, des souverains, des \u00ab&nbsp;grands&nbsp;\u00bb et donc des \u00ab&nbsp;grands noms&nbsp;\u00bb. L\u2019enjeu est alors de relever 1) ce que le dramaturge fait de ces connaissances encyclop\u00e9diques et litt\u00e9raires, que l\u2019on peut consid\u00e9rer comme son socle de composition des caract\u00e8res&nbsp;; 2) ce qu\u2019il choisit d\u2019ajouter ou de supprimer&nbsp;: d\u2019analyser le \u00ab&nbsp;contenu&nbsp;\u00bb du nom propre<a href=\"#ftn1\">[1]<\/a> forg\u00e9 tout au long d\u2019une intrigue, et qui fait que la Ph\u00e8dre de Racine n\u2019est pas celle d\u2019Euripide.<\/p>\n\n\n\n<p>La formule \u00ab&nbsp;le\/la <em>x<\/em> de Racine&nbsp;\u00bb conduit \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 la derni\u00e8re interrogation. Il semble que dans sa mani\u00e8re de composer des trag\u00e9dies, Racine se soit grandement int\u00e9ress\u00e9 aux caract\u00e8res des personnages et \u00e0 la notion de personnage tragique telle que d\u00e9finie par Aristote dans la <em>Po\u00e9tique<\/em>. Tristan Alonge d\u00e9crit ce parti-pris comme \u00e9tant le fondement de l\u2019esth\u00e9tique tragique de Racine, et parle volontiers de \u00ab&nbsp;r\u00e9volution racinienne&nbsp;\u00bb dans <em>Racine et Euripide&nbsp;<\/em>:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\" id=\"ftnref2\"><p>Comme il nous le rappelle incessamment dans ses pr\u00e9faces, au centre de la r\u00e9flexion dramaturgique du po\u00e8te de la Fert\u00e9-Milon se situe, en effet, le \u00ab&nbsp;personnage tragique&nbsp;\u00bb, ni tout \u00e0 fait coupable, ni tout \u00e0 fait innocent, tel que d\u00e9fini par Aristote dans sa <em>Po\u00e9tique<\/em>. Fid\u00e8le \u00e0 ce secret des Anciens qu\u2019il a pu retrouver dans la trag\u00e9die grecque, c\u2019est en axant ses pi\u00e8ces autour du cette notion que Racine se propose de bousculer les codes dramaturgiques de l\u2019\u00e9poque, en attribuant un r\u00f4le central au personnage.<a href=\"#ftn2\">[2]<\/a><\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p id=\"ftnref3\">Il ajoute qu\u2019\u00e0 la lecture des <em>Discours<\/em> de Corneille se mesure la nouveaut\u00e9 de Racine dans la mani\u00e8re de \u00ab&nbsp;fabriquer des pi\u00e8ces&nbsp;\u00bb&nbsp;: chez Corneille \u00ab&nbsp;l\u2019essentiel de l\u2019attention porte sur la recherche d\u2019une intrigue complexe, riche en coups de th\u00e9\u00e2tre, capable de toucher le spectateur par des retournements soudains [\u2026]<a href=\"#ftn3\">[3]<\/a>&nbsp;\u00bb. La \u00ab&nbsp;caract\u00e9risation psychologique&nbsp;\u00bb retient davantage l\u2019attention de Racine que la construction de l\u2019intrigue et la dramaturgie, \u00ab&nbsp;[\u2026] c\u2019est du moins ce qu\u2019autorise \u00e0 penser une analyse exhaustive des annotations aux tragiques grecs [il est question dans ce d\u00e9veloppement d\u2019\u00e9ditions en grec ancien de Sophocle et Euripide]. Sur treize pi\u00e8ces annot\u00e9es, sept d\u2019entre elles pr\u00e9sentent des remarques de ce type&nbsp;; [\u2026]<a href=\"#ftn4\">[4]<\/a>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"ftnref5\">La compr\u00e9hension et la juste repr\u00e9sentation des caract\u00e8res sont donc centrales dans la conception racinienne de la trag\u00e9die. Le caract\u00e8re de <em>x<\/em> le pousse \u00e0 agir ou r\u00e9agir de telle mani\u00e8re et le caract\u00e8re de <em>y<\/em> de telle autre mani\u00e8re. Les actes sont d\u00e9finis et d\u00e9pendants des caract\u00e8res, mais les \u00e9v\u00e9nements peuvent aussi bousculer les caract\u00e8res \u2013 ph\u00e9nom\u00e8ne \u00e9galement repris aux tragiques grecs<a href=\"#ftn5\" data-type=\"internal\" data-id=\"#ftn5\">[5]<\/a>. Or la base d\u2019un caract\u00e8re est donn\u00e9e \u00e0 Racine par un nom&nbsp;: s\u2019il veut repr\u00e9senter un caract\u00e8re apte \u00e0 fauter dans l\u2019inceste il repr\u00e9sentera Ph\u00e8dre&nbsp;et \u00e9voquera \u0152dipe ; s\u2019il veut repr\u00e9senter les caract\u00e8res de deux fr\u00e8res ennemis il repr\u00e9sentera Polynice et \u00c9t\u00e9ocle&nbsp;; s\u2019il veut repr\u00e9senter la folie amoureuse il choisira Oreste et Hermione&nbsp;; la cruaut\u00e9, N\u00e9ron et Agrippine ou encore Athalie&nbsp;; la pi\u00e9t\u00e9 et le sacrifice, Iphig\u00e9nie et Esther.<\/p>\n\n\n\n<p>Quels sont d\u00e8s lors les outils utilis\u00e9s pour mener \u00e0 bien ce relev\u00e9 et cette \u00e9tude des noms propres dans le corpus tragique de Racine&nbsp;? Quelle ligne directrice donner \u00e0 un travail stylistique amplement d\u00e9pendant de la linguistique du nom propre, \u00e9labor\u00e9e sur des corpus r\u00e9cents en fran\u00e7ais contemporain&nbsp;? Quelles difficult\u00e9s m\u00e9thodologiques ou pratiques \u00e9mergent des recherches&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">I) Les outils de la linguistique et de la philosophie logique<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">a) La linguistique du nom propre&nbsp;: essor et principales approches<\/h3>\n\n\n\n<p>Notre premier outil est bien \u00e9videmment la bibliographie linguistique consacr\u00e9e au nom propre. Cette bibliographie est en constant progr\u00e8s depuis la fin des ann\u00e9es 1970 et le d\u00e9but des ann\u00e9es 1980. Mich\u00e8le Noailly a d\u2019abord pos\u00e9 la question de la possibilit\u00e9 de penser le nom propre comme une cat\u00e9gorie grammaticale \u00e0 part enti\u00e8re et s\u2019est int\u00e9ress\u00e9e \u00e0 ses sp\u00e9cificit\u00e9s syntaxiques (voir notamment 1978, 1983, 1984, 1991, 2001). En parall\u00e8le, la publication de la th\u00e8se de Georges Kleiber en 1981 assortit ce mouvement d\u2019essor d\u2019un volet s\u00e9mantique, en d\u00e9pla\u00e7ant les recherches sur le sens du nom propre de la logique \u00e0 la linguistique. Les deux approches \u2013 syntaxique et s\u00e9mantique \u2013 se trouve r\u00e9sum\u00e9es et oppos\u00e9es dans Noailly (1987).<\/p>\n\n\n\n<p id=\"ftnref6\">On trouve ensuite les travaux de Marie-No\u00eblle Gary-Prieur (1994 et 2001) et de Kerstin Jonasson (1994), qui reviennent sur les diff\u00e9rentes constructions du nom propre, et o\u00f9 la distinction entre nom propre standard et nom propre modifi\u00e9, d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sente chez Kleiber, est reprise en tant qu\u2019axe structurant \u2013 mais tous les linguistes ne s\u2019entendent pas sur une acception commune de la \u00ab&nbsp;modification&nbsp;\u00bb du nom propre<a href=\"#ftn6\" data-type=\"internal\" data-id=\"#ftn6\">[6]<\/a>, qui dispose elle aussi \u00e0 ce jour d\u2019une bibliographie cons\u00e9quente<a href=\"#ftn7\">[7]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"ftnref8\">C\u2019est la d\u00e9finition du sens du nom propre, ou plut\u00f4t sa caract\u00e9risation, qui s\u2019est longtemps trouv\u00e9e au centre des d\u00e9bats. Dans (1981), Kleiber consid\u00e8re le nom propre comme l\u2019abr\u00e9viation du pr\u00e9dicat de d\u00e9nomination \u00ab&nbsp;\u00eatre appel\u00e9 \/N\/&nbsp;\u00bb. Suite \u00e0 des critiques<a href=\"#ftn8\" data-type=\"internal\" data-id=\"#ftn8\">[8]<\/a>, il revient sur cette affirmation et th\u00e9orise un sens d\u00e9nominatif instructionnel \u00e0 l\u2019occasion du Colloque de Brest en 1994. Le sens d\u00e9nominatif n\u2019est \u00ab&nbsp;alors plus con\u00e7u comme une propri\u00e9t\u00e9 ou description du r\u00e9f\u00e9rent, mais comme l\u2019instruction de chercher et de trouver dans la m\u00e9moire stable le r\u00e9f\u00e9rent qui porte le nom en question&nbsp;\u00bb (1996&nbsp;: 573) apr\u00e8s avoir acquis la comp\u00e9tence r\u00e9f\u00e9rentielle d\u2019utiliser <em>X<\/em> pour <em>x<\/em> \u2013 je dois apprendre le lien conventionnel reliant le nom d\u2019un individu \u00e0 cet individu (1981&nbsp;: 313-315) pour pouvoir l\u2019appeler par son nom.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"ftnref9\">L\u2019autre \u00e9l\u00e9ment majeur, et il l\u2019est aussi pour nos recherches sur textes, est la double nature du nom propre, pr\u00e9sent\u00e9e au seuil de Jonasson (1994) et d\u00e9velopp\u00e9e dans Gary-Prieur (2001, 2005, 2009) et Laurent (2016a et 2016b). Cette double nature explique les difficult\u00e9s de la grammaire \u00e0 int\u00e9grer le nom propre, un signe \u00ab&nbsp;en marge de ce syst\u00e8me de conventions linguistiques<a href=\"#ftn9\" data-type=\"internal\" data-id=\"#ftn9\">[9]<\/a>&nbsp;\u00bb. Le nom propre est \u00ab&nbsp;\u00e0 la fois un objet du monde et un signe de la langue&nbsp;\u00bb&nbsp;: \u00ab&nbsp;c\u2019est un objet du monde en tant que propri\u00e9t\u00e9, aux deux sens du terme, de son r\u00e9f\u00e9rent&nbsp;; c\u2019est un signe de la langue en tant qu\u2019il s\u2019inscrit dans un syst\u00e8me morphophonologique donn\u00e9<a href=\"#ftn10\">[10]<\/a>&nbsp;\u00bb. Cette double nature am\u00e8ne Nicolas Laurent \u00e0 distinguer le \u00ab&nbsp;Np-propri\u00e9t\u00e9&nbsp;\u00bb du \u00ab&nbsp;Np-expression&nbsp;\u00bb, le \u00ab&nbsp;Npr-propri\u00e9t\u00e9&nbsp;\u00bb \u00e9tant \u00ab&nbsp;le Np port\u00e9 par l\u2019individu dans le monde&nbsp;\u00bb et le \u00ab&nbsp;Np-expression&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;le Np qui r\u00e9f\u00e8re \u00e0 l\u2019individu en tant qu\u2019il porte ce Np-propri\u00e9t\u00e9&nbsp;: tel <em>x<\/em> s\u2019appelle <em>Paul<\/em> (Np-propri\u00e9t\u00e9) et peut, en cons\u00e9quence, \u00eatre d\u00e9sign\u00e9 par le Np-expression \u201cPaul\u201d<a href=\"#ftn11\">[11]<\/a>&nbsp;\u00bb. C\u2019est cette double nature qui l\u2019am\u00e8ne par ailleurs \u00e0 conserver les deux versions du sens d\u00e9nominatif du nom propre (pr\u00e9dicatif et instructionnel), et nous les conservons \u00e9galement car la double nature du nom propre est l\u2019\u00e9l\u00e9ment le plus important pour notre lecture du corpus&nbsp;: elle permet en effet d\u2019envisager l\u2019articulation entre l\u2019approche grammaticale et l\u2019approche discursive. En prenant soin de rappeler la polys\u00e9mie du terme <em>discours<\/em>, \u00e0 la suite de M.-N. Gary-Prieur&nbsp;dans la postface au collectif <em>Le Nom propre en discours<\/em><a href=\"#ftn12\">[12]<\/a>, on peut importer dans l\u2019analyse textuelle les apparitions du nom propre en tant que \u00ab&nbsp;mot du discours<a href=\"#ftn13\">[13]<\/a>&nbsp;\u00bb (d\u2019apr\u00e8s les descriptions qui en sont faites dans les approches grammaticales), et caract\u00e9riser la construction d\u2019un \u00ab&nbsp;r\u00e9f\u00e9rent discursif&nbsp;\u00bb (Gary-Prieur 2001&nbsp;: 61, nous reprenons dans un sens \u00e9tendu cette notion).<\/p>\n\n\n\n<p>En relevant de mani\u00e8re exhaustive tous les noms propres des pi\u00e8ces \u2013 apr\u00e8s avoir explicit\u00e9 une crit\u00e9riologie de l\u2019objet \u00ab&nbsp;nom propre&nbsp;\u00bb pour mon corpus \u2013 il m\u2019est ainsi possible de m\u2019appuyer sur les th\u00e9ories discursives du nom propre, comme celles de Michelle Lecolle \u00e0 propos des toponymes pr\u00e9sent\u00e9es plus bas. La <em>signifiance<\/em> du nom propre, th\u00e9oris\u00e9e par Paul Siblot dans le cadre de la linguistique prax\u00e9matique, fournit un socle th\u00e9orique compl\u00e9mentaire permettant de mettre au premier plan l\u2019id\u00e9e d\u2019une construction du sens dans les textes. La question du sens du nom propre sera de nouveau abord\u00e9e plus bas, apr\u00e8s un point sur les approches interactionnistes.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">b) Les approches interactionnistes<\/h3>\n\n\n\n<p>Afin de rendre compte de la totalit\u00e9 des occurrences de noms propres rencontr\u00e9es dans le corpus, un classement est n\u00e9cessaire, et celui-ci sera construit d\u2019un point de vue s\u00e9mantico-pragmatique. Le classement des noms propres de personne, surtout, est pens\u00e9 selon deux grands types, et souligne dans son fonctionnement m\u00eame l\u2019int\u00e9r\u00eat d\u2019une d\u00e9marche interactionniste&nbsp;:&nbsp; d\u2019un c\u00f4t\u00e9 les noms propres allocutifs, class\u00e9s selon la pr\u00e9sence ou l\u2019absence du porteur, et de l\u2019autre les noms propres d\u00e9locutifs, faisant appel \u00e0 la m\u00eame subdivision. Cela permet d\u2019une part d\u2019avoir, pour chaque trag\u00e9die, un aper\u00e7u de tous les anthroponymes qui apparaissent au cours des cinq actes, mais aussi d\u2019avoir pour chacun d\u2019eux des informations sur les modalit\u00e9s de leur apparition.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"ftnref14\">Les th\u00e9ories interactionnistes sont alors largement convoqu\u00e9es pour fournir une lecture du classement. Les sp\u00e9cificit\u00e9s du dispositif \u00e9nonciatif de la communication th\u00e9\u00e2trale sont d\u00e9finies, entre autres, dans Kerbrat-Orecchioni (1984). Elle rappelle, \u00e0 la suite de P. Larthomas, que le langage th\u00e9\u00e2tral est un \u00ab&nbsp;langage surpris<a href=\"#ftn14\">[14]<\/a>&nbsp;\u00bb et qu\u2019il y a donc au th\u00e9\u00e2tre non pas un \u00e9metteur conversant avec un r\u00e9cepteur, mais \u00ab&nbsp;une cha\u00eene d\u2019\u00e9metteurs\/r\u00e9cepteurs, un embo\u00eetement d\u2019instances \u00e9nonciatives<a href=\"#ftn15\">[15]<\/a>&nbsp;\u00bb repr\u00e9sent\u00e9 dans un sch\u00e9ma (1984&nbsp;: 48) faisant \u00e9tat de cet \u00ab&nbsp;embo\u00eetement&nbsp;\u00bb \u00e0 partir du \u00ab&nbsp;p\u00f4le d\u2019\u00e9mission&nbsp;\u00bb et du \u00ab&nbsp;p\u00f4le de r\u00e9ception&nbsp;\u00bb, chacun subdivis\u00e9 en trois \u00ab&nbsp;actants&nbsp;\u00bb se r\u00e9pondant et formant l\u2019embo\u00eetement (auteur vers public, personnage vers personnage, acteur vers acteur). Cependant, elle pr\u00e9cise imm\u00e9diatement<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\" id=\"ftnref16\"><p>[\u2026] que la seule instance conversationnellement pertinente, c\u2019est celle des personnages&nbsp;: c\u2019est par rapport aux seuls personnages que fonctionnent les d\u00e9ictiques, et les maximes conversationnelles.<a href=\"#ftn16\" data-type=\"internal\" data-id=\"#ftn16\">[16]<\/a><\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>C\u2019est donc \u00ab&nbsp;par rapport aux seuls personnages que fonctionnent&nbsp;\u00bb les noms propres pris dans l\u2019interaction, et la typologie en \u00ab&nbsp;nom propre allocutif&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;nom propre d\u00e9locutif&nbsp;\u00bb s\u2019applique \u00e0 leur niveau. Le public, ou lecteur-spectateur, a un statut de destinataire indirect.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"ftnref17\">La relation interpersonnelle telle qu\u2019\u00e9tudi\u00e9e dans Kerbrat-Orecchioni (1992) entre relation horizontale et relation verticale d\u00e9crit les noms propres comme des termes d\u2019adresse, renseignant sur le degr\u00e9 de familiarit\u00e9 des interactants. Il en est \u00e9galement question dans un article ult\u00e9rieur (2016), o\u00f9 la relation verticale ou \u00ab&nbsp;hi\u00e9rarchique&nbsp;\u00bb est exemplifi\u00e9e \u00e0 partir d\u2019exemples de la relation ma\u00eetre-valet dans le th\u00e9\u00e2tre comique&nbsp;: le nom propre y est un terme d\u2019adresse permettant de formuler les actes de langage caract\u00e9ristiques de la relation verticale \u2013 \u00ab&nbsp;ordre, interdiction, autorisation, conseil, critique, reproche, r\u00e9futation, moquerie, insulte, etc.<a href=\"#ftn17\">[17]<\/a>&nbsp;\u00bb. Ces \u00e9l\u00e9ments, transpos\u00e9s (avec les ajustements n\u00e9cessaires) \u00e0 la trag\u00e9die, attirent mon attention sur la mani\u00e8re dont les personnages de Racine s\u2019adressent les uns aux autres, pour d\u00e9gager des constantes dans l\u2019usage allocutif du nom propre notamment.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">c) La philosophie du langage<\/h3>\n\n\n\n<p id=\"ftnref18\">Si la linguistique et la grammaire ont tard\u00e9 \u00e0 s\u2019int\u00e9resser au nom propre, son statut et son sens ont au contraire longtemps retenu l\u2019attention des philosophes. Les premi\u00e8res r\u00e9flexions sp\u00e9cifiquement ax\u00e9es sur le nom propre et son lien avec l\u2019objet qu\u2019il d\u00e9signe sont celle de John Stuart Mill&nbsp;; on trouve ensuite, entre autres, celles de Bertrand Russell et Saul Kripke<a href=\"#ftn18\">[18]<\/a>. M.-N. Gary-Prieur souligne la proximit\u00e9 entre logique et grammaire \u00e0 propos du nom propre&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\" id=\"ftnref19\"><p>[\u2026] la diff\u00e9rence de point de vue est imm\u00e9diatement claire entre grammaire et anthropologie, grammaire et onomasiologie par exemple. Il est moins facile d\u2019opposer grammaire et logique&nbsp;: on sait leur origine commune dans notre tradition. Et en ce qui concerne le nom propre, en particulier, le fondement m\u00eame de la d\u00e9finition tient \u00e0 son statut logique de terme singulier. Il est tr\u00e8s facile de glisser d\u2019une perspective logique \u00e0 une perspective linguistique.<a href=\"#ftn19\" data-type=\"internal\" data-id=\"#ftn19\">[19]<\/a><\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Il sera surtout question ci-dessous des th\u00e9ories de S. Kripke car Stuart Mill et Russell consid\u00e8rent le nom propre comme une constante individuelle ou comme l\u2019abr\u00e9viation d\u2019un contenu descriptif, th\u00e8ses qui ont \u00e9t\u00e9 remises en cause par l\u2019apport de Kripke pr\u00e9cis\u00e9ment. Si la th\u00e8se de Kripke, selon laquelle le nom propre est un d\u00e9signateur rigide, est invalid\u00e9e par le fait que le ph\u00e9nom\u00e8ne de rigidit\u00e9 n\u2019est pas un trait sp\u00e9cifique des noms propres, elle a le m\u00e9rite d\u2019attirer notre attention sur le parcours d\u2019un r\u00e9f\u00e9rent tel que Ph\u00e8dre, d\u00e9sign\u00e9 par le nom \u00ab&nbsp;Ph\u00e8dre&nbsp;\u00bb, d\u2019Euripide \u00e0 Racine. La th\u00e8se logique du d\u00e9signateur rigide stipule qu\u2019un nom d\u00e9signera toujours le m\u00eame r\u00e9f\u00e9rent dans n\u2019importe quel monde possible et selon trois propri\u00e9t\u00e9s essentielles qu\u2019il doit conserver&nbsp;: l\u2019origine, la forme et la mati\u00e8re. L\u2019origine est la naissance, la forme et la mati\u00e8re sont par exemple le caract\u00e8re humain de Ph\u00e8dre (ou de Nixon et de la reine d\u2019Angleterre, pour reprendre les exemples de Kripke). Il \u00e9crit&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\" id=\"ftnref20\"><p>[\u2026] nous appellerons quelque chose un \u00ab&nbsp;d\u00e9signateur rigide&nbsp;\u00bb si dans tous les mondes possibles il d\u00e9signe le m\u00eame objet, et \u00ab&nbsp;d\u00e9signateur non rigide&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;accidentel&nbsp;\u00bb si ce n\u2019est pas le cas.<\/p><p>[\u2026]<\/p><p>[\u2026] les noms sont des d\u00e9signateurs rigides. Ils satisfont sans aucun doute au test intuitif mentionn\u00e9 plus haut&nbsp;: bien qu\u2019il e\u00fbt \u00e9t\u00e9 possible que quelqu\u2019un d\u2019autre que celui qui est en fait le pr\u00e9sident des \u00c9tats-Unis en 1970 soit le pr\u00e9sident des \u00c9tats-Unis en 1970 (par exemple, Humphrey aurait pu l\u2019\u00eatre), personne d\u2019autre que Nixon n\u2019aurait pu \u00eatre Nixon.<a href=\"#ftn20\">[20]<\/a><\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>C\u2019est en vertu de cette rigidit\u00e9 que se cr\u00e9e un horizon d\u2019attente chez le spectateur venu voir une trag\u00e9die de Racine. Les pr\u00e9faces des pi\u00e8ces montrent une conscience tr\u00e8s nette du dramaturge de ce ph\u00e9nom\u00e8ne. Dans celles d\u2019<em>Alexandre le Grand<\/em> et <em>Britannicus<\/em> se trouvent des d\u00e9fenses de ses parti-pris de composition des caract\u00e8res des deux souverains, car certains critiques les ont trouv\u00e9s <em>trop comme ceci<\/em>, ou <em>trop comme cela<\/em>, en \u00e9cart donc par rapport \u00e0 une norme que tous les spectateurs auraient et selon laquelle Alexandre est le souverain le plus intr\u00e9pide de l\u2019Antiquit\u00e9, N\u00e9ron l\u2019empereur le plus cruel de la dynastie des julio-claudiens. Racine \u00e9crit&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\" id=\"ftnref21\"><p>Ils disent que je fais Porus plus grand qu\u2019Alexandre. Et en quoi est-il plus grand&nbsp;? Alexandre n\u2019est-il pas toujours le Vainqueur&nbsp;?<\/p><p>Il y en a qui ont pris m\u00eame le parti de N\u00e9ron contre moi. Ils ont dit que je le faisais trop cruel. Pour moi je croyais que le nom seul de N\u00e9ron faisait entendre quelque chose de plus que cruel.<a href=\"#ftn21\">[21]<\/a><\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>La tournure verbale \u00ab&nbsp;faire <em>x<\/em>&nbsp;\u00bb r\u00e9v\u00e8le bien la transposition de <em>x<\/em>, d\u00e9sign\u00e9 par <em>X<\/em>, dans un autre monde, et des choix op\u00e9r\u00e9s lors de cette transposition. Le caract\u00e8re des personnages est au centre de d\u00e9bats car ils sont sentis par les contemporains comme l\u2019une des \u00ab&nbsp;propri\u00e9t\u00e9s essentielles&nbsp;\u00bb pr\u00e9sent\u00e9es par Kripke \u2013 origine, forme et mati\u00e8re. Or il n\u2019en est rien&nbsp;: les porteurs doivent avoir la m\u00eame naissance (pour \u00eatre des souverains, des confidents, des amis, ou des suivants dans tous les mondes possibles) et un aspect humain, mais leurs actes et les raffinements de leurs caract\u00e8res sont du choix de l\u2019auteur \u2013 tout de m\u00eame limit\u00e9 dans ses \u00e9ventuels \u00e9carts par la toute-puissante <em>vraisemblance<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"ftnref22\">Les pr\u00e9faces, parce qu\u2019elles pr\u00e9sentent une vraie r\u00e9flexion sur les porteurs des noms propres et ce qu\u2019\u00e9voquent les noms (\u00ab&nbsp;je croyais que le nom seul de N\u00e9ron faisait entendre quelque chose de plus que cruel&nbsp;\u00bb), forment un micro-corpus \u00e0 traiter sp\u00e9cifiquement dans mes recherches. Il en va de m\u00eame des listes des acteurs au seuil des textes, pour lesquelles la th\u00e8se logique des noms propres descriptifs peut \u00eatre reconvoqu\u00e9e. Cette th\u00e9orie consid\u00e8re que le nom <em>Socrate<\/em> est l\u2019abr\u00e9viation de la description d\u00e9finie \u00ab&nbsp;le ma\u00eetre de Platon&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;le philosophe qui a bu la cig\u00fce<a href=\"#ftn22\">[22]<\/a>&nbsp;\u00bb. Mais Kripke fait remarquer que certains \u00e9nonc\u00e9s deviendraient tautologiques, comme \u00ab&nbsp;Socrate \u00e9tait le ma\u00eetre de Platon&nbsp;\u00bb. De plus, il est impossible de savoir quel trait descriptif est s\u00e9lectionn\u00e9 pour chaque occurrence du nom \u00ab&nbsp;Socrate&nbsp;\u00bb dans un \u00e9nonc\u00e9. Les complications communicationnelles ont ainsi entra\u00een\u00e9 l\u2019abandon de la th\u00e8se de Russell en logique et en linguistique. Mais ces complications communicationnelles n\u2019apparaissent pas dans les listes des acteurs au seuil des trag\u00e9dies\u2026 Celles-ci pr\u00e9sentent le plus souvent un nom propre, d\u00e9fait de tout lien r\u00e9f\u00e9rentiel \u00e0 un porteur, mais accompagn\u00e9 d\u2019une description d\u00e9finie. Par exemple&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\" id=\"ftnref23\"><p>BAJAZET, Fr\u00e8re du Sultan Amurat.<\/p><p>ROXANE, Sultane, Favorite du Sultan Amurat.<\/p><p>ATALIDE, Fille du Sang Ottoman.<\/p><p>ACOMAT, Grand Vizir.<a href=\"#ftn23\">[23]<\/a><\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Les descriptions d\u00e9finies sont une premi\u00e8re entr\u00e9e dans les enjeux de l\u2019intrigue&nbsp;: c\u2019est parce que Bajazet est le \u00ab&nbsp;fr\u00e8re du Sultan Amurat&nbsp;\u00bb que l\u2019on peut supposer que sa vie est en danger (les fr\u00e8res de souverains r\u00e9gnant sont des menaces politiques) et c\u2019est parce que le nom d\u2019Amurat ne fait pas partie de cette liste en tant qu\u2019item d\u00e9tach\u00e9 que l\u2019on sait que ce personnage ne sera pas pr\u00e9sent, et donc qu\u2019une intrigue amoureuse peut avoir lieu, mettant en jeu Bajazet, Roxane et Athalide. C\u2019est aussi gr\u00e2ce aux descriptions d\u00e9finies que l\u2019on per\u00e7oit d\u2019embl\u00e9e l\u2019intrication de l\u2019amour et de la politique&nbsp;: Bajazet est \u00ab&nbsp;fr\u00e8re&nbsp;\u00bb (lexique de la famille) mais d\u2019un \u00ab&nbsp;sultan&nbsp;\u00bb (lexique politique), et Roxane est \u00e0 la fois d\u00e9sign\u00e9e comme \u00ab&nbsp;sultane&nbsp;\u00bb et comme \u00ab&nbsp;favorite&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Surtout, le r\u00e9seau d\u00e9nominatif qui se cr\u00e9e est comparable \u00e0 un montage \u00e9lectrique en s\u00e9rie (reliant des ampoules entre elles, et lorsqu\u2019un segment est endommag\u00e9, l\u2019\u00e9nergie \u00e9lectrique ne peut plus circuler d\u2019une ampoule \u00e0 une autre). Le d\u00e9codage des noms \u00ab&nbsp;Bajazet&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;Roxane&nbsp;\u00bb est d\u00e9pendant de la pr\u00e9sence de celui d\u2019\u00ab&nbsp;Amurat&nbsp;\u00bb, d\u00e9crit comme \u00ab&nbsp;sultan&nbsp;\u00bb. C\u2019est pour cette raison que la th\u00e8se descriptiviste nous semble particuli\u00e8rement pertinente pour ces textes&nbsp;: sans en faire une grille de lecture absolue, il est f\u00e9cond de la garder \u00e0 l\u2019esprit pour expliquer l\u2019utilisation par Agrippine du nom propre modifi\u00e9 \u00ab&nbsp;l\u2019ingrat N\u00e9ron&nbsp;\u00bb \u00e0 plusieurs reprises dans <em>Britannicus<\/em>. N\u00e9ron est ingrat pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu\u2019il est le fils d\u2019Agrippine, et que dans l\u2019univers de croyance d\u2019Agrippine (Martin 1987), il lui doit tout.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">II) Les contraintes de cette approche<\/h3>\n\n\n\n<p>Le tr\u00e8s grand nombre d\u2019occurrences d\u2019anthroponymes et de toponymes \u00e0 relever et l\u2019impossibilit\u00e9 de travailler sur corpus num\u00e9ris\u00e9 constitue la premi\u00e8re difficult\u00e9 du travail. Un corpus num\u00e9ris\u00e9 ne permettrait en effet pas de cibler efficacement les occurrences de nom propre. Le crit\u00e8re de la majuscule n\u2019est pas op\u00e9rant car bon nombre de noms communs et d\u2019adjectifs pr\u00e9sentent une majuscule initiale (\u00ab&nbsp;C\u2019est moi qui pr\u00eate ici ma voix au Malheureux&nbsp;\u00bb <em>Athalie<\/em>, II, v, v. 574), sans parler des initiales en d\u00e9but de vers. De plus, un relev\u00e9 num\u00e9rique ne prendrait pas en compte dans leur totalit\u00e9 les occurrences de noms propres modifi\u00e9s tels que \u00ab&nbsp;la triste Iphig\u00e9nie&nbsp;\u00bb (<em>Iphig\u00e9nie<\/em>, V, ii, v. 1590). Un exemple de nom propre modifi\u00e9 dans <em>Britannicus<\/em> montre m\u00eame les possibles r\u00e9percussions de la modification du nom propre sur la structure syntaxique et la construction de l\u2019alexandrin. Agrippine dit \u00e0 Albine son inqui\u00e9tude quant au projet de r\u00e9pudiation d\u2019Octavie par N\u00e9ron pour \u00e9pouser Junie&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>Jusqu\u2019ici d\u2019un vain titre Octavie honor\u00e9e<\/p><p>Inutile \u00e0 la cour, en \u00e9tait ignor\u00e9e.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; III, iv, v. 883-884.<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Le r\u00e9tablissement de l\u2019ordre des mots conduit \u00e0 ins\u00e9rer une occurrence suppl\u00e9mentaire du verbe <em>\u00eatre<\/em>&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>(1)&nbsp;Jusqu\u2019ici honor\u00e9e d\u2019un vain titre, Octavie <em>\u00e9tait<\/em> inutile \u00e0 la cour et en \u00e9tait ignor\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"ftnref24\">Dans le vers de Racine, la structure attributive observ\u00e9e pour \u00ab&nbsp;honor\u00e9e d\u2019un vain titre&nbsp;\u00bb, sans recours au verbe <em>\u00eatre<\/em>, rappelle la tournure du participe pass\u00e9 latin. Les traducteurs du latin vers le fran\u00e7ais font de <em>Sicilia amissa<\/em> soit un SN soit une subordonn\u00e9e r\u00e9tablissant explicitement la pr\u00e9dication<a href=\"#ftn24\">[24]<\/a>. Le r\u00e9tablissement de l\u2019ordre des mots pour le vers de Racine peut \u00eatre le suivant&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>(1) Jusqu\u2019ici Octavie, <em>qui \u00e9tait<\/em> honor\u00e9e d\u2019un vain titre, <em>\u00e9tait<\/em> inutile \u00e0 la cour et en \u00e9tait ignor\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;La suppression du verbe <em>\u00eatre<\/em> pour \u00ab&nbsp;inutile&nbsp;\u00bb est le r\u00e9sultat d\u2019un mim\u00e9tisme de construction avec ce qui pr\u00e9c\u00e8de, le participe pass\u00e9 en emploi adjectival \u00ab&nbsp;honor\u00e9e&nbsp;\u00bb paraphrasant une relative \u00e0 verbe <em>\u00eatre<\/em>. Dans ce r\u00e9tablissement de la phrase, le nom propre est standard (\u00ab&nbsp;Octavie&nbsp;\u00bb). Le vers de Racine, lui, repose sur une tournure elliptique qui modifie en profondeur l\u2019apparition du nom propre et en fait un nom propre modifi\u00e9 par groupe adjectival&nbsp;: \u00ab&nbsp;Octavie honor\u00e9e d\u2019un vain titre&nbsp;\u00bb. La structure de ce nom propre modifi\u00e9 a donc des r\u00e9percussions sur la structure syntaxique du vers suivant comme on l\u2019a dit, puisqu\u2019\u00ab&nbsp;inutile \u00e0 la cour&nbsp;\u00bb est aussi un groupe adjectival sans verbe <em>\u00eatre<\/em> et il n\u2019est m\u00eame pas s\u00e9par\u00e9 d\u2019\u00ab&nbsp;honor\u00e9e&nbsp;\u00bb par une virgule. Les deux groupes adjectivaux sont le lieu d\u2019un enjambement tout \u00e0 fait remarquable gr\u00e2ce auquel le vers 883 tend \u00e0 imposer au vers 884 une tournure identique, comme si la modification du nom propre s\u2019\u00e9tendait sur deux vers. Cela traduit parfaitement les motivations&nbsp;d\u2019Agrippine&nbsp;: elle place Octavie au centre de son propos pour mieux montrer son inutilit\u00e9, son effacement, son absence des affaires politiques gr\u00e2ce \u00e0 une tournure elliptique mettant en avant le pr\u00e9dicat du second h\u00e9mistiche du vers 884, qui lui est s\u00e9par\u00e9 par une virgule et fait appara\u00eetre le verbe <em>\u00eatre<\/em>&nbsp;: \u00ab&nbsp;en \u00e9tait ignor\u00e9e&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Il va sans dire qu\u2019un relev\u00e9 num\u00e9rique ne permet pas de percevoir ce genre de finesse syntaxique. D\u2019autant plus que la limite de la modification d\u2019un nom propre peut \u00eatre, on le voit dans cet exemple, le lieu d\u2019une interrogation \u00e0 part enti\u00e8re. Les occurrences de <em>Npr+p.pass\u00e9<\/em> sont d\u2019ailleurs nombreuses et font s\u2019interroger sur les principes de traduction et d\u2019adaptation de certaines tournures latines, pour lesquelles la consultation d\u2019ouvrages comme la <em>Grammaire du fran\u00e7ais classique<\/em> est essentielle.<\/p>\n\n\n\n<p>La deuxi\u00e8me contrainte d\u2019une approche stylistique port\u00e9e par la linguistique du nom propre est la fr\u00e9quente ind\u00e9cision quant au(x) sens en contexte d\u2019un anthroponyme ou d\u2019un toponyme. La construction du sens en discours peut \u00eatre extr\u00eamement variable. La notion de \u00ab&nbsp;contenu&nbsp;\u00bb se d\u00e9finit comme un ensemble de connaissances associ\u00e9es au porteur mais qui diff\u00e8rent de connaissances encyclop\u00e9diques, c\u2019est \u00ab&nbsp;un ensemble de propri\u00e9t\u00e9s du r\u00e9f\u00e9rent initial associ\u00e9 au nom propre qui interviennent dans l\u2019interpr\u00e9tation de certains \u00e9nonc\u00e9s contenant ce nom&nbsp;\u00bb&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\" id=\"ftnref25\"><p>La connaissance encyclop\u00e9dique du r\u00e9f\u00e9rent d\u2019un nom propre se construit en dehors du discours. Elle est repr\u00e9sent\u00e9e par les dictionnaires de noms propres qui, [\u2026], ne sont d\u2019aucune utilit\u00e9 pour comprendre une occurrence de nom propre dans un \u00e9nonc\u00e9. Ce que j\u2019appelle \u00ab&nbsp;connaissance discursive&nbsp;\u00bb du r\u00e9f\u00e9rent initial c\u2019est au contraire une connaissance certes emprunt\u00e9e \u00e0 la connaissance encyclop\u00e9dique, mais qui a sa source dans le discours lui-m\u00eame. Cette distinction rend compte du fait que pour utiliser ou interpr\u00e9ter un nom propre, m\u00eame dans les constructions qui requi\u00e8rent un recours \u00e0 son contenu, il n\u2019est pas n\u00e9cessaire de tout savoir sur son r\u00e9f\u00e9rent initial.<a href=\"#ftn25\">[25]<\/a><\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>On peut donc mettre en rapport un \u00ab&nbsp;r\u00e9f\u00e9rent initial&nbsp;\u00bb et un \u00ab&nbsp;r\u00e9f\u00e9rent discursif&nbsp;\u00bb et voir quelles \u00ab&nbsp;connaissances&nbsp;discursives \u00bb sont propos\u00e9es et mises en place pour ce \u00ab&nbsp;r\u00e9f\u00e9rent initial&nbsp;\u00bb. En somme quelles connaissances on peut obtenir sur le r\u00e9f\u00e9rent initial N\u00e9ron \u00e0 partir du traitement discursif du nom \u00ab&nbsp;N\u00e9ron&nbsp;\u00bb. L\u2019id\u00e9e est m\u00eame de reprendre l\u2019id\u00e9e d\u2019un \u00ab&nbsp;concept individuel&nbsp;\u00bb (Laurent 2016b) associ\u00e9 au nom propre pour l\u2019\u00e9tude du rapport entre un nom et son porteur sur toute une r\u00e9plique, tout un acte et toute une pi\u00e8ce. C\u2019est ce que l\u2019on peut appeler <em>image discursive progressive <\/em>ou<em> accumulative du r\u00e9f\u00e9rent<\/em>&nbsp;en reprenant le concept d\u2019\u00ab&nbsp;image discursive&nbsp;\u00bb dans un sens \u00e9tendu : en associant des curseurs temporels aux moment-cl\u00e9s des intrigues, quelle image discursive peut-on capturer des r\u00e9f\u00e9rents&nbsp;? Quelle image discursive progressive du r\u00e9f\u00e9rent N\u00e9ron est construite \u00e0 la fin de la sc\u00e8ne d\u2019exposition de <em>Britannicus<\/em> et quelle image discursive accumulative du r\u00e9f\u00e9rent N\u00e9ron obtient-on \u00e0 la fin de la pi\u00e8ce&nbsp;? C\u2019est ce que je tente d\u2019\u00e9tudier pour les figures les plus saillantes du corpus, en consid\u00e9rant leurs noms comme regroupant des connotations dont le nombre et la pr\u00e9cision \u00e9voluent tout au long de l\u2019intrigue.<\/p>\n\n\n\n<p>La fr\u00e9quente ind\u00e9cision quant au(x) sens des noms propres en contexte est particuli\u00e8rement notable \u00e0 propos des toponymes. Michelle Lecolle a abord\u00e9 leur polyvalence, polyr\u00e9f\u00e9rentialit\u00e9 et polysignifiance dans une s\u00e9rie d\u2019articles consacr\u00e9s aux noms de lieux habit\u00e9s \u2013 largement repris pour ma lecture des occurrences. Elle \u00e9crit&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\" id=\"ftnref26\"><p>En tant que signe, le toponyme (et principalement le nom de lieu habit\u00e9) est fortement polyvalent, ce qui signifie, d\u2019un point de vue s\u00e9mantique, qu\u2019il a plusieurs valeurs, mais aussi, d\u2019un point de vue discursif, qu\u2019il est employ\u00e9 selon les discours et les genres.<a href=\"#ftn26\">[26]<\/a><\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Le toponyme peut en effet \u00ab&nbsp;d\u00e9signer l\u2019ensemble des habitants d\u2019un lieu&nbsp;\u00bb (1), \u00ab&nbsp;prendre un sens \u00e9v\u00e9nementiel&nbsp;\u00bb (2) ou encore \u00ab&nbsp;d\u00e9signer une instance institutionnelle (pays, gouvernement, gouvernant)&nbsp;\u00bb (3)&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\"><p>(1) Rome ne porte point ses regards curieux<br \/>Jusque dans des secrets que je cache \u00e0 ses yeux. (<em>Britannicus<\/em>, III, viii, v. 1049-1050)<\/p><p>(2) Qu\u2019on fasse de l\u2019\u00c9pire un second Ilion. (<em>Andromaque<\/em>, II, ii, v. 564)<\/p><p>(3) Rome poursuit en vous un Ennemi fatal,<\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Plus conjur\u00e9 contre elle, et plus craint qu\u2019Annibal. (<em>Mithridate<\/em>, III, i, v. 913-914)<\/p>\n\n\n\n<p id=\"ftnref27\">Mais les h\u00e9sitations commencent quand ces valeurs se superposent&nbsp;: elles peuvent \u00ab&nbsp;se combiner ou encore demeurer indistinctes&nbsp;\u00bb et l\u2019interpr\u00e9tation \u00ab&nbsp;\u201cest d\u00e9pass\u00e9e au profit d\u2019une signification interm\u00e9diaire et indistincte\u201d<a href=\"#ftn27\">[27]<\/a>&nbsp;\u00bb. C\u2019est pour cette raison que les toponymes doivent b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019une \u00ab&nbsp;interpr\u00e9tation sp\u00e9cifique, largement tributaire du contexte<a href=\"#ftn28\">[28]<\/a>&nbsp;\u00bb. Il est bien question de \u00ab&nbsp;construction&nbsp;\u00bb du sens et de la valeur&nbsp;: \u00ab&nbsp;l\u2019interpr\u00e9tation de leurs occurrences dans les textes doit \u00eatre envisag\u00e9e en termes de construction plut\u00f4t qu\u2019en termes de reconnaissance<a href=\"#ftn29\">[29]<\/a>&nbsp;\u00bb. Mais comment caract\u00e9riser une \u00ab&nbsp;signification interm\u00e9diaire et indistincte&nbsp;\u00bb&nbsp;? Comment d\u00e9crire cette&nbsp;\u00ab&nbsp;construction&nbsp;\u00bb et a-t-elle des \u00e9tapes d\u00e9celables gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019entourage imm\u00e9diat du toponyme&nbsp;? Y a-t-il une valeur sp\u00e9cifique pour les noms propres de lieu inscrits dans un texte de genre tragique&nbsp;? Ce sont ces questions qui font surface \u00e0 la lecture d\u2019occurrences telles que \u00ab&nbsp;Babylone, Seigneur, \u00e0 son Prince fid\u00e8le, \/ Voyait sans s\u2019\u00e9tonner notre Arm\u00e9e autour d\u2019elle&nbsp;\u00bb (<em>Bajazet<\/em>, I, i, v. 17-18). Le nom propre \u00ab&nbsp;Babylone&nbsp;\u00bb peut d\u00e9signer m\u00e9tonymiquement les habitants, mais active aussi et s\u00fbrement un sens de type 3 (institutionnel) pour d\u00e9signer le gouvernement. Il semble ici que la figure de la personnification, construite \u00e0 l\u2019aide du cotexte (l\u2019adjectif \u00ab&nbsp;fid\u00e8le&nbsp;\u00bb, le verbe de perception \u00ab&nbsp;voir&nbsp;\u00bb et le compl\u00e9ment circonstanciel renseignant sur une attitude \u00ab&nbsp;sans s\u2019\u00e9tonner&nbsp;\u00bb) permette aux diff\u00e9rentes valeurs du toponyme de cohabiter. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne s\u2019observe en fait pour d\u2019autres noms propres de lieu, ce qui me conduit \u00e0 formuler une hypoth\u00e8se de lecture mettant en rapport la s\u00e9mantique r\u00e9f\u00e9rentielle et les figures de rh\u00e9torique&nbsp;: les diff\u00e9rentes valeurs et emplois des noms propres \u2013 des donn\u00e9es de s\u00e9mantique r\u00e9f\u00e9rentielle \u2013 seraient interpr\u00e9tables et compatibles gr\u00e2ce l\u2019\u00e9laboration plus globale d\u2019un sens figural, gr\u00e2ce \u00e0 la facilit\u00e9 avec laquelle le nom propre se pr\u00eate \u00e0 des emplois figuraux.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Conclusion<\/h3>\n\n\n\n<p id=\"ftnref30\">Pour terminer cette br\u00e8ve pr\u00e9sentation de l\u2019int\u00e9r\u00eat, des outils et des difficult\u00e9s d\u2019une telle recherche, je reviendrai sur le lien, inattendu au d\u00e9part, entre litt\u00e9rature <em>classique<\/em> et philosophie logique. Car si la fiction est parfois pens\u00e9e comme un&nbsp;\u00ab&nbsp;monde possible&nbsp;\u00bb, avec les nuances n\u00e9cessaires \u00e0 apporter \u00e0 cette comparaison<a href=\"#ftn30\">[30]<\/a>, il semble que les th\u00e9oriciens de la fiction aient surtout \u00e0 l\u2019esprit la fiction narrative. Fran\u00e7oise Lavocat signale en effet que les th\u00e9oriciens de la fiction ne prennent presque jamais en compte la p\u00e9riode allant du xvi<sup>e<\/sup> au xviii<sup>e<\/sup> si\u00e8cle&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\" id=\"ftnref31\"><p>En effet, l\u2019id\u00e9e de <em>mimesis<\/em>, la d\u00e9finition m\u00eame des \u00ab&nbsp;mondes possibles&nbsp;\u00bb, dans une acception large, comme \u00ab&nbsp;alternative cr\u00e9dible au monde r\u00e9el&nbsp;\u00bb, restaurent implicitement comme parangon la forme narrative ayant port\u00e9 \u00e0 son plus haut degr\u00e9 l\u2019art de la vraisemblance et de \u00ab&nbsp;l\u2019effet de r\u00e9el&nbsp;\u00bb, [\u2026].<a href=\"#ftn31\">[31]<\/a><\/p><\/blockquote>\n\n\n\n<p>Pourtant, s\u2019il y a cr\u00e9ation d\u2019une unit\u00e9 coh\u00e9rente et d\u2019un \u00ab&nbsp;monde&nbsp;\u00bb, c\u2019est bien dans l\u2019intervalle temporel pr\u00e9cis d\u2019une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre et sur le lieu pr\u00e9cis d\u2019une sc\u00e8ne de th\u00e9\u00e2tre.<\/p>\n\n\n\n<p>De plus, si l\u2019importation en litt\u00e9rature de la notion logique de \u00ab&nbsp;monde possible&nbsp;\u00bb a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 propos\u00e9e, elle ne l\u2019a pas forc\u00e9ment \u00e9t\u00e9 \u00e0 partir de l\u2019objet linguistique qu\u2019est le nom propre. Les trois disciplines seront, on l\u2019esp\u00e8re, connect\u00e9es de mani\u00e8re f\u00e9conde dans la m\u00e9thodologie \u00e9labor\u00e9e pour une lecture des intrigues comme des mondes structurellement coh\u00e9rents et clos, peupl\u00e9 de personnages d\u00e9sign\u00e9s rigidement par un nom (le plus souvent) historique.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Bibliographie<\/h2>\n\n\n\n<p>ALONGE, T. 2017. <em>Racine et Euripide. La r\u00e9volution trahie<\/em>. G\u00e9n\u00e8ve. Droz.<\/p>\n\n\n\n<p>CHALONGE, F. (de). 2004. \u00ab&nbsp;Le langage et la fiction&nbsp;: la description linguistique de la fiction litt\u00e9raire&nbsp;\u00bb. <em>Usages et th\u00e9orie de la fiction. Le d\u00e9bat contemporain \u00e0 l\u2019\u00e9preuve des textes anciens (xvi<sup>e<\/sup>-xviii<sup>e<\/sup> si\u00e8cles)<\/em>. F. Lavocat (dir.). Rennes. Presses universitaires de Rennes. P. 17-37.<\/p>\n\n\n\n<p>FOURNIER, N. [2002] 2007. <em>Grammaire du fran\u00e7ais classique<\/em>. Paris. Belin Sup.<\/p>\n\n\n\n<p>FUCHS, C. 1991. \u00ab&nbsp;L\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 interpr\u00e9tative&nbsp;\u00bb. <em>Le sens et ses h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9s<\/em>. H. Parret (dir.). Paris. \u00c9ditions du CNRS. p. 107-120.<\/p>\n\n\n\n<p>GARY-PRIEUR, M.-N. 1989.&nbsp;\u00ab&nbsp;Quand le r\u00e9f\u00e9rent du nom propre se multiplie&nbsp;\u00bb, <em>Mod\u00e8les linguistiques<\/em> XI, 2. P. 119-133.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>1994. <em>Grammaire du nom propre<\/em>. Paris. Presses Universitaires de France.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>2001.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>2001. <em>L\u2019individu pluriel<\/em>. <em>Les noms propres et le nombre<\/em>. Paris. CNRS \u00c9ditions.<\/li><li>2005. \u00ab&nbsp;O\u00f9 il est montr\u00e9 que le nom propre n\u2019est (presque) jamais \u201cmodifi\u00e9\u201d&nbsp;\u00bb. <em>Langue fran\u00e7aise<\/em> 146. P. 53-66.<\/li><li>2009. \u00ab&nbsp;Le nom propre, entre langue et discours&nbsp;\u00bb. <em>Les Carnets du Cediscor<\/em> 11. P. 153-168.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>JONASSON, K. 1994. <em>Le Nom propre\u202f: constructions et interpr\u00e9tations<\/em>. Louvain-la-Neuve. Duculot.<\/p>\n\n\n\n<p>KERBRAT-ORECCHIONI, C. 1984. \u00ab&nbsp;Pour une approche pragmatique du dialogue th\u00e9\u00e2tral&nbsp;\u00bb. <em>Pratiques<\/em> 41. P. 46-62.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>1992. <em>Les Interactions verbales<\/em>. Tome II. Paris. Armand Colin.<\/li><li>[2008] 2016. <em>Les actes de langage dans le discours. Th\u00e9orie et fonctionnement<\/em>. Paris. Armand Colin.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>KLEIBER, G. 1981. <em>Probl\u00e8mes de r\u00e9f\u00e9rence\u202f: descriptions d\u00e9finies et noms propres<\/em>. Paris. Klincksieck.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>1996. \u00ab&nbsp;Noms propres et noms communs\u202f: un probl\u00e8me de d\u00e9nomination&nbsp;\u00bb, <em>Meta\u202f: journal des traducteurs<\/em> 41, 4. P. 567-589.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>KRIPKE, S. [1972] 1982. <em>La logique des noms propres<\/em>. P. Jacob, F. R\u00e9canati (trad.). Paris. Les \u00c9ditions de Minuit.<\/p>\n\n\n\n<p>LARTHOMAS, P. [1972] 2012. <em>Le langage dramatique<\/em>. Paris. PUF.<\/p>\n\n\n\n<p>LAURENT, N. 2016a. \u00ab&nbsp;Le nom propre d\u00e9signe-t-il une occurrence&nbsp;?&nbsp;\u00bb. <em>Langue fran\u00e7aise<\/em> 190. P. 93-108.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>2016b. <em>La Part r\u00e9elle du langage. Essai sur le nom propre et sur l\u2019antonomase de nom commun<\/em>. Paris. Honor\u00e9 Champion.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>LAVOCAT, F. 2004. \u00ab&nbsp;Avant-propos \u00bb. <em>Usages et th\u00e9ories de la fiction. Le d\u00e9bat contemporain \u00e0 l\u2019\u00e9preuve des textes anciens (xvi<sup>e<\/sup><\/em><em>-xviii<sup>e<\/sup><\/em><em> si\u00e8cles)<\/em>. F. Lavocat (dir.). Rennes. Presses universitaires de Rennes. P. 9-14.<\/p>\n\n\n\n<p>LECOLLE, M. 2006. \u00ab&nbsp;Polyvalence des toponymes et interpr\u00e9tation en contexte&nbsp;\u00bb. <em>Pratiques<\/em>, n\u00b0129-130. P. 107-122. Disponible en ligne sur archives-ouvertes.fr&nbsp;: halshs.archives-ouvertes.fr\/halshs-00304134.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>2015. \u00ab&nbsp;Nom propre de lieu habit\u00e9\u202f: polyvalence et polysignifiance&nbsp;\u00bb. <em>D\u00e9fis de la toponymie synchronique<\/em>. B. Schnabel, J. L\u00f6fstr\u00f6m, (dir.). T\u00fcbingen. Gunter Narr Verlag. P. 219-234. Disponible en ligne sur archives-ouvertes.fr&nbsp;: halshs.archives-ouvertes.fr\/halshs-01216742.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>MARTIN, R. 1987. <em>Langage et croyance. Les univers de croyance dans la th\u00e9orie s\u00e9mantique<\/em>. Bruxelles. Mardaga.<\/p>\n\n\n\n<p>NOAILLY, M. 1978. \u00ab&nbsp;Note sur les noms propres&nbsp;\u00bb. <em>Lingvisticae Investigationes<\/em>, II. P. 419-427.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>1983. \u00ab&nbsp;Sur le statut sp\u00e9cifique des noms propres de personnes en fran\u00e7ais&nbsp;\u00bb. <em>Travaux de linguistique et de litt\u00e9rature<\/em> XXI, 1. P. 247-259.<\/li><li>1984. \u00ab&nbsp;\u00c9nigme en syntaxe&nbsp;\u00bb. <em>Lingvisticae Investigationes<\/em>, VIII. P. 105-116.<\/li><li>1987. \u00ab&nbsp;Le nom propre en fran\u00e7ais contemporain&nbsp;: logique et syntaxe en d\u00e9saccord imparfait&nbsp;\u00bb&nbsp;\u00bb, <em>Cahiers de grammaire<\/em> 12. P. 104-112.<\/li><li>1991. \u00ab&nbsp;&#8220;L\u2019\u00e9nigmatique Tombouctou&#8221; : nom propre et position de l\u2019\u00e9pith\u00e8te&nbsp;\u00bb, <em>Langue Fran\u00e7aise<\/em> 92. P. 104-112.<\/li><li>2001. \u00ab&nbsp;Du bon usage du d\u00e9terminant possessif devant un nom propre de personne&nbsp;\u00bb. <em>Langage et R\u00e9f\u00e9rence. M\u00e9langes offerts \u00e0 Kerstin Jonasson<\/em>. P. 431-438.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>RACINE, J. 1999. <em>\u0152uvres compl\u00e8tes<\/em>, <em>I<\/em>. G. Forestier (\u00e9d.). Paris. Gallimard. Coll. \u00ab&nbsp;biblioth\u00e8que de la Pl\u00e9iade&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>RUSSELL, B. [1918] 1989. \u00ab&nbsp;La philosophie de l\u2019atomisme logique&nbsp;\u00bb, dans <em>\u00c9crits de logique philosophique<\/em>. J.-M. Roy (trad.). Paris. Presses Universitaires de France.<\/p>\n\n\n\n<p>STORME, B. 2010. \u00ab&nbsp;<em>Sicilia amissa<\/em> : syntagme nominal ou proposition subordonn\u00e9e&nbsp;?&nbsp;\u00bb. <em>Revue de philologie, de litt\u00e9rature et d\u2019histoire anciennes<\/em>. Tome LXXXIV. P. 119-136.<\/p>\n\n\n\n<p>MILL, J.-S. 1988. <em>Syst\u00e8me de logique d\u00e9ductive et inductive expos\u00e9 des principes de la preuve et des m\u00e9thodes de recherche scientifique par John Stuart Mill<\/em>. L. Peisse (trad.). Li\u00e8ge. Pierre Mardaga \u00c9diteur. Coll. \u00ab&nbsp;Philosophie et langage&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p id=\"ftn1\"><a href=\"#ftnref1\" data-type=\"internal\" data-id=\"#ftnref1\">[1]<\/a> La notion est th\u00e9oris\u00e9e par M.-N. Gary-Prieur dans (1994). Elle sera pr\u00e9sent\u00e9e plus bas et fait l\u2019objet d\u2019un \u00e9largissement dans cette approche.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"ftn2\"><a href=\"#ftnref2\" data-type=\"internal\" data-id=\"#ftnref2\">[2]<\/a> Alonge, T. 2017&nbsp;: 15.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"ftn3\"><a href=\"#ftnref3\" data-type=\"internal\" data-id=\"#ftnref3\">[3]<\/a> <em>Ibid<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"ftn4\"><a href=\"#ftnref3\" data-type=\"internal\" data-id=\"#ftnref3\">[4]<\/a> <em>Ibid<\/em>., p. 27. Il est question par exemple de quatorze annotations psychologiques dans <em>Hippolyte<\/em> d\u2019Euripide, de la tentative de \u00ab&nbsp;fixer le caract\u00e8re des protagonistes principaux&nbsp;\u00bb dans <em>M\u00e9d\u00e9e<\/em>, et de l\u2019extension de cette pr\u00e9occupation aux personnages mineurs dans l\u2019<em>\u00c9lectre<\/em> de Sophocle et les <em>Ph\u00e9niciennes<\/em>. Voir 2017&nbsp;: 28-29.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"ftn5\"><a href=\"#ftnref5\">[5]<\/a> \u00ab&nbsp;Quoi qu\u2019il en soit, il ne lui a pas \u00e9chapp\u00e9 que pour les Grecs, le d\u00e9veloppement de l\u2019intrigue peut exercer une influence sur le caract\u00e8re du personnage, et vice-versa, une caract\u00e9risation n\u2019est jamais fig\u00e9e, au contraire elle \u00e9volue, [\u2026]&nbsp;\u00bb. 2017&nbsp;: 30.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"ftn6\"><a href=\"#ftnref6\">[6]<\/a> Voir Gary-Prieur (2005).<\/p>\n\n\n\n<p id=\"ftn6\"><a href=\"#ftnref7\" data-type=\"internal\" data-id=\"#ftnref7\">[7<\/a><a href=\"#ftnref6\" data-type=\"internal\" data-id=\"#ftnref6\">]<\/a> Voir le n\u00b0146 de la revue <em>Langue fran\u00e7aise<\/em> pour un aper\u00e7u de la question.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"ftn8\"><a href=\"#ftnref8\">[8]<\/a> Le pr\u00e9dicat de d\u00e9nomination permet d\u2019analyser des \u00e9nonc\u00e9s sur lesquels achoppait la philosophie logique de Kripke (comme \u00ab&nbsp;un certain Paul Durand a sonn\u00e9&nbsp;\u00bb en paraphrasant comme suit&nbsp;: \u00ab&nbsp;un certain <em>x<\/em> appel\u00e9 \/Paul Durand\/ a sonn\u00e9&nbsp;\u00bb) mais il \u00e9choue \u00e0 paraphraser les emplois m\u00e9tonymiques, m\u00e9taphoriques ou d\u2019exemplarit\u00e9 du nom propre, comme remarqu\u00e9 dans Gary-Prieur (1989).<\/p>\n\n\n\n<p id=\"ftn9\"><a href=\"#ftnref9\" data-type=\"internal\" data-id=\"#ftnref9\">[9]<\/a> Jonasson, K. 1994&nbsp;: 7.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"ftn10\"><a href=\"#ftnref9\">[10]<\/a> Gary-Prieur, M.-N. 2009&nbsp;: 154. La deuxi\u00e8me citation est la note de bas de page num\u00e9rot\u00e9e 1.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"ftn11\"><a href=\"#ftnref9\">[11]<\/a> Laurent, N. 2016a&nbsp;: 94.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"ftn12\"><a href=\"#ftnref9\">[12]<\/a> D\u2019un point de vue grammatical il s\u2019oppose \u00e0 <em>langue<\/em>, \u00ab&nbsp;le discours est la mise en \u0153uvre de la langue par un sujet parlant&nbsp;\u00bb&nbsp;; d\u2019un point de vue \u00e9nonciatif il s\u2019oppose \u00e0 <em>phrase<\/em> et \u00ab&nbsp;d\u00e9signe un ensemble d\u2019\u00e9nonc\u00e9s pr\u00e9sentant une coh\u00e9rence interne r\u00e9git par des r\u00e8gles qui ne se limitent pas \u00e0 celles de la grammaire&nbsp;\u00bb. Dans 2009&nbsp;: 154-155.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"ftn13\"><a href=\"#ftnref9\">[13]<\/a> Gary-Prieur, M.-N. 2009&nbsp;: 155.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"ftn14\"><a href=\"#ftnref14\">[14]<\/a> Elle cite Larthomas, P. [1972] 2012 : 436.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"ftn15\"><a href=\"#ftnref14\">[15]<\/a> Kerbrat-Orecchioni, C. 1984&nbsp;: 47.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"ftn16\"><a href=\"#ftnref16\">[16]<\/a> <em>Ibid<\/em>., p. 48.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"ftn17\"><a href=\"#ftnref17\">[17]<\/a> Kerbrat-Orecchioni, C. [2008] 2016 : 70.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"ftn18\"><a href=\"#ftnref18\">[18]<\/a> Pour un bilan des th\u00e9ories de la logique sur le nom propre, voir Kleiber (1981&nbsp;: 349-383), Martin (1987&nbsp;: 137-144) et Gary-Prieur (1994&nbsp;: 14-25).<\/p>\n\n\n\n<p id=\"ftn19\"><a href=\"#ftnref19\">[19]<\/a> Gary-Prieur, M.-N. 1994&nbsp;: 13.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"ftn20\"><a href=\"#ftnref20\">[20]<\/a> Kripke, S. [1972] 1982&nbsp;: 36.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"ftn21\"><a href=\"#ftnref21\">[21]<\/a> Racine, J. 1999&nbsp;: 126 et 372.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"ftn22\"><a href=\"#ftnref22\">[22]<\/a> Russell, B. [1918] 1989&nbsp;: 359-360.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"ftn23\"><a href=\"#ftnref23\">[23]<\/a> <em>Ibid<\/em>., p. 560.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"ftn24\"><a href=\"#ftnref24\" data-type=\"internal\" data-id=\"#ftnref24\">[24]<\/a> Consulter par exemple l\u2019article Storme (2010).<\/p>\n\n\n\n<p id=\"ftn25\"><a href=\"#ftnref25\">[25]<\/a> Gary-Prieur, M.-N. 1994&nbsp;: 51-52.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"ftn26\"><a href=\"#ftnref26\">[26]<\/a> Lecolle, M. 2015&nbsp;: 219<\/p>\n\n\n\n<p id=\"ftn27\"><a href=\"#ftnref27\">[27]<\/a> Lecolle, M. 2006&nbsp;: 108. M\u00eame r\u00e9f\u00e9rence pour les citations qui pr\u00e9c\u00e8dent. Dans la derni\u00e8re phrase, elle cite&nbsp;Fuchs, C. 1991.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"ftn28\"><a href=\"#ftnref27\">[28]<\/a> Lecolle, M. 2006&nbsp;: 108.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"ftn29\"><a href=\"#ftnref27\">[29]<\/a> <em>Ibid<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"ftn30\"><a href=\"#ftnref30\">[30]<\/a> F. de Chalonge \u00e9crit dans sa contribution au collectif <em>Usages et th\u00e9ories de la fiction<\/em> que la th\u00e9orie des mondes possibles peut \u00ab&nbsp;prendre en compte la fiction, qui, r\u00e9alit\u00e9 potentielle ou contrefactuelle, s\u2019apparente volontiers \u00e0 de tels mondes, quoique le monde fictionnel ne puisse pas \u00eatre directement assimil\u00e9 \u00e0 la cat\u00e9gorie \u00e9labor\u00e9e par Kripke&nbsp;\u00bb (2004&nbsp;: 23)&nbsp;; et R. Martin \u00e9crit au sujet de la fiction&nbsp;qu\u2019elle \u00ab&nbsp;cr\u00e9e l\u2019illusion du vrai&nbsp;\u00bb, qu\u2019elle n\u2019est pas un monde contrefactuel mais un univers \u00e0 part enti\u00e8re o\u00f9 \u00ab&nbsp;comme dans tout autre univers, s\u2019opposent le monde \u201cde ce qui est\u201d, les mondes potentiels et les mondes contrefactuels&nbsp;\u00bb (1987&nbsp;: 17).<\/p>\n\n\n\n<p id=\"ftn31\"><a href=\"#ftnref31\">[31]<\/a> Lavocat, F. 2004&nbsp;: 10.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Clarisse Chabernaud \u2013 Sorbonne Universit\u00e9 \u2013 ED433 \u00ab Concepts et langages \u00bb \u2013 STIH\u00ab Approche linguistique et stylistique du corpus tragique de Jean Racine : note sur les noms propres \u00bb Pr\u00e9ambule Pour fournir une analyse stylistique des trag\u00e9dies de Racine, j\u2019ai choisi de me concentrer sur les \u00e9l\u00e9ments saillants&nbsp;des intrigues&nbsp;: les personnages et les [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[19,21],"tags":[74,215,248,389],"class_list":["post-2930","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-doctorants","category-news","tag-clarisse-chabernaud","tag-jean-racine","tag-lingusitique","tag-stylistique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/ais.airaud.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2930","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/ais.airaud.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/ais.airaud.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ais.airaud.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ais.airaud.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2930"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/ais.airaud.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2930\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/ais.airaud.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2930"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/ais.airaud.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2930"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/ais.airaud.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2930"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}