{"id":7330,"date":"2022-10-16T12:40:09","date_gmt":"2022-10-16T10:40:09","guid":{"rendered":"https:\/\/www.styl-m.org\/?p=7330"},"modified":"2022-10-16T12:40:09","modified_gmt":"2022-10-16T10:40:09","slug":"les-grammairiens-ont-ils-du-style","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ais.airaud.net\/index.php\/2022\/10\/16\/les-grammairiens-ont-ils-du-style\/","title":{"rendered":"Les Grammairiens ont-ils du style ? Le cas des d\u00e9buts d\u2019une langue \u00ab nationale \u00bb"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-right\"><strong>Jacques-Philippe Saint-Gerand<\/strong><br \/>F. 63380 Miremont<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-file\"><a id=\"wp-block-file--media-ec53a021-b570-4d54-8c99-c52c78bf74e4\" href=\"http:\/\/ais.airaud.net\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/Article-Saint-Gerand-Les-Grammairiens-ont-ils-du-style-AIS-2022.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Article-Saint-Ge\u0301rand-Les-Grammairiens-ont-ils-du-style-AIS-2022<\/a><a href=\"http:\/\/ais.airaud.net\/wp-content\/uploads\/2022\/10\/Article-Saint-Gerand-Les-Grammairiens-ont-ils-du-style-AIS-2022.pdf\" class=\"wp-block-file__button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-ec53a021-b570-4d54-8c99-c52c78bf74e4\">T\u00e9l\u00e9charger la version PDF<\/a><\/div>\n\n\n\n<p>Alain Berrendonner soulignait nagu\u00e8re <em>L\u2019\u00c9ternel grammairien<\/em> dans un ouvrage dont le titre pr\u00eatait intentionnellement \u00e0 au moins deux interpr\u00e9tations. Au terme de la lecture de son ouvrage cette ambigu\u00eft\u00e9 se r\u00e9solvait et laissait place \u00e0 l\u2019affirmation que derri\u00e8re tout linguiste s\u2019entrevoit plus ou moins un grammairien, au sens o\u00f9 ces derniers laissent toujours appara\u00eetre un souci normatif et r\u00e9gulateur derri\u00e8re l\u2019objectif de descriptions et d\u2019analyses qu\u2019il s\u2019assignent. J\u2019ai pu montrer nagu\u00e8re qu\u2019il existait des grammaires sans histoire<a id=\"_ftnref1\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>. Mon projet est ici d\u2019interroger ce qu\u2019il en est des pratiques de certains grammairiens lorsque, la langue devenant un enjeu politique de nature id\u00e9ologique, se pose la question du choix des exemples \u00e0 donner pour justifier telle ou telle analyse, et lorsqu\u2019il devient difficile de d\u00e9m\u00ealer, entre exemples et mod\u00e8les, l\u2019usage fait de citations litt\u00e9raires. J\u2019ajouterai que ma position face \u00e0 la question et \u00e0 l\u2019objet du style \u2014 notion ambigu\u00eb entre toutes \u2014 rejoint \u00e0 la fois celle de Marielle Mac\u00e9 pour qui le style est une critique des formes de vivre, et celle d\u2019\u00c9ric Bordas pour qui le style est la manifestation globale d\u2019un d\u00e9sir d\u2019individuation contre la pr\u00e9gnance du collectif social.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>1\u00b0 Position du probl\u00e8me.<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Le bouleversement que constituent la r\u00e9volution de 1830 et l\u2019accession au pouvoir d\u2019un Roi des Fran\u00e7ais, Louis-Philippe, au lieu du traditionnel Roi de France lieutenant de Dieu sur la Terre, n\u2019est pas que politique. Il emporte avec lui tout un ensemble de cons\u00e9quences id\u00e9ologico-culturelles dont la plus importante consiste dans la n\u00e9cessit\u00e9 de donner \u00e0 un peuple pratiquant des idiomes vari\u00e9s un ferment de solidarisation. Seul un peu plus de 25% de la population sur laquelle doit s\u2019\u00e9tendre le pouvoir monarchique pratique le fran\u00e7ais utilis\u00e9 par l\u2019administration, les notables, les instruits et les lettr\u00e9s. Il convient par cons\u00e9quent de g\u00e9n\u00e9raliser par force la constitution et la diffusion de la langue d\u2019\u00c9tat. L\u2019\u00c9cole devait y pourvoir avec la loi Guizot de 1833, mais, faute de moyens, elle dut reconna\u00eetre son \u00e9chec en cette t\u00e2che. Il restait alors la diffusion des ouvrages \u2014 grammaires, dictionnaires, correctifs, pr\u00e9servatifs, etc. \u2014 destin\u00e9s \u00e0 normer la langue et en normaliser les usages<\/p>\n\n\n\n<p>La correctivit\u00e9 du langage, exclusivement fond\u00e9e d&#8217;ailleurs sur la r\u00e9v\u00e9ration des mod\u00e8les litt\u00e9raires, s&#8217;est rapidement impos\u00e9e comme l&#8217;objectif ultime de la scolarisation et de la vulgarisation de la langue fran\u00e7aise. Les grands \u00e9crivains eux-m\u00eames ne sont pas exempts des reproches des grammatistes ; et \u2014 au fur et \u00e0 mesure que le si\u00e8cle se d\u00e9roulera \u2014 on verra de plus en plus de chroniques grammaticales puristes se d\u00e9velopper au-del\u00e0 des publications autoris\u00e9es dans les grands journaux nationaux, et m\u00eame dans certains quotidiens r\u00e9gionaux. Si les colonnes du <em>Journal Grammatical de la Langue Fran\u00e7aise<\/em> sont r\u00e9guli\u00e8rement remplies entre 1826 et 1840 de notules concernant l&#8217;emploi de telle ou telle forme par La Fontaine, Racine, Mme de S\u00e9vign\u00e9, Chateaubriand ou Lamartine, des ouvrages grammaticaux \u00e0 pr\u00e9tention r\u00e9solument scientifique, m\u00eame si les crit\u00e8res \u00e9pist\u00e9mologiques de cette connaissance demeurent r\u00e9solument sensualistes et \u2014 pour ainsi dire -\u2014 d&#8217;ancien r\u00e9gime, n&#8217;h\u00e9sitent pas \u00e0 faire des remontrances au mod\u00e8le des mod\u00e8les lui-m\u00eame :<\/p>\n\n\n\n<p><strong>1\u00b0<\/strong> On lit dans Nanine, com\u00e9die de Voltaire : Les diamants sont beaux, tr\u00e8s-bien choisis \/ Et vous verrez des \u00e9toffes nouvelles \/ D&#8217;un go\u00fbt charmant &#8230; Oh ! Rien n&#8217;approche d&#8217;elles&nbsp;&#8220;. C&#8217;est sans doute une faute tr\u00e8s-grave, qui blessera toute oreille d\u00e9licate. Il semble personnifier les \u00e9toffes en disant : Rien n&#8217;approche d&#8217;elles ; mais le besoin de la rime n&#8217;autorise point des expressions aussi contraires au g\u00e9nie de la langue ; il fallait dire : Rien n&#8217;en approche<a href=\"#_ftn2\" id=\"_ftnref2\">[2]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Une telle remarque a l&#8217;avantage d&#8217;exposer qu&#8217;en ces p\u00e9riodes de standardisation bourgeoise de la norme les diff\u00e9rences de genres sont-elles-aussi soumises \u00e0 r\u00e9\u00e9valuation, pla\u00e7ant ainsi \u00e0 niveau \u00e9gal l&#8217;\u00e9criture en prose et l&#8217;\u00e9criture en vers ; ce dont b\u00e9n\u00e9ficieront les genres en \u00e9mergence du po\u00e8me en prose et de la prose po\u00e9tique.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s Girault-Duvivier qui, d\u00e8s 1811, assignant \u00e0 la grammaire un dessein prop\u00e9deutique, revendiquait explicitement pour elle une fonction moralisatrice<a href=\"#_ftn3\" id=\"_ftnref3\">[3]<\/a>, les Bescherelle poussent une argumentation similaire jusqu&#8217;au point o\u00f9 la grammaire devient alors le moyen par excellence de former la culture g\u00e9n\u00e9rale des sujets de la langue :<\/p>\n\n\n\n<p><strong>2\u00b0<\/strong> C&#8217;est une v\u00e9rit\u00e9 maintenant incontestable que la v\u00e9ritable grammaire est dans les \u00e9crits des bons auteurs. La science grammaticale se borne \u00e0 l&#8217;observation et \u00e0 l&#8217;appr\u00e9ciation des termes, des r\u00e8gles de concordance, des constructions adopt\u00e9es par les grands \u00e9crivains. C&#8217;est dans leurs ouvrages qu&#8217;il faut chercher le code de la langue. En effet, o\u00f9 trouver mieux que dans ces r\u00e9gulateurs avou\u00e9s du langage des solutions \u00e0 tous les probl\u00e8mes, des \u00e9claircissements \u00e0 toutes les difficult\u00e9s, des exemples pour toutes les explications [&#8230;] Sous ce point de vue, rien de plus consciencieux que notre travail. Les cent mille phrases qui constituent notre r\u00e9pertoire grammatical sont tir\u00e9es de nos meilleurs \u00e9crivains ; elles sont choisies avec go\u00fbt ; il n&#8217;en est pas une qui ne r\u00e9v\u00e8le \u00e0 l&#8217;esprit ou une pens\u00e9e morale, ou un fait historique, scientifique, litt\u00e9raire ou artistique[&#8230;]. Ajoutez \u00e0 ce premier avantage tout le charme que pr\u00eate \u00e0 l&#8217;\u00e9tude jusqu&#8217;alors si aride de la grammaire l&#8217;\u00e9tude m\u00eame des faits, si sup\u00e9rieure \u00e0 la vieille routine qui s&#8217;obstine \u00e0 renverser l&#8217;ordre naturel en proc\u00e9dant des th\u00e9ories aux exemples. Envisag\u00e9e de cette fa\u00e7on, il nous semble que la grammaire n&#8217;est plus seulement un exercice de coll\u00e8ge sur lequel s&#8217;assoupit la m\u00e9moire ; c&#8217;est l&#8217;histoire de la pens\u00e9e elle-m\u00eame, \u00e9tudi\u00e9e dans son m\u00e9canisme int\u00e9rieur ; c&#8217;est le d\u00e9veloppement du caract\u00e8re national dans ses int\u00e9r\u00eats politiques et ses sentiments religieux, analys\u00e9 ou plut\u00f4t racont\u00e9 par la nation elle-m\u00eame, par les interpr\u00e8tes les plus \u00e9loquents de cette nation<a href=\"#_ftn4\" id=\"_ftnref4\">[4]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Un tel extrait montre \u00e9loquemment que la correctivit\u00e9 grammaticale devient \u00e0 cette \u00e9poque une condition <em>sine qua non<\/em> d&#8217;int\u00e9gration de l&#8217;individu \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 ; un passeport ouvrant acc\u00e8s aux fonctions r\u00e9mun\u00e9ratrices et \u00e0 la notabilit\u00e9 ; une mani\u00e8re de fixer l&#8217;id\u00e9ologie dominante ; et un instrument in\u00e9galable d&#8217;introspection psychologique ! Ce dont, bien s\u00fbr, la stylistique \u00e0 venir saura retenir la le\u00e7on. J\u2019y reviendrai.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>2\u00b0 Une langue id\u00e9ale ou id\u00e9alis\u00e9e&nbsp;?<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9tude compar\u00e9e des exemples, que sont les citations litt\u00e9raires choisies par ces grammairiens, permet de construire dans un premier temps la repr\u00e9sentation id\u00e9ale et norm\u00e9e que ces auteurs se donnent du style. Dans le sillage de Girault-Duvivier, la <em>Grammaire nationale <\/em>des fr\u00e8res Bescherelle (1834) et la <em>Grammaire g\u00e9n\u00e9rale des grammaires fran\u00e7aises<\/em> de Napol\u00e9on Landais (1835) sont non seulement deux ouvrages concomitants \u00e0 une \u00e9poque charni\u00e8re de l\u2019\u00e9volution des id\u00e9es linguistiques, mais, par les exemples dont ils illustrent leurs r\u00e8gles, ces ouvrages prolongent, chacun \u00e0 sa mani\u00e8re, la tradition des <em>Le\u00e7ons fran\u00e7aises de Litt\u00e9rature et de Morale<\/em> inaugur\u00e9e au d\u00e9but du si\u00e8cle (1804) par No\u00ebl et Delaplace, dont il ne faut pas sous-estimer l\u2019importance testimoniale.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>II-1\u00b0<\/strong> Charles-Pierre Girault-Duvivier, (1765-1832) est un grammairien fran\u00e7ais. Fils d&#8217;un avou\u00e9, Girault-Duvivier fut admis tr\u00e8s jeune au barreau. Mais la R\u00e9volution le for\u00e7a \u00e0 se tourner vers les finances et la banque. Son int\u00e9r\u00eat pour la grammaire naquit avec la n\u00e9cessit\u00e9 de donner des le\u00e7ons \u00e0 sa propre fille. Conscient des b\u00e9n\u00e9fices qu&#8217;il pouvait retirer de l&#8217;entreprise \u00e0 condition d&#8217;\u00e9largir le cadre de son projet, mais immerg\u00e9 dans les tourments politiques et id\u00e9ologiques du temps, il publia en 1811 la premi\u00e8re \u00e9dition de la <em>Grammaire des grammaires <\/em>(Paris, Porthmann, 2 vol.), qui rec\u00e8le quantit\u00e9 de r\u00e9f\u00e9rences flattant le personnage de Napol\u00e9on, lesquelles furent \u00e9videmment retir\u00e9es des \u00e9ditions post\u00e9rieures \u00e0 la Restauration des Bourbons<\/p>\n\n\n\n<p>Connu sous le titre de <em>Grammaire des Grammaires ou Analyse Raisonn\u00e9e des meilleurs trait\u00e9s sur la langue fran\u00e7aise par Ch. P. Girault-Duvivier<\/em>, ouvrage adopt\u00e9 pour la <em>Maison Royale de Saint-Denis, <\/em>le texte initial a connu des variations \u00e0 partir de la quatri\u00e8me \u00e9dition : <em>Ouvrage mis par l&#8217;Universit\u00e9 au nombre des Livres \u00e0 donner en prix dans les Coll\u00e8ges, Et reconnu par l&#8217;Acad\u00e9mie fran\u00e7aise comme indispensable \u00e0 ses travaux et utile \u00e0 la litt\u00e9rature en g\u00e9n\u00e9ral<\/em>. Preuve, enfin, du succ\u00e8s de cet ouvrage que Chapsal (1818) et Lemaire (1822) continu\u00e8rent \u00e0 d\u00e9velopper dans les derni\u00e8res ann\u00e9es de l&#8217;existence et apr\u00e8s la mort de l&#8217;auteur, les sept premi\u00e8res \u00e9ditions furent diffus\u00e9es \u00e0 plus de 40 000 exemplaires. A la fin de sa vie Girault-Duvivier avait commenc\u00e9 \u00e0 r\u00e9diger un <em>Dictionnaire de la Langue Fran\u00e7aise<\/em>, qui aurait d\u00fb donner syst\u00e9matiquement la prononciation de tous les mots recens\u00e9s. Seule la lettre <em>A<\/em> fut achev\u00e9e. La <em>Grammaire des grammaire<\/em>s voit sa carri\u00e8re s&#8217;achever en 1866 avec une 26<sup>e<\/sup> \u00e9dition&#8230; au moment o\u00f9 Auguste Brachet va publier sa <em>Grammaire historique de la langue fran\u00e7aise<\/em>. La th\u00e8se ancienne (1966) de Jesse Levitt<a href=\"#_ftn5\" id=\"_ftnref5\">[5]<\/a>, d\u00e9crit \u00e0 grands traits le contenu de cette grammaire&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><strong>3\u00b0<\/strong> Girault-Duvivier, whose knowledge of the history of language is very uncertain, simply reproduces the <em>a priori<\/em> rationalizations of his eighteenth-century predecessors and regards linguistic development as a conscious process dependent on the character of the linguistic community&nbsp; (<em>loc. cit.<\/em> p. 34).<\/p>\n\n\n\n<p>De fait, l&#8217;ouvrage de Girault-Duvivier se pr\u00e9sente principalement comme une grammaire normative fond\u00e9e sur la compilation cumulative des grammaires prescriptives et m\u00e9taphysiques pr\u00e9c\u00e9dentes, ce qui lui permet d&#8217;assurer non sans distorsions la synth\u00e8se de la <em>Grammaire de Port-Royal<\/em> et des travaux de l&#8217;Acad\u00e9mie fran\u00e7aise. L&#8217;organisation de l&#8217;ensemble est simple et ne pr\u00e9sente aucune particularit\u00e9 qui, <em>a priori<\/em>, la distinguerait des autres grammaires prescriptives de l&#8217;\u00e9poque, si ce n&#8217;est son ambition d&#8217;exhaustivit\u00e9 et de pr\u00e9cision.<\/p>\n\n\n\n<p>Girault-Duvivier d\u00e9finit clairement le dessein de son entreprise :<em>&#8220;r\u00e9unir en un seul corps d&#8217;ouvrage tout ce qui a \u00e9t\u00e9 dit par les meilleurs Grammairiens et par l&#8217;Acad\u00e9mie, sur les questions les plus d\u00e9licates de la langue fran\u00e7aise&#8221;<\/em>. Il reconna\u00eet ne s&#8217;\u00eatre que rarement permis d&#8217;\u00e9mettre [son] avis, ayant pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 se <em>&#8220;contenter de rapporter, ou textuellement, ou par extrait, celui des grands ma\u00eetres&#8221;,<\/em> s&#8217;appuyant pour cela sur les exemples des <em>&#8220;meilleurs \u00e9crivains des deux derniers si\u00e8cles&#8221;<\/em> et ceux de quelques-uns de ses contemporains. Il s&#8217;agit donc de proposer un code r\u00e9gulateur de l&#8217;usage. De sorte que la finalit\u00e9 originelle d&#8217;enseigner la grammaire \u00e0 sa propre fille est vite d\u00e9pass\u00e9e par un souci plus g\u00e9n\u00e9ral d&#8217;instruction, qui, \u00e0 l&#8217;\u00e9poque de la grammaire id\u00e9ologique telle qu&#8217;elle est pratiqu\u00e9e par d&#8217;A\u00e7arcq, Destutt de Tracy, ou Estarac, est r\u00e9v\u00e9lateur du manque d&#8217;une v\u00e9ritable p\u00e9dagogie grammaticale \u00e0 l&#8217;usage des contemporains. Pour combler cette lacune Girault-Duvivier s&#8217;en remet \u00e0 la tradition :<\/p>\n\n\n\n<p><strong>4\u00b0<\/strong> J&#8217;ai laiss\u00e9 aux id\u00e9ologues et aux m\u00e9taphysiciens le soin de d\u00e9montrer ce qu&#8217;ils trouvent de vicieux ou de faux dans les anciens termes, et la gloire d&#8217;en proposer de nouveaux ; j&#8217;ai suivi les sentiers battus par les anciens ma\u00eetres, bien s\u00fbr de ne pas m&#8217;\u00e9garer et de n&#8217;\u00e9garer personne avec moi sur leurs traces [tome 1, p. VII]<\/p>\n\n\n\n<p>Au moment o\u00f9 la litt\u00e9rature prend la succession des belles-lettres, elle participe de la sorte au d\u00e9placement de la th\u00e9orisation linguistique vers la validation stylistique de l&#8217;usage. Et en ce sens, elle anticipe sur toute la s\u00e9rie des grammaires scolaires de la seconde moiti\u00e9 du XIX<sup>e<\/sup> et du d\u00e9but du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Sa descendance la plus illustre, \u00e0 cet \u00e9gard, ira jusqu\u2019au <em>Bon Usage<\/em> de Grevisse (1936), ce qui au fond n&#8217;a rien de surprenant.<\/p>\n\n\n\n<p>Le corpus documentaire sur lequel s&#8217;appuie Girault-Duvivier, du fait m\u00eame de son dessein compilatoire, est impressionnant, tant du point de vue des auteurs litt\u00e9raires all\u00e9gu\u00e9s comme exemples (Malherbe, Marot, Racine, Corneille, Boileau, La Fontaine, Bossuet, Gresset, Montesquieu, Massillon, Guys, Marivaux, Roucher, Voltaire, Delille; mais il ne s&#8217;aventure pas au-del\u00e0 de la fin du 18<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, que du point de vue des autorit\u00e9s grammaticales invoqu\u00e9es&nbsp;: l&#8217;Acad\u00e9mie fran\u00e7aise, mais aussi Auger, Beauz\u00e9e, Boinvilliers, Bouhours, Buffier, Butet de la Sarthe, Condillac, Demandre, Domergue, Dumarsais, F\u00e9raud, Gattel, Harris, Laveaux, M\u00e9nage, d&#8217;Olivet, Port-Royal, R\u00e9gnier-Desmarais, Sicard, Sylvestre de Sacy, Vaugelas, et de Wailly !. Les exemples litt\u00e9raires proposent indistinctement des \u00e9crits en vers et en prose. Les exemples et r\u00e9f\u00e9rences grammaticales, quant \u00e0 elles, sont d\u00e9sign\u00e9s par le nom du grammairien et, g\u00e9n\u00e9ralement, par l&#8217;indication d&#8217;une pagination renvoyant \u00e0 l&#8217;\u00e9dition donn\u00e9e en t\u00eate d&#8217;ouvrage comme \u00e9l\u00e9ment de bibliographie. Une volont\u00e9 de s\u00e9rieux, en somme. Mais aucun recul par rapport \u00e0 la valeur des exemples cit\u00e9s, une conscience minimale de l&#8217;inscription de la correctivit\u00e9 grammaticale dans des espaces-temps autres que celui dans lequel l&#8217;auteur exerce son magist\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme le note Fran\u00e7oise Henry-Lorcerie, il y a l\u00e0 une sorte de d\u00e9f\u00e9rence spontan\u00e9e \u00e0 l&#8217;endroit d&#8217;une autorit\u00e9 sup\u00e9rieure inattaquable :<\/p>\n\n\n\n<p><strong>5\u00b0<\/strong> La <em>Grammaire des Grammaires<\/em> s\u2019adresse \u00e0 deux sortes de publics : les jeunes gens, qui doivent prendre connaissance des r\u00e8gles ; et les \u00e9lites de la parole, \u00e9crivains, professeurs et grammairiens, dont le r\u00f4le de production, de reproduction et de contr\u00f4le est \u00e9minent dans le cycle social de la parole. Aux premiers, il suffit de pr\u00e9senter efficacement les r\u00e8gles, tout en contribuant \u00e0 leur \u00e9dification morale par le contenu des exemples : c\u2019est sur cette logique que vont reposer, au XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, les ouvrages de vulgarisation grammaticale \u00e0 destination des publics scolaires. Quant aux derniers, il faut en outre les mettre en \u00e9tat de faire jurisprudence, en toute fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 l\u2019esprit de la langue.<a href=\"#_ftn6\" id=\"_ftnref6\">[6]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, malgr\u00e9 ses d\u00e9fauts, la <em>Grammaire des Grammaires<\/em> a exerc\u00e9 une influence consid\u00e9rable tout au long du XIX<sup>e <\/sup>s, puisque cet ouvrage \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9 comme le <em>compendium<\/em> de l&#8217;usage \u00e9l\u00e9gant, et qu&#8217;il \u00e9tait \u00e0 ce titre l&#8217;instrument de consultation par excellence auquel pouvaient se r\u00e9f\u00e9rer les grands \u00e9crivains et les d\u00e9tenteurs politiques ou culturel du pouvoir social. Non seulement Hugo ou Flaubert, mais les Goncourt tout comme Musset ou Nodier.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans cette qu\u00eate obstin\u00e9e de la l\u00e9galit\u00e9 grammaticale, un trait sp\u00e9cifique est \u00e0 souligner&nbsp;: la pertinence des donn\u00e9es de l&#8217;histoire n&#8217;a aucune raison d&#8217;\u00eatre, et l&#8217;on voit nettement Girault-Duvivier m\u00ealer sans complexe les citations de diff\u00e9rentes \u00e9poques sans jamais s&#8217;interroger sur la justesse des juxtapositions au regard de l&#8217;\u00e9volution de la langue. C&#8217;est le cas, par exemple, lorsque Girault-Duvivier s&#8217;appuie sur l&#8217;autorit\u00e9 de Voltaire s&#8217;exer\u00e7ant \u00e0 la <em>Connaissance des beaut\u00e9s et des d\u00e9fauts de la po\u00e9sie et de l&#8217;\u00e9loquence dans la langue fran\u00e7aise<\/em> (vol. XXIII des <em>\u0152uvres compl\u00e8tes<\/em>, Paris, Garnier, 1877). Or on sait que Voltaire n&#8217;avait aucun sens de l&#8217;\u00e9volution de la langue et critique Corneille, par exemple, au motif d&#8217;emplois devenus obsol\u00e8tes dans la seconde moiti\u00e9 du XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle :<\/p>\n\n\n\n<p><strong>6\u00b0<\/strong> Il est tr\u00e8s utile d&#8217;\u00e9plucher ainsi les fautes de style et de langage o\u00f9 tombent les meilleurs auteurs afin de ne point prendre leurs manquements pour des r\u00e8gles, ce qui n&#8217;arrive que trop souvent aux jeunes gens et aux \u00e9trangers.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais le conseil est \u00e9videmment fallacieux en cette circonstance, et, si le <em>Commentaire sur Corneille<\/em> passe en son \u00e9poque pour le manifeste le plus clair d&#8217;un purisme extr\u00eame, soutenu par les avis de La Harpe, ou d&#8217;Alembert, il n&#8217;emp\u00eache que les remarques de Girault-Duvivier, fussent-elle teint\u00e9es d&#8217;une \u00e9ventuelle nuance dubitative, restent immuablement fig\u00e9es dans une sorte de sentiment \u00e9pilinguistique satisfait de lui-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>II-2\u00b0<\/strong> Henri Ren\u00e9 Sulpice Bescherelle<em>, plus connu sous le pr\u00e9nom Henri-Honor\u00e9<\/em> (1804-1887), dit Bescherelle jeune, \u00e9tait employ\u00e9 au Conseil d&#8217;\u00c9tat, ce qui devait lui laisser suffisamment de temps pour s\u2019appliquer \u00e0 la r\u00e9daction et publication de dictionnaires et d\u2019ouvrages de grammaire, en collaboration avec Louis-Nicolas <em>Bescherelle,<\/em>(1802-1884), dit Bescherelle a\u00een\u00e9. Ce dernier, ancien biblioth\u00e9caire du Louvre, ne fut jamais ni en en aucune mani\u00e8re p\u00e9dagogue&nbsp;; mais il profita de l\u2019engouement suscit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9poque par la question d\u2019une langue \u00e0 normaliser et normer, tant \u00e0 l\u2019\u00e9crit qu\u2019\u00e0 l\u2019oral, pour publier de nombreux ouvrages de grammaire prescriptive et des dictionnaires r\u00e9gulateurs. Sans doute mus par le m\u00eame dessein didactique que celui \u00e9nonc\u00e9 par le polygraphe Pierre-Fran\u00e7ois Tissot (1768-1854), qu\u2019ils citent en exergue de leur <em>Grammaire Nationale<\/em>, les deux fr\u00e8res cherchent \u00e0 solidariser les dimensions historiques et g\u00e9ographiques de la langue fran\u00e7aise, dans le souci de promouvoir une conception &#8221;&nbsp;nationale&nbsp;&#8221; de sa repr\u00e9sentation fond\u00e9e sur le t\u00e9moignage des meilleurs \u00e9crivains&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><strong>7\u00b0<\/strong> Dans un \u00c9tat libre, c\u2019est une obligation pour tous les citoyens de conna\u00eetre leur propre langue, de savoir la parler et l\u2019\u00e9crire correctement. La carri\u00e8re des emplois est ouverte \u00e0 tous&nbsp;: qui sait ce que la fortune r\u00e9serve au plus humble des membres de la grande famille&nbsp;?&#8230; La base de la connaissance de toute langue est la grammaire\u2026 et en fait de grammaire, ce sont les grands \u00e9crivains qui font autorit\u00e9.<a href=\"#_edn1\" id=\"_ednref1\">[i]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Mais sans doute \u00e9galement, \u00e0 l\u2019instar de Louis Hachette et ult\u00e9rieurement de Pierre-Athanase Larousse, pressentent-ils le bon coup commercial que repr\u00e9sente l\u2019essor du march\u00e9 de la langue devenue la marque d\u2019une nation \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 commencent \u00e0 se faire sentir les premiers fr\u00e9missements d\u2019une instruction publique dict\u00e9e par l\u2019int\u00e9r\u00eat politique du r\u00e9gime de la Monarchie de Juillet.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s avoir fait des \u00e9tudes de droit, Louis-Nicolas Bescherelle c\u00e8de comme beaucoup d&#8217;autres de sa g\u00e9n\u00e9ration \u00e0 son go\u00fbt pour les lettres. Mais celui-ci ne s&#8217;\u00e9panche pas en litt\u00e9rature proprement dite ; il s&#8217;\u00e9panouit dans la production et la compilation d&#8217;ouvrages portant sur la langue fran\u00e7aise. \u00c0 c\u00f4t\u00e9 de son nom propre, il use d\u2019au moins deux pseudonymes&nbsp;: Docteur S\u00e9v\u00e9rus Syntaxe et Comte de Resellebech. Pr\u00e9c\u00e9dant la loi Guizot de 1833 sur la scolarisation, un d\u00e9cret de 1832 voulait que les emplois publics ne fussent d\u00e9sormais occup\u00e9s que par des citoyens ma\u00eetrisant parfaitement les normes du fran\u00e7ais. On saisit mieux dans ce cadre l&#8217;hyperactivit\u00e9 grammaticalo-linguistique de ces ann\u00e9es, et l&#8217;int\u00e9r\u00eat id\u00e9ologique des travaux des Bescherelle, qui pr\u00e9sentent tous la caract\u00e9ristique d\u2019exposer les principes d\u2019usage de la langue, puisque depuis 1634 l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise a \u00e9t\u00e9 incapable de r\u00e9diger cette grammaire inscrite comme un devoir dans ses statuts originels.<\/p>\n\n\n\n<p>L.-N. B. publie alors la <em>Grammaire Nationale<\/em> (1834), dont le titre complet est tout un programme&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><em><strong>8\u00b0<\/strong><\/em><em> Grammaire Nationale ou Grammaire de Voltaire, de Racine, de Bossuet, de F\u00e9nelon, de J.-J. Rousseau, de Buffon, de Bernardin de Saint-Pierre, de Chateaubriand, de Casimir Delavigne, et de tous les \u00e9crivains les plus distingu\u00e9s de la France<\/em> <em>; Renfermant plus de cent mille exemples qui servent \u00e0 fonder les r\u00e8gles, et forment comme une esp\u00e8ce de panorama o\u00f9 se d\u00e9roule notre langue, telle que la nation l&#8217;a faite, telle que la nation doit la parler<\/em><em>. Ouvrage \u00e9minemment classique, qui, ind\u00e9pendamment de son but sp\u00e9cial, doit \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un Cours pratique de litt\u00e9rature fran\u00e7aise, et une introduction \u00e0 toutes les branches des connaissances humaines <\/em>; publi\u00e9 avec le concours de MM. Casimir Delavigne, de Jouy, Villemain, Tissot, Nodier, de G\u00e9rando, \u00c9. Johanneau, Deshouli\u00e8res, L\u00e9vi, Litais de Gaux, etc\u2026 Et pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e d&#8217;un <em>Essai sur la Grammaire en France et de quelques consid\u00e9rations philosophiques et litt\u00e9raires sur la langue fran\u00e7aise<\/em> par M. Philar\u00e8te Chasles, Paris, Bourgeois-Maze, libraire, Dubois-Voilquin, Fr\u00e8res, Leipsick, L\u00e9opold Michelsen, in-8\u00b0, 878 p.<\/p>\n\n\n\n<p>L&#8217;ouvrage est introduit par Philar\u00e8te Chasles qui r\u00e9dige un essai intitul\u00e9 : <em>De la Grammaire en France, et principalement de la <\/em>Grammaire Nationale<em>, avec quelques observations philosophiques et litt\u00e9raires sur le G\u00e9nie, les Progr\u00e8s et les Vicissitudes de la langue fran\u00e7aise. Cet essai <\/em>de neuf pages en tr\u00e8s petits caract\u00e8res s\u2019ouvre sur une d\u00e9nonciation virulente des \u00ab&nbsp;cultivateurs de la syntaxe&nbsp;\u00bb (p. 5) et propose une sorte d\u2019analyse critique d\u2019un certain nombre de difficult\u00e9s grammaticales de la langue fran\u00e7aise dont les analyses des fr\u00e8res Bescherelle ne sortent d\u2019ailleurs pas indemnes&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><strong>9\u00b0<\/strong> MM. Bescherelle d\u00e9clarent que la langue fran\u00e7aise n\u2019a pas de genre neutre. Nous le retrouvons, effac\u00e9, il est vrai, et peu reconnaissable, mais dou\u00e9 de sa signification et de sa valeur propre, dans les verbes <em>il pleut, il tombe, il importe&nbsp;; <\/em>dans les locutions<em> il y a, il fit beau, il faut&nbsp;; <\/em>dans les mots<em> en <\/em>et<em> y<\/em>, sur lesquels nous ne partageons pas l\u2019avis de la grammaire nouvelle&nbsp;; dans <em>je le veux, je le dois, je l\u2019emporte<\/em>, o\u00f9 le mot <em>le<\/em> joue le r\u00f4le du pronom neutre des Latins <em>illud<\/em>. Pour expliquer ces diverses locutions, MM. Bescherelle ont recours \u00e0 des proc\u00e9d\u00e9s analytiques fort savants, trop savants selon nous. Une phrase excellente de La Bruy\u00e8re, qu\u2019ils condamnent \u00e0 tort comme anti-grammaticale, prouve que l\u2019acception du mot <em>le<\/em> est bien celle d\u2019<em>illud<\/em>, du pronom neutre latin&nbsp;: \u00ab&nbsp;Les fourbes croyent ais\u00e9ment que les autres le sont\u2026&nbsp;\u00bb. Qui peut rien reprendre \u00e0 cette phrase d\u2019une clart\u00e9 parfaite, et o\u00f9 le pronom <em>le<\/em> est \u00e9videmment pour <em>illud<\/em>, cela&nbsp;? (p. 6)<\/p>\n\n\n\n<p>Il est vrai que Philar\u00e8te Chasles, promoteur des \u00e9tudes de litt\u00e9rature compar\u00e9e \u00e0 l\u2019instar de Claude Fauriel (1772-1844), recourt aux t\u00e9moignages ext\u00e9rieurs&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><strong>10\u00b0<\/strong> L\u2019analogie des langues \u00e9trang\u00e8res modernes suffit pour d\u00e9cider la question. Les Allemands et les Anglais ont un neutre distinct qu\u2019ils emploient \u00e0 tout moment, <em>es<\/em> et <em>it<\/em>. Pour traduire dans ces deux langues les phrases que MM. Bescherelle se donnent tant de peine \u00e0 expliquer au moyen de longues et savantes analyses, on n\u2019a qu\u2019\u00e0 employer le neutre allemand ou anglais. Il pleut, \u00ab&nbsp;<em>es regnet, it rains&nbsp;<\/em>\u00bb&nbsp;; il faut, \u00ab&nbsp;<em>es muss, it must<\/em>&nbsp;\u00bb&nbsp;; il est vrai, \u00ab<em>es ist treue, it is true<\/em>&nbsp;\u00bb \u2026 (<em>ibid<\/em>.)<\/p>\n\n\n\n<p>S\u2019ensuit une br\u00e8ve histoire de la grammaire fran\u00e7aise au terme de laquelle est r\u00e9affirm\u00e9 le primat du g\u00e9nie de la langue d\u00e9sormais associ\u00e9 pleinement \u00e0 la notion de Nation :<\/p>\n\n\n\n<p><strong>11\u00b0<\/strong> Ainsi la r\u00e8gle souveraine, la loi supr\u00eame des idiomes, c\u2019est le g\u00e9nie propre de chacun d\u2019eux. Tout ce qui lui r\u00e9pugne est inadmissible, tout ce qu\u2019il permet on doit l\u2019oser. En vain les grammairiens multiplieront les fantaisies, les injonctions, les d\u00e9finitions, les s\u00e9v\u00e9rit\u00e9s, les folles d\u00e9licatesses&nbsp;; fid\u00e8le par instinct au g\u00e9nie de sa langue et de sa nation, l\u2019\u00e9crivain sup\u00e9rieur d\u00e9couvrira toujours en dehors du cercle grammatical et du code convenu quelque beaut\u00e9 l\u00e9gitime et nouvelle conforme \u00e0 la r\u00e8gle supr\u00eame. Mais quel est le g\u00e9nie propre de la langue fran\u00e7aise&nbsp;? De quels \u00e9l\u00e9ments mat\u00e9riels et m\u00e9taphysiques s\u2019est-elle form\u00e9e&nbsp;? Quelles phases historiques ont d\u00e9termin\u00e9 et soutenu sa formation&nbsp;? Quels caract\u00e8res sp\u00e9ciaux doit-elle aux r\u00e9volutions qu\u2019elle a travers\u00e9es&nbsp;? Quelles sont les bases sur lesquelles elle repose et les vrais principes de sa force&nbsp;? Belles et graves questions, qui s\u2019\u00e9tendent tr\u00e8s loin et ne peuvent se r\u00e9soudre qu\u2019au moyen de l\u2019histoire, d\u2019une \u00e9tude attentive des mots et de leurs destin\u00e9es et d\u2019une sagacit\u00e9 rarement unie \u00e0 l\u2019\u00e9rudition. L\u2019histoire des variations de la langue fran\u00e7aise n\u2019est pas faite\u2026 (p. 10)<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019ensemble, justifiant la prolixit\u00e9 du sous-titre de la <em>Grammaire nationale<\/em>, conclut une nouvelle fois tr\u00e8s classiquement en faveur du g\u00e9nie de la langue fran\u00e7aise, que les normes et codifications grammaticales ne parviennent pas \u00e0 embrasser, mais qu\u2019incarnent dans leur vari\u00e9t\u00e9 les grands \u00e9crivains&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><strong>12\u00b0<\/strong> Les vrais grammairiens, les seuls grammairiens, ce ne sont ni Beauz\u00e9e, ni Dumarsais, ni le vieil imprimeur Geoffroy Thory, ni les honorables membres de Port-Royal&nbsp;; ni Vaugelas, \u00e0 qui une fausse concordance donnait la fi\u00e8vre&nbsp;; ni Urbain Domergue, connu par son inurbanit\u00e9 envers les sol\u00e9cismes qui \u00e9veillaient sa col\u00e8re&nbsp;; ni M. Lemare, le Bonaparte du rudiment et le Luther de la syntaxe. Les vrais grammairiens, ce sont les hommes de g\u00e9nie&nbsp;; ils refont les langues, ils les \u00e9chauffent \u00e0 leur foyer et les forgent sur leur enclume. On les voit sans cesse occup\u00e9s \u00e0 r\u00e9parer les br\u00e8ches du temps. Tous, ils inventent des expressions, hasardent des fautes qui se trouvent \u00eatre des beaut\u00e9s&nbsp;; frappent de leur sceau royal un mot nouveau qui a bient\u00f4t cours&nbsp;; exhument des locutions perdues, qu\u2019ils polissent et remettent en circulation. Tous, n\u00e9ologues et archa\u00efstes, plus hardis dans les \u00e9poques primitives, plus soigneux et plus attentifs dans les \u00e9poques de d\u00e9cadence, mais ne se faisant jamais faute d\u2019une t\u00e9m\u00e9rit\u00e9 habile, d\u2019une vigoureuse alliance de mots, d\u2019une conqu\u00eate sur les langues \u00e9trang\u00e8res. Les \u00e9crivains qui parmi nous se sont le plus servis des archa\u00efsmes, ceux qui ont renonc\u00e9 le plus difficilement \u00e0 l\u2019ironie bonhomi\u00e8re des tournures gauloises, \u00e0 leur vieille et bourgeoise na\u00efvet\u00e9, ce sont Lafontaine, M<sup>me<\/sup> de S\u00e9vign\u00e9, Moli\u00e8re, La Bruy\u00e8re au dix-septi\u00e8me si\u00e8cle&nbsp;; Jean-Jacques Rousseau au dix-huiti\u00e8me, Paul Louis Courier de notre temps. [\u2026] Ainsi, de faute en faute, d\u2019audace en audace, toujours t\u00e9m\u00e9raires, toujours r\u00e9prouv\u00e9s par le p\u00e9dantisme, ils fournissaient des aliments nouveaux \u00e0 leur vieille m\u00e8re, \u00e0 cette langue fran\u00e7aise qu\u2019ils emp\u00eachaient de mourir. (pp. 8-9)<\/p>\n\n\n\n<p>Avec des r\u00e9miniscences des audaces de Louis-S\u00e9bastien Mercier<a href=\"#_ftn7\" id=\"_ftnref7\">[7]<\/a> (1740-1814), une anticipation impr\u00e9vue des recherches d\u2019Henri Frei (1899-1980)<a href=\"#_ftn8\" id=\"_ftnref8\">[8]<\/a> , nous sommes l\u00e0 dans le droit fil d\u2019une tradition qui sera poursuivie jusqu\u2019au <em>Bon Usage<\/em> (1936) de Maurice Grevisse (1895-1980)&nbsp;; laquelle, sans mot dire, promeut la l\u00e9gitimit\u00e9 du style comme op\u00e9rateur de validation grammaticale.<\/p>\n\n\n\n<p>Les exemples grammaticaux tir\u00e9s au d\u00e9but du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle des ouvrages de religion et de morale deviennent alors caducs car c\u2019est \u00e0 une autre \u00e9thique de la langue que sont d\u00e9sormais confront\u00e9s les usagers. Il existe certes une norme d\u2019usage mais les qualit\u00e9s sup\u00e9rieures des grands \u00e9crivains permettent de transgresser cette norme au profit d\u2019un coup d\u2019\u00e9clat stylistique. Suivant les termes de la pr\u00e9face, les Bescherelle choisissent de ne consid\u00e9rer la langue que sous ses formes litt\u00e9raires \u00e9crites, car gr\u00e2ce aux grands \u00e9crivains&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><strong>13\u00b0<\/strong> [\u2026] la grammaire n\u2019est plus seulement un exercice de coll\u00e8ge sur lequel s\u2019assoupit la m\u00e9moire&nbsp;; c\u2019est l\u2019histoire de la pens\u00e9e elle-m\u00eame, \u00e9tudi\u00e9e dans son m\u00e9canisme int\u00e9rieur&nbsp;; c\u2019est son d\u00e9veloppement du caract\u00e8re national dans ses int\u00e9r\u00eats politiques et ses sentiments religieux, analys\u00e9 ou plut\u00f4t racont\u00e9 par la nation elle-m\u00eame, par les interpr\u00e8tes les plus \u00e9loquents de cette nation. (p. vi)<\/p>\n\n\n\n<p>Les grands, les meilleurs auteurs, en \u00e9crivant <em>parlent d\u2019or<\/em> et instillent progressivement dans le sens commun l\u2019id\u00e9e que le locuteur qui s\u2019exprime bien <em>parle comme un livre<\/em>\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, repr\u00e9sentants d\u2019un XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle \u00e0 la pointe du devenir de l\u2019histoire, que travaille d\u00e8s les premi\u00e8res ann\u00e9es l\u2019id\u00e9e de son identit\u00e9, les Bescherelle se doivent d\u2019\u00eatre attentifs aux dimensions empiriques de l\u2019objet qu\u2019ils examinent. Sous la double hypoth\u00e8que permanente de r\u00e9fl\u00e9chir d\u2019une part l\u2019image d\u2019une langue nationale, et, d\u2019autre part, de promettre et permettre l\u2019ascension sociale au sein de l\u2019\u00c9tat \u00e0 ceux qui ma\u00eetrisent parfaitement les mod\u00e8les d\u00e9crits par la <em>Grammaire nationale, <\/em>c\u2019est l\u2019usage, l\u2019usage seul, toujours attest\u00e9 par les grands \u00e9crivains qui peut d\u00e9finir une norme \u00e0 l\u2019aune de laquelle sont \u00e9valu\u00e9es les pratiques :<\/p>\n\n\n\n<p><strong>14\u00b0<\/strong> Pour \u00e9viter de semblables fautes, et des milliers d\u2019autres que nous ne pouvons ni citer ni m\u00eame pr\u00e9voir, il est indispensable de conna\u00eetre les r\u00e8gles auxquelles l\u2019usage a soumis notre langue, et qui, r\u00e9unies en un corps complet de doctrine, forment le code m\u00eame de cette langue, et constituent ce qu\u2019on appelle la <em>Grammaire fran\u00e7aise<\/em>. D\u2019o\u00f9 il r\u00e9sulte \u00e9videmment que la <em>Grammaire fran\u00e7aise<\/em> est l\u2019art de bien parler et d\u2019\u00e9crire, en fran\u00e7ais, correctement, c\u2019est-\u00e0-dire d\u2019une mani\u00e8re conforme au bon usage. (p. 22)<\/p>\n\n\n\n<p>Sur la foi de cette derni\u00e8re d\u00e9claration, on pourrait penser qu\u2019il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019une tr\u00e8s maladroite tautologie. Mais lorsqu\u2019on recontextualise le raisonnement au terme duquel les Bescherelle l\u2019assertent, on comprend rapidement que la ma\u00eetrise du fran\u00e7ais \u00e0 laquelle ils font r\u00e9f\u00e9rence est la condition m\u00eame de l\u00e9gitimation du citoyen fran\u00e7ais, du Fran\u00e7ais. En d\u2019autres termes, \u00e0 l\u2019heure o\u00f9&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><strong>15\u00b0<\/strong> Dans un \u00c9tat o\u00f9 les places ne sont plus le partage d\u2019un petit nombre de privil\u00e9gi\u00e9s, mais o\u00f9 chaque homme voit s\u2019ouvrir devant lui la carri\u00e8re des emplois, et par cons\u00e9quent peut \u00eatre appel\u00e9 \u00e0 \u00e9lever la voix dans les tribunaux, dans les assembl\u00e9es politiques ou dans les temples, c\u2019est un devoir pour tous les citoyens de conna\u00eetre leur propre langue et de savoir la parler et l\u2019\u00e9crire correctement. (p. v)<\/p>\n\n\n\n<p>Nous retrouvons l\u00e0, \u00e0 l\u2019instar de ce que Cormenin expose en 1836 dans son <em>Livre des Orateurs<\/em>, un int\u00e9r\u00eat certain des Bescherelle en faveur de la conversation, et du maniement oral de la langue sur lequel je reviendrai ult\u00e9rieurement car l\u2019apprentissage des r\u00e8gles et l\u2019int\u00e9riorisation de la soumission \u00e0 des normes prescriptives d\u2019expression, deviennent les moyens permettant de s\u2019\u00e9lever dans la soci\u00e9t\u00e9 et de justifier son statut de Fran\u00e7ais. La langue et ses usages deviennent des marqueurs identitaires. Alt\u00e9rant en cela l\u2019aphorisme de Buffon \u00ab&nbsp;le style est de l\u2019homme m\u00eame&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn9\" id=\"_ftnref9\">[9]<\/a>, le XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle grammatical de Bescherelle fait de cette ma\u00eetrise du code langagier l\u2019op\u00e9rateur de constitution de classes sociales hi\u00e9rarchis\u00e9es incorporant des modalit\u00e9s de passage des niveaux inf\u00e9rieurs vers le sup\u00e9rieur. Le r\u00e9servoir litt\u00e9raire des grammairiens fournit des exemples d\u2019emploi appel\u00e9s \u00e0 devenir des mod\u00e8les d\u2019usage. Ainsi, dans un joyeux m\u00e9lange, le corpus illustratif des fr\u00e8res Bescherelle se partage assez \u00e9quitablement entre les t\u00e9moignages des litt\u00e9rateurs &#8212; prose et po\u00e9sie versifi\u00e9e confondues &#8212; et ceux de leurs pr\u00e9d\u00e9cesseurs grammairiens. Voisinent ainsi dans une m\u00eame page les t\u00e9moignages de Domergue, J.-J. Rousseau, Bernardin de Saint-Pierre, Buffon et Voltaire [p. 259] ; ou Delille, Michaud, Boileau, J.-J. Rousseau, Collin d&#8217;Harleville, Thomas Corneille, Chateaubriand, Marmontel, Campistron, Racine, De Wailly, et Girault-Duvivier [p. 565].<\/p>\n\n\n\n<p>En voulant r\u00e9diger dans cet ouvrage une grammaire refl\u00e9tant le g\u00e9nie de la langue fran\u00e7aise \u00e0 travers la pratique des plus grands \u00e9crivains classiques et de quelques inoffensifs romantiques, les Bescherelle tiennent finalement un discours moralisateur sur la norme grammaticale, et en exposant les lois de l&#8217;usage orthographique, morphosyntaxique et lexical, ils poursuivent finalement la t\u00e2che \u00e9dificatrice de Girault-Duvivier et de sa <em>Grammaire des Grammaires<\/em> [1811]. Ils donnent de la langue une repr\u00e9sentation ordonn\u00e9e et revendiquent d&#8217;exercer un magist\u00e8re esth\u00e9tique et social dont ils comptent bien retirer les b\u00e9n\u00e9fices&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><em><strong>16<\/strong><\/em><em>\u00b0 Aujourd&#8217;hui que l&#8217;on commence \u00e0 rougir tout \u00e0 la fois des \u00e9carts de la pens\u00e9e et des erreurs du style; que les livres qu&#8217;enfantait l&#8217;esprit d\u00e9r\u00e9gl\u00e9 de quelques \u00e9crivains ont pass\u00e9 de mode; qu&#8217;on en est revenu \u00e0 la nature, \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9, au bon go\u00fbt, cet ouvrage, destin\u00e9 \u00e0 ramener la langue dans les limites raisonnables que nos grands \u00e9crivains ont su respecter sans rien perdre de leur essor et de leurs prodigieux avantages, ne peut manquer d&#8217;obtenir les suffrages universels, et il restera, nous en avons l&#8217;espoir, comme le monument le plus imposant qu&#8217;on ait jamais \u00e9lev\u00e9 \u00e0 la gloire de notre langue<\/em><em>&#8221; <\/em>[p. viii].<\/p>\n\n\n\n<p>Il serait toutefois erron\u00e9 de limiter notre attention \u00e0 la seule <em>Grammaire nationale<\/em>, car, comme on l\u2019a not\u00e9, le projet des Bescherelle exc\u00e8de par ses ambitions le simple cadre d\u2019une grammaire et s\u2019assigne un objectif plus g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>II-3\u00b0<\/strong> Envisageons maintenant le cas de Napol\u00e9on Landais, n\u00e9 \u00e0 Paris en 1803 et mort en 1852, folliculaire connu en litt\u00e9rature sous le pseudonyme d&#8217;<em>Eug\u00e8ne de Massy<\/em>. Recueillant peu de succ\u00e8s comme \u00e9crivain, Landais se lan\u00e7a vite dans l&#8217;entreprise grammaticale et lexicographique. Devenu l&#8217;auteur attitr\u00e9 de l&#8217;\u00e9diteur Didier, il entreprit alors une vaste s\u00e9rie de compilations qui suscit\u00e8rent rapidement l&#8217;irritation des premiers philologues fran\u00e7ais, Gabriel Peignot, Paulin Paris, Francisque Michel, entre autres, quoique ces ouvrages fussent parfaitement repr\u00e9sentatifs d&#8217;une tendance de la vulgarisation linguistique de l&#8217;\u00e9poque bas\u00e9e sur la compilation cumulative et le recul de l&#8217;esprit critique.<\/p>\n\n\n\n<p>L&#8217;ouvrage qui me retient ici b\u00e9n\u00e9ficie d&#8217;une histoire \u00e9ditoriale int\u00e9ressante. En effet, en 1835, \u00e0 Paris, au Bureau Central (in-4\u00b0, 636 p.) para\u00eet sous le titre de : <em>Grammaire de Napol\u00e9on Landais, R\u00e9sum\u00e9 G\u00e9n\u00e9ral de toutes les grammaires fran\u00e7aises<\/em>, un ouvrage imprim\u00e9 d\u00e8s 1834. Et l&#8217;on voit l\u00e0 un volume qui manifestement, et sans vergogne, a l&#8217;ambition de concurrencer la grammaire de Girault-Duvivier. Mais, d\u00e8s 1839 et la seconde \u00e9dition, le titre se modifie et devient : <em>Grammaire G\u00e9n\u00e9rale des Grammaires Fran\u00e7aises<\/em> <em>pr\u00e9sentant la solution analytique, raisonn\u00e9e et logique de toutes les questions grammaticales anciennes et modernes<\/em>, par Napol\u00e9on Landais. Notons au passage que 1839-40 marque le terme des publications du <em>Journal de la Langue Fran\u00e7aise et des Langues en G\u00e9n\u00e9ral<\/em>. A la suite du rapport de Jean-L\u00e9on Dessalles, <em>l&#8217;Institut des Langues<\/em> se transforme en effet, le 21 d\u00e9cembre 1839, en <em>Soci\u00e9t\u00e9 de Linguistique, dont les s<\/em>tatuts et membres sont alors v\u00e9rifi\u00e9s ; Ackermann devient membre correspondant \u00e0 Berlin ; Otterburg, Taranne et Terzuolo, l&#8217;imprimeur et l&#8217;\u00e9diteur commercial, ainsi que Pierquin de Gembloux s&#8217;adjoignent aux membres pr\u00e9c\u00e9dents de l&#8217;<em>Institut<\/em>. De Napol\u00e9on Landais, nulle trace bien s\u00fbr. Ses int\u00e9r\u00eats ne vont pas jusqu&#8217;\u00e0 interroger les rapports que la langue entretient avec son contexte. <em>Politique<\/em> : Qu&#8217;est-ce qui constitue la langue fran\u00e7aise ? <em>Philosophique<\/em> : Quels sont les rapports de la langue et de la pens\u00e9e ? <em>Anthropologique<\/em> : Qu&#8217;est-ce qu&#8217;une langue peut nous apprendre sur ceux qui la pratiquent ? <em>Historique<\/em> : D&#8217;o\u00f9 provient le fran\u00e7ais ? <em>Philologique<\/em> : Que r\u00e9v\u00e8lent de la langue les textes anciens ? On comprend vite que ce moment foisonnant cr\u00e9e une v\u00e9ritable c\u00e9sure dans le paysage de l&#8217;\u00e9tude des langues : d&#8217;un c\u00f4t\u00e9 des grammatistes compilateurs, lointains successeurs des remarqueurs du XVII<sup>e<\/sup> et du d\u00e9but du XVIII<sup>e <\/sup>si\u00e8cle, de l&#8217;autre des philologues int\u00e9ress\u00e9s par des recherches th\u00e9oriques allant au-del\u00e0 des fronti\u00e8res du fran\u00e7ais et \u2014 plus largement \u2014 des grandes langues romanes.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais revenons \u00e0 la modification de l&#8217;intitul\u00e9 de la grammaire de Landais. L&#8217;\u00e9pith\u00e8te <em>g\u00e9n\u00e9rale<\/em> s&#8217;y trouve en effet prise non sans ambigu\u00eft\u00e9 voulue, dans une double acception : au sens moderne et banal de \u00ab&nbsp;qui se rapporte \u00e0 la totalit\u00e9 des cas&nbsp;\u00bb, mais aussi au sens plus scientifique que l&#8217;on trouve dans la locution \u00ab&nbsp;grammaire g\u00e9n\u00e9rale&nbsp;\u00bb, grammaire consid\u00e9r\u00e9e dans sa plus large extension. Et bien s\u00fbr, en 1834, alors que pr\u00e9cis\u00e9ment la grammaire g\u00e9n\u00e9rale est en train d&#8217;\u00e9prouver les derniers soubresauts de son existence, cette interpolation ambigu\u00eb de l&#8217;adjectif fait signe et sens autant pour le lecteur simplement d\u00e9sireux de trouver une grammaire pratique, propre \u00e0 r\u00e9soudre tous les cas de conscience qui peuvent se pr\u00e9senter, que pour le lecteur plus sp\u00e9cialis\u00e9 qui voudrait s&#8217;\u00e9lever jusqu&#8217;aux sommets de ce que Bernard Jullien, quelques ann\u00e9es plus tard, nommera \u00ab&nbsp;haute grammaire&nbsp;\u00bb. De l&#8217;int\u00e9r\u00eat publicitaire d&#8217;un titre bien choisi&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Mais que se cache-t-il derri\u00e8re celui-ci ? Une simple travers\u00e9e en diagonale de ce beau volume, car la reliure en \u00e9tait soign\u00e9e, montre que nous avons \u00e0 faire \u00e0 une banale grammaire prescriptive, incluant des r\u00e8gles de style et un abr\u00e9g\u00e9 de rh\u00e9torique, pr\u00e9tendant fonder en raison les r\u00e8gles et le sens de l&#8217;usage :<\/p>\n\n\n\n<p><strong>17\u00b0 <\/strong>Nous sommes convaincus que <em>le purisme est la superstition des Grammaires <\/em>; c&#8217;est donc toujours la raison, et la raison motiv\u00e9e, qui, d\u00e9veloppant les r\u00e8gles, et les \u00e9purant au creuset de l&#8217;analyse, doit consacrer et r\u00e9former l&#8217;<em>usage<\/em>, lorsque l&#8217;<em>usage<\/em> s&#8217;est \u00e9gar\u00e9 [p.9].<\/p>\n\n\n\n<p>L&#8217;argumentation, facile au demeurant, a de quoi tenter le lecteur qui h\u00e9siterait entre les deux sens de l&#8217;adjectif \u00ab&nbsp;g\u00e9n\u00e9rale&nbsp;\u00bb puisqu&#8217;en d\u00e9criant le purisme et en louangeant la raison, le discours de Landais tient l&#8217;\u00e9quilibre entre l&#8217;aveu d&#8217;un ouvrage qui ne serait gu\u00e8re que la d\u00e9marque de la <em>Grammaire des Grammaires<\/em>, et l&#8217;ambition de fournir une grammaire rationnelle, qui assurerait la continuit\u00e9 de Port-Royal par-del\u00e0 l&#8217;Id\u00e9ologie :<\/p>\n\n\n\n<p><strong>18\u00b0<\/strong> La <em>Grammaire<\/em>, qui a pour objet <em>l&#8217;\u00e9nonciation de la pens\u00e9e<\/em> par le secours de la <em>parole prononc\u00e9e<\/em> ou <em>\u00e9crite<\/em>, admet deux sortes de principes. Les uns sont d&#8217;une v\u00e9rit\u00e9 immuable et d&#8217;un usage universel : ils tiennent \u00e0 la nature de la pens\u00e9e m\u00eame ; ils en suivent l&#8217;analyse ; ils n&#8217;en sont que le r\u00e9sultat ; les autres n&#8217;ont qu&#8217;une v\u00e9rit\u00e9 hypoth\u00e9tique, et d\u00e9pendante des conventions fortuites, arbitraires et muables, qui ont donn\u00e9 naissance aux diff\u00e9rents idiomes. Les premiers contiennent la <em>Grammaire g\u00e9n\u00e9rale <\/em>; les autres sont l&#8217;objet des diverses <em>Grammaires particuli\u00e8res<\/em>. (<em>Notions de Grammaire g\u00e9n\u00e9rale,<\/em> p. 11a)<\/p>\n\n\n\n<p>A l&#8217;heure o\u00f9 les fr\u00e8res Bescherelle publient leur <em>Grammaire nationale<\/em>, int\u00e9r\u00eats politique, philologique et esth\u00e9tique m\u00eal\u00e9s, cette position de Landais pourrait sembler propre \u00e0 r\u00e9concilier les acqu\u00e9reurs potentiels de tous bords !<\/p>\n\n\n\n<p>Mais, en d\u00e9pit d&#8217;une 9e et ultime \u00e9dition, parue en 1865, bien vite un certain discr\u00e9dit entoura l&#8217;\u0153uvre grammaticale de Landais, jug\u00e9e compilatoire, superficielle et souvent erron\u00e9e, notamment dans sa critique \u00e0 l&#8217;\u00e9gard des manuels classiques ou modernes de grammaire, et dans sa compr\u00e9hension du <em>Dictionnaire de l&#8217;Acad\u00e9mie fran\u00e7aise.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Il serait sans doute fastidieux de d\u00e9velopper l&#8217;organisation de ce volume, mais on retiendra le dessein d&#8217;ensemble qui fait passer des signes \u00e9crits et vocaux \u00e0 la syntaxe en passant par d&#8217;innombrables m\u00e9andres rh\u00e9toriques, po\u00e9tiques ou esth\u00e9tiques :<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la <em>Liste alphab\u00e9tique des auteurs et des ouvrages consult\u00e9s pour la grammaire<\/em>, on trouve quantit\u00e9 d&#8217;ouvrages couvrant toute la p\u00e9riode de l&#8217;antiquit\u00e9 (Aristote, Denis d&#8217;Halicarnasse) \u00e0 l&#8217;\u00e9poque contemporaine de Landais (Gattel, Girault-Duvivier, Laveaux, Lemare, Levizac), en passant par les grands noms de la Renaissance (Cauchy, Estienne), de l&#8217;\u00e2ge classique (Bouhours, Restaut, Port-Royal), et des Lumi\u00e8res (Dumarsais, Harris, d&#8217;Alembert, Beauz\u00e9e). Et, d&#8217;apr\u00e8s ces t\u00e9moignages, on pourrait supposer que Landais, peut-\u00eatre int\u00e9ress\u00e9 par les travaux de Gabriel Henry ou de Peignot, que l&#8217;on retrouvera un peu plus loin, prenne en consid\u00e9ration les \u00e9tats successifs du monument que constitue la langue fran\u00e7aise. Mais on sera surtout sensible au fait que figurent dans cette liste bien des r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 une certaine grammaire philosophique (Butet de la Sarthe, Duclos, Sacy), qui, d&#8217;embl\u00e9e, repoussent le souci historique aux marges du projet de Landais.<\/p>\n\n\n\n<p>Plus qu&#8217;un v\u00e9ritable objectif scientifique, Landais poursuit donc une ambition personnelle mercantile, pour laquelle il a recours \u00e0 un \u00e9clectisme de circonstance. Le march\u00e9 de la langue, devenant elle-m\u00eame nationale, sous le r\u00e8gne de Louis-Philippe, appara\u00eet pour Landais comme une tentation&#8230; S&#8217;allier un public d\u00e9sireux de voir la grammaire prescriptive s&#8217;orner des atours de la pens\u00e9e rationnelle contre les tentatives moins ambitieuses des autres concurrents devient un but fondamental. Les variations du titre et l&#8217;\u00e9clectisme mal organis\u00e9 du plan de l&#8217;ouvrage accusent impitoyablement ce d\u00e9voiement de l&#8217;ambition analytique et critique.<\/p>\n\n\n\n<p>En d\u00e9pit de ce gauchissement de la vis\u00e9e strictement linguistique, la <em>Grammaire<\/em> de Landais offre l&#8217;avantage d&#8217;\u00eatre un excellent repr\u00e9sentant des tensions et des tendances qui traversent l&#8217;\u00e9pist\u00e9mologie de la discipline \u00e0 l&#8217;heure o\u00f9 cessent d&#8217;\u00eatre efficaces les grandes grammaires g\u00e9n\u00e9rales de la fin du XVIII<sup>e <\/sup>s., et o\u00f9 la tendance commence \u00e0 \u00eatre celle d&#8217;une description factuelle de la langue \u00e9crite, en conformit\u00e9 avec les usages constat\u00e9s. Entrela <em>Grammaire g\u00e9n\u00e9rale<\/em> de Serreau et Boussi et le <em>Cours de Grammaire<\/em> de Bernard Jullien, la <em>Grammaire<\/em> de Landais est une des premi\u00e8res grammaires \u00e0 int\u00e9grer la &#8220;critique&#8221; des grammaires anciennes de la langue.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>19\u00b0<\/strong> L&#8217;abb\u00e9 Girard fait des noms de nombre une partie distincte du discours : c&#8217;est une erreur, car ces mots sont substantifs ou adjectifs. (p. 476a)<\/p>\n\n\n\n<p>Des contemporains sont nomm\u00e9s sans m\u00e9nagement :<\/p>\n\n\n\n<p><strong>20\u00b0<\/strong> <em>Donnez-moi le pain <\/em>et <em>Donnez-moi du pain<\/em>, ne sont point synonymes ; nos enfants m\u00eame ne s&#8217;y trompent pas. Le pronom <em>en<\/em> ne peut jamais \u00eatre qu&#8217;un <em>d\u00e9terminatif<\/em>, ou un compl\u00e9ment \u00e9loign\u00e9, jamais un compl\u00e9ment direct. Bescher, et \u00e0 son instar Bescherelle, en font un r\u00e9gime direct ; c&#8217;est \u00e0 mon sens une h\u00e9r\u00e9sie grammaticale. Quant \u00e0 moi, je proteste ouvertement contre cette doctrine que MM. Bescherelle et Litais de Gaux professent dans leur <em>Grammaire<\/em> \u00e0 l&#8217;article participes [\u2026] (p. 558a)<\/p>\n\n\n\n<p>Pour appuyer ses principes, Landais s&#8217;appuie sur un ensemble de textes de litt\u00e9rature classique, le plus souvent versifi\u00e9s, soit qu&#8217;ils rel\u00e8vent de la trag\u00e9die (Corneille, Racine), de la com\u00e9die (Moli\u00e8re), de l&#8217;ode (J.-B. Rousseau) ou de la po\u00e9sie religieuse (Louis Racine). Boileau, Voltaire, Bossuet et Massillon figurent aussi en bonne place dans ce floril\u00e8ge. Les illustrations tir\u00e9es de grammairiens font appel \u00e0 : Boinvilliers, Bouhours, Buffier, Chapsal, Estarac, Girault-Duvivier, Laveaux, Lemare, L\u00e9vizac, Marmontel, du Marsais, Olivet, R\u00e9gnier-Desmarais, Sicard et de Wailly. Mais Landais ne s&#8217;interdit pas de faire r\u00e9f\u00e9rence aux oeuvres lexicographiques : Acad\u00e9mie fran\u00e7aise, Boiste, Gattel et M\u00e9nage&#8230; Plus symptomatique est de constater l&#8217;importance des r\u00e9f\u00e9rences faites aux articles du <em>Journal Grammatical, Litt\u00e9raire et Philosophique de la Langue fran\u00e7aise et des langues en g\u00e9n\u00e9ral<\/em>, dont Landais discute souvent les arr\u00eats et les attendus, qui, \u00e0 ses yeux, trahissent souvent un syst\u00e9matisme puriste incompr\u00e9hensible. Il y a l\u00e0 le signe d&#8217;un ind\u00e9niable \u00e9clectisme, si l&#8217;on veut \u00eatre positif, d&#8217;un bricolage conjoncturel, si l&#8217;on veut \u00eatre n\u00e9gatif.<\/p>\n\n\n\n<p>Landais ne se cache donc pas lorsqu&#8217;il compile les grands textes des grammairiens du pass\u00e9, r\u00e9f\u00e9rences n\u00e9cessaires, voire ceux de ses contemporains. Mais Port-Royal et Beauz\u00e9e, ou Condillac et du Marsais ne sont gu\u00e8re pour lui que des noms, dont les travaux n&#8217;ont \u00e9t\u00e9 que rarement compris en profondeur. On peut reprocher \u00e0 Landais son manque d&#8217;esprit critique, mais non l&#8217;\u00e9tendue superficielle de son arri\u00e8re-plan informatif. Il revendique plus particuli\u00e8rement l&#8217;influence des grammairiens de la fin du 18<sup>e<\/sup> s. : L\u00e9vizac, Estarac, qui ont pass\u00e9 \u00e0 la post\u00e9rit\u00e9 pour avoir \u00e9t\u00e9 les tenants de la subsistance d&#8217;un ordre rationnel dans la langue. En eux, Landais trouve la justification de l&#8217;\u00e9pith\u00e8te \u00ab&nbsp;g\u00e9n\u00e9rale&nbsp;\u00bb incluse dans le titre de son ouvrage. Mais en termes d&#8217;influence exerc\u00e9e, il semble que Landais ait \u00e9t\u00e9 assez peu lu par les auteurs litt\u00e9raires contemporains, ou \u00e9tudi\u00e9 et analys\u00e9, r\u00e9f\u00e9renc\u00e9 par les grammairiens, ses contemporains. Labiche, Alexandre Dumas le citent, mais plut\u00f4t pour en rire. Quant \u00e0 Commerson (1802-1879), il note : \u00ab&nbsp;Demandez \u00e0 Napol\u00e9on Landais ce que c&#8217;est que Dieu. Il vous r\u00e9pondra que c&#8217;est une diphtongue&nbsp;\u00bb (<em>Pens\u00e9es d&#8217;un emballeur<\/em>, 1851) &#8230; Probablement, les d\u00e9fauts de rigueur et de clart\u00e9 qui lui ont \u00e9t\u00e9 reproch\u00e9s l&#8217;ont-ils emp\u00each\u00e9 d&#8217;exercer durablement une influence certaine sur le cours du d\u00e9veloppement de la recherche grammaticale.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>3\u00b0 Un imaginaire de la langue et du style.<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Au-del\u00e0 de cette repr\u00e9sentation, au-del\u00e0 m\u00eame de l\u2019illusion de l\u2019existence d\u2019une langue litt\u00e9raire qui serait attest\u00e9e par les exemples d\u2019\u00e9crivains, c\u2019est tout l\u2019horizon de r\u00e9trospection d\u2019un imaginaire de la langue qui s\u2019inscrit par-del\u00e0 les exemples dont se pr\u00e9valent les grammairiens. Entre \u00ab&nbsp;rapport du sujet \u00e0 la langue&nbsp;\u00bb et id\u00e9al ou id\u00e9alisation de la langue, comme le rappelait Anne-Marie Gravaud-Houdebine, cet imaginaire linguistique permet de reconstituer les valeurs \u00e9thiques et esth\u00e9tiques du Style promu, dans la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, au rang de configurateur id\u00e9ologique d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 norm\u00e9e. A cet \u00e9gard, il ne saurait y avoir plus r\u00e9v\u00e9lateur que ce que montre la question g\u00e9n\u00e9rale du genre des substantifs. Je me situe l\u00e0, en quelque sorte, au niveau proprement s\u00e9miologique du style.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, pour Bescherelle, la distinction du masculin et du f\u00e9minin est d\u2019ordre naturel&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><strong>21\u00b0<\/strong> Les \u00eatres anim\u00e9s se divisent en deux grandes classes&nbsp;: les \u00eatres <em>m\u00e2les<\/em> et les \u00eatres <em>femelles<\/em>. Cette diff\u00e9rence entre les m\u00e2les et les femelles s\u2019appelle <em>sexe<\/em> dans les \u00eatres et <em>genre<\/em> dans les noms destin\u00e9s \u00e0 en rappeler l\u2019id\u00e9e. Ainsi, de m\u00eame qu\u2019il y a deux sexes parmi les \u00eatres anim\u00e9s, il doit y avoir deux genres parmi les noms, le genre <em>masculin<\/em> et le genre <em>f\u00e9minin<\/em>. &nbsp;[\u2026] Nous pouvons donc \u00e9tablir cette r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, relativement aux noms d\u2019\u00eatre anim\u00e9s&nbsp;: 1\u00b0 tout nom qui d\u00e9signe un homme ou bien un m\u00e2le chez les animaux est masculin&nbsp;: <em>Alexandre, lion, tigre<\/em>, etc. 2&nbsp;: Tout nom d\u00e9signant une femme ou bien une femelle chez les animaux, est f\u00e9minin&nbsp;: <em>Alexandrine, lionne, tigresse<\/em>, etc. Ainsi se d\u00e9termine, d\u2019une mani\u00e8re tr\u00e8s naturelle, le genre, dans les noms qui d\u00e9signent les \u00eatres anim\u00e9s. La nature que nous avions prise pour guide, n\u2019a donc point tromp\u00e9 notre confiance&nbsp;; elle seule nous a dict\u00e9 ces r\u00e8gles simples et les a sanctionn\u00e9es. [[\u2026] La distinction des noms en deux genres, l\u2019un <em>masculin<\/em>, l\u2019autre <em>f\u00e9minin<\/em>, conform\u00e9ment aux deux sexes, fut donc prise dans la nature. [\u2026] Il e\u00fbt \u00e9t\u00e9 absurde de d\u00e9signer tous les \u00eatres anim\u00e9s, quoique de sexe diff\u00e9rent, par le m\u00eame nom sans distinction de sexe, parce que le langage n\u2019aurait jamais \u00e9t\u00e9 d\u2019accord avec le fait et parce qu\u2019on aurait toujours \u00e9t\u00e9 embarrass\u00e9 de savoir duquel des deux \u00eatres on parlait, tandis qu\u2019on e\u00fbt mis aucune diff\u00e9rence entre leur nom commun. [p. 35]<\/p>\n\n\n\n<p>Passons sur la logique du raisonnement et les implications d\u2019une telle conception du genre grammatical. Se pose n\u00e9anmoins la question de la justification des genres \u00ab&nbsp;dans les noms qui ne peuvent se modifier sous le rapport du genre.&nbsp;\u00bb (p. 36), r\u00e9solue de la m\u00eame mani\u00e8re par un recours \u00e0 l\u2019empirie du quotidien et \u00e0 la <em>Grammaire g\u00e9n\u00e9rale<\/em> d\u2019Auguste-Fran\u00e7ois Estarac<a href=\"#_ftn10\" id=\"_ftnref10\">[10]<\/a> :<\/p>\n\n\n\n<p><strong>22\u00b0<\/strong> Les m\u00e2les, les femelles, les petits des esp\u00e8ces d\u2019animaux qui contribuent le plus ou \u00e0 l\u2019utilit\u00e9 ou \u00e0 l\u2019agr\u00e9ment de l\u2019homme, sont distingu\u00e9s par des noms diff\u00e9rents&nbsp;; au lieu que dans les esp\u00e8ces les moins rapproch\u00e9es de l\u2019homme, et moins utiles, ou \u00e0 ses plaisirs, ou \u00e0 ses besoins, le m\u00e2le et la femelle sont d\u00e9sign\u00e9s par un seul et m\u00eame substantif, tant\u00f4t masculin, tant\u00f4t f\u00e9minin, sans \u00e9gard au sexe de l\u2019individu qu\u2019on veut nommer, et que, pour d\u00e9signer les petits, il faut employer une p\u00e9riphrase. [p. 37]<\/p>\n\n\n\n<p>Les choses se corsent toutefois lorsqu\u2019il faut expliquer, dans le cadre de la syntaxe des substantifs (p. 60), que certains noms, anim\u00e9s aussi bien que non anim\u00e9s, peuvent conna\u00eetre les deux genres en fonction des conditions de leur emploi. C\u2019est ici que le param\u00e8tre du style, tout au moins d\u2019une certaine conception du style, intervient pleinement puisque, de l\u2019opposition m\u00e2le \/ femelle \u00e0 celle de masculin \/ f\u00e9minin, les auteurs n\u2019h\u00e9sitent pas \u00e0 d\u00e9river l\u2019opposition d\u2019une masculinit\u00e9, qui \u00ab&nbsp;annonce toujours une id\u00e9e grande et noble&nbsp;\u00bb (p. 93) \u00e0 une f\u00e9minit\u00e9, qui \u00ab&nbsp;s\u2019harmonise avec une id\u00e9e gracieuse et touchante&nbsp;\u00bb (p. 81) quand elle n\u2019est pas tout simplement frapp\u00e9e du sceau d\u2019une ironie (p. 93) d\u00e9pr\u00e9ciative lorsqu\u2019elle s\u2019applique \u00e0 des noms tels que&nbsp;: auteur \/ <em>autrice<\/em>, amateur \/ <em>amatrice<\/em>, docteur \/ <em>doctoresse<\/em>, graveur \/ <em>graveuse<\/em>, maire \/ <em>mairesse<\/em>, ma\u00eetre \/ <em>ma\u00eetresse<\/em>, professeur \/ <em>professeresse<\/em>, philosophe \/ <em>philosophesse<\/em>, po\u00e8te \/ <em>po\u00e9tesse<\/em>. Et Bescherelle de conclure&nbsp;: \u00ab&nbsp;l\u2019ironie est f\u00e9minine parce que le masculin est toujours noble dans son emploi&nbsp;\u00bb (p. 93).<\/p>\n\n\n\n<p>Ce sont les m\u00eames remarques et r\u00e9f\u00e9rences faites au sens que l\u2019on trouvait d\u00e9j\u00e0 chez Girault-Duvivier (pp. 94-142) et que l\u2019on trouve toujours dans Napol\u00e9on Landais (pp. 233a-252a), qui au sujet de la liste pr\u00e9c\u00e9dente, ajoute&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><strong>23\u00b0<\/strong> Cette r\u00e8gle d\u2019usage vient de ce que ces mots ne d\u00e9peignent que des professions d\u2019hommes auxquelles il est rare que des femmes se livrent. Quand on veut appliquer aux femmes quelques-unes de ces qualifications, il est \u00e0 propos d\u2019indiquer bien pr\u00e9cis\u00e9ment que c\u2019est d\u2019une femme que l\u2019on parle, soit en employant le mot m\u00eame de <em>femme<\/em>, soit en le d\u00e9signant part quelque autre titre ou qualit\u00e9 analogue. Ainsi l\u2019on doit dire&nbsp;: <em>une femme auteur<\/em>, ou <em>mademoiselle une telle artiste, une dame po\u00e8te<\/em>, etc. [p. 249]<\/p>\n\n\n\n<p>Ce sont l\u00e0 des consid\u00e9rations qui, sous ce point de vue, donnent du corps aux analyses de Marielle Mac\u00e9 pour qui le terme de <em>style<\/em> subsume toute une critique de nos formes de vie, r\u00e9gul\u00e9es \u2014 comme on le sait \u2014 par l\u2019ordonnance du langage en ce que celui nous dit de nos formes d\u2019existence et d\u2019individuation bien en-de\u00e7\u00e0 de la langue elle-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque nous parvenons \u00e0 saisir celle-ci, au niveau formel et grammatical du style, nous pouvons noter chez nos grammairiens une identique pr\u00e9gnance de crit\u00e8res fond\u00e9s sur des appr\u00e9ciations esth\u00e9tiques difficilement justifiables d\u2019un point de vue strictement linguistique. Quelques exemples suffiront ici \u00e0 illustrer ces paralogismes.<\/p>\n\n\n\n<p>Prenons chez Girault-Duvivier le cas du participe pr\u00e9sent et de l\u2019adjectif verbal, et voyons quelles sont les justifications&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><strong>24\u00b0<\/strong> Le <em>Participe<\/em> devenu <em>Adjectif verbal<\/em> ne peut jamais prendre de r\u00e9gime direct, et ne re\u00e7oit que le r\u00e9gime indirect. Ainsi, quoique du participe <em>aimant<\/em> nous ayons fait l\u2019Adjectif verbal <em>aimant<\/em>, <em>aimante<\/em>, on ne dit pas cette femme <em>aimante<\/em> un tel homme&nbsp;; mais on dira tr\u00e8s bien une main <em>d\u00e9gouttante<\/em> de sang. <em>D\u00e9gouttant, d\u00e9gouttante<\/em> est l\u00e0 un <em>Adjectif verbal<\/em> qui comporte le r\u00e9gime indirect. La raison de cette diff\u00e9rence c\u2019est que, quand le <em>Participe<\/em> devient <em>Adjectif verbal, il n\u2019exprime plus une action, mais une habitude morale <\/em>ou <em>un \u00e9tat de choses<\/em>. C\u2019est l\u00e0 le caract\u00e8re de l\u2019adjectif\u2026. [p. 799]<\/p>\n\n\n\n<p>De m\u00eame dans ses <em>Remarques d\u00e9tach\u00e9es sur un grand nombre de mots et l\u2019emploi vicieux de certaines locutions<\/em>, Girault-Duvivier ne fait pas myst\u00e8re du chevauchement de la po\u00e9tique sur la grammaire&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><strong>25\u00b0<\/strong> Apprivoiser. Ce verbe, appliqu\u00e9 aux personnes ou aux animaux, est du style familier&nbsp;; il acquiert de la noblesse lorsqu\u2019il est joint \u00e0 un nom de choses&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>Il s\u2019\u00e9loigne et reprend sa morne r\u00eaverie&nbsp;;<\/p>\n\n\n\n<p>Mais la chanson du p\u00e2tre assis dans la prairie<\/p>\n\n\n\n<p>Apprivoisa du moins sa farouche douleur.<\/p>\n\n\n\n<p>La Harpe, <em>\u00c9p\u00eetre<\/em> \u00e0 M. le comte de Schowaloff. (p. 26]<\/p>\n\n\n\n<p>Nous sommes l\u00e0 tout-\u00e0-fait dans la m\u00eame optique et la m\u00eame esth\u00e9tique que celle pratiqu\u00e9e encore en 1822 par L. J. M. Carpentier et son <em>Gradus po\u00e9tique fran\u00e7ois<\/em><a id=\"_ftnref11\" href=\"#_ftn11\">[11]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Voyons maintenant comment l\u00e9gif\u00e8rent les Bescherelle. Prenons un exemple parmi d\u2019autres&nbsp;: celui du nombre des substantifs apr\u00e8s <em>De<\/em>\u2026 <em>En<\/em>\u2026. (N\u00b0 LXIII). La r\u00e8gle veut que le compl\u00e9ment de nom demeure au singulier&nbsp;: \u00ab&nbsp;L\u2019homme flotte de sentiment en sentiment, de pens\u00e9e en pens\u00e9e&nbsp;\u00bb (Ch\u00e2teaubriand). Mais les Bescherelle observent que le compl\u00e9ment de nom peut aussi, dans ces tournures, \u00eatre au pluriel avec un effet de sens diff\u00e9rent. Contre l\u2019avis des grammairiens qui n\u2019acceptent que le singulier, et reprenant l\u2019avis formul\u00e9 par Jules Dessiaux<a href=\"#_ftn12\" id=\"_ftnref12\">[12]<\/a>, ils d\u00e9clarent&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><strong>26\u00b0<\/strong> Nous avons d\u00e9j\u00e0 eu l\u2019occasion d\u2019attaquer cet absolutisme aveugle qui ne tend \u00e0 rien moins qu\u2019\u00e0 mettre des entraves \u00e0 la pens\u00e9e et \u00e0 la circonscrire dans d\u2019\u00e9troites limites. Notre opinion est donc que l\u2019on peut dire, selon l\u2019id\u00e9e que l\u2019on veut exprimer,<em> de montagne en montagne<\/em>, ou <em>de<\/em> <em>montagne en montagnes<\/em>&nbsp;; <em>de branche en branche<\/em>, ou <em>de branche en branches<\/em>. En faisant usage du singulier, on veut indiquer qu\u2019on passe d\u2019une chose \u00e0 une autre, d\u2019une <em>montagne<\/em> \u00e0 une autre <em>montagne<\/em>, d\u2019une <em>branche<\/em> \u00e0 une autre <em>branche<\/em>. Mais lorsqu\u2019on emploie le pluriel, l\u2019esprit, au lieu d\u2019envisager les objets isol\u00e9ment, et, pour ainsi dire, un \u00e0 un, les consid\u00e8re par groupes, par masses&nbsp;: <em>Napol\u00e9on marchait de victoires en victoires<\/em>&nbsp;; le pluriel r\u00e9veille ici une id\u00e9e pr\u00e9cise de quantit\u00e9, une multitude de <em>victoires<\/em> auxquelles en succ\u00e9daient bient\u00f4t une foule d\u2019autres. <em>De victoire en victoire <\/em>n\u2019offrirait plus le m\u00eame sens, et r\u00e9tr\u00e9cirait singuli\u00e8rement la pens\u00e9e\u2026 Il est temps de le reconna\u00eetre, les grammairiens, par leurs froides analyses et la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 plus que g\u00e9om\u00e9trique de leurs th\u00e9ories, n\u2019ont jamais assez tenu compte des nuances du sentiment et de la pens\u00e9e, ni des rapides \u00e9lans du g\u00e9nie. Qu\u2019y a-t-il d\u2019\u00e9tonnant qu\u2019ils aient regard\u00e9 comme barbares des tournures hardies, des inversions, des ellipses, des syllepses qui d\u00e9routaient la faible marche de leurs id\u00e9es et la lenteur de leurs conceptions. [\u2026] \u00c9tudiants&nbsp;! et vous tous que nous volons initier \u00e0 la langue des Voltaire et des Racine, laissez les grammairiens se disputer entre eux&nbsp;; laissez-les inventer des r\u00e8gles que d\u00e9savouent l\u2019usage et le bon sens, et marchez hardiment, avec nous, sur les traces des grands \u00e9crivains qui sont en tout nos meilleurs guides. [p. 142-43]<\/p>\n\n\n\n<p>Il s\u2019agit naturellement l\u00e0 d\u2019\u00ab&nbsp;opinion&nbsp;\u00bb, de \u00ab&nbsp;nuances de pens\u00e9e&nbsp;\u00bb, de \u00ab&nbsp;g\u00e9nie&nbsp;\u00bb, toutes autoris\u00e9es par une casuistique rh\u00e9torique dont sont g\u00e9n\u00e9ralement friands tous les grammairiens. Mais ce sont l\u00e0 des notions qui montrent le basculement stylistique de la grammaire ou sa subversion par des imp\u00e9ratifs de repr\u00e9sentation du monde qui font bien du style une mani\u00e8re d\u2019appr\u00e9hender la vie au-del\u00e0 des discours. Ce n\u2019est pas pour rien que la l\u00e9gende napol\u00e9onienne est mise ici \u00e0 contribution, pour la part de grandeur et de gloire qu\u2019elle emporte avec elle, susceptible de ranimer les enthousiasmes de la jeunesse \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 la monarchie orl\u00e9aniste ne vise qu\u2019au confort bourgeois des id\u00e9es re\u00e7ues.<\/p>\n\n\n\n<p>Prenons maintenant un exemple chez Landais&nbsp;; en l\u2019occurrence celui de l\u2019opposition de la syntaxe naturelle et de la syntaxe figur\u00e9e, vaste probl\u00e8me d\u00e9j\u00e0 largement trait\u00e9 tout au long du XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle et au d\u00e9but du XIX<sup>e<\/sup>. En r\u00e9affirmant le primat de la clart\u00e9 et de la logique, l\u2019argumentation de Landais reprend les grands principes de l\u2019id\u00e9ologie et de la grammaire g\u00e9n\u00e9rale, mais elle les fait d\u00e9river <em>in petto<\/em> vers les consid\u00e9rations d\u2019un style encore r\u00e9gi par la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019\u00eatre classiquement conforme \u00e0 une certaine \u00e9thique de la v\u00e9rit\u00e9 et une non moins certaine esth\u00e9tique de la clart\u00e9&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><strong>27<\/strong>\u00b0 La <em>syntaxe<\/em> est <em>naturelle<\/em> ou <em>figur\u00e9e<\/em>. Lorsqu\u2019on veut communiquer aux autres sa pens\u00e9e, on est oblig\u00e9 de la d\u00e9composer, de l\u2019analyser, d\u2019\u00e9taler, pour ainsi dire, les unes apr\u00e8s les autres, toutes les id\u00e9es qui la composent, et de pr\u00e9senter chacune de ces id\u00e9es sous l\u2019expression qui lui convient. Or la <em>syntaxe naturelle<\/em> exige que la phrase d\u00e9roule les mots qui concourent \u00e0 sa contexture dans le m\u00eame ordre et sous les m\u00eames rapports que les id\u00e9es se pr\u00e9sentent \u00e0 l\u2019esprit, lorsque celui-ci analyse sa pens\u00e9e pour la tracer sur le papier, ou pour la transmettre par l\u2019organe de la voix. La <em>syntaxe figur\u00e9e<\/em>, au contraire, permet de d\u00e9roger \u00e0 cet ordre s\u00e9v\u00e8re, pour donner \u00e0 la phrase une construction plus \u00e9l\u00e9gante. La vivacit\u00e9 de l\u2019imagination, l\u2019impatience de l\u2019esprit, le d\u00e9sordre du c\u0153ur, l\u2019int\u00e9r\u00eat de l\u2019expression, l\u2019harmonie, le nombre, la pr\u00e9cision, et., d\u00e9terminent souvent et n\u00e9cessitent m\u00eame cette infraction aux lois de la syntaxe naturelle. Il est mille circonstances o\u00f9 l\u2019exactitude scrupuleuse, que prescrit celle-ci, serait d\u00e9sagr\u00e9able, produirait un tr\u00e8s-mauvais effet. Mais, comme l\u2019expression doit toujours \u00eatre une image claire et vraie de la pens\u00e9e, on doit \u00e9viter avec soin toute construction, quelque \u00e9l\u00e9gante qu\u2019elle p\u00fbt \u00eatre, qui en ferait une image fausse ou myst\u00e9rieuse&nbsp;: la clart\u00e9 et la v\u00e9rit\u00e9 ne doivent jamais \u00eatre sacrifi\u00e9es aux ornements de la <em>syntaxe figur\u00e9e<\/em>. [\u2026] Si les d\u00e9tails dans lesquels nous sommes oblig\u00e9s d\u2019entrer paraissent vains, ou tout au moins minutieux, \u00e0 quelques personnes qui ne savent envisager les choses que superficiellement, nous leur r\u00e9pondrons que <em>l\u2019analyse<\/em> <em>raisonn\u00e9e<\/em> des parties de la phrase est la boussole qui doit guider tous ceux qui veulent \u00eatre conduits par des voies s\u00fbres et \u00e9clair\u00e9e. La parfaite connaissance des parties de la phrase est un flambeau qui r\u00e9pand, non pas seulement des rayons, mais des \u00e9clats de lumi\u00e8re, sur toutes les parties de la syntaxe, et en particulier sur l\u2019arrangement et la disposition des mots, cet objet si important, et d\u2019o\u00f9 naissent la clart\u00e9, l\u2019harmonie, nous avons presque dit les seuls charmes du style. R\u00e9sumons-nous&nbsp;: <em>qui sait parfaitement d\u00e9composer une phrase sait parfaitement sa langue<\/em>. [p. 403<\/p>\n\n\n\n<p>On ne saurait, en l\u2019occurrence, \u00eatre plus explicite : la ma\u00eetrise de la langue est la caution de celle d\u2019un style qui conditionne par l\u2019harmonie et la clart\u00e9 la compr\u00e9hension du sens des \u00e9nonc\u00e9s. Citant encore d\u2019Alembert, une adaptation d\u2019un extrait de son article \u00ab&nbsp;\u00c9locution&nbsp;\u00bb dans la 1<sup>\u00e8re<\/sup> \u00e9dition de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em>, tome 5, p. 523&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><strong>28\u00b0<\/strong> \u00ab&nbsp;La clart\u00e9 consiste \u00e0 se faire entendre sans peine. On y parvient par deux moyens&nbsp;: en mettant chaque id\u00e9e \u00e0 sa place, dans l\u2019ordre naturel, et en exprimant nettement chacune de ces id\u00e9es. Ces id\u00e9es sont exprim\u00e9es nettement et facilement, si l\u2019on a \u00e9vit\u00e9 les termes \u00e9quivoques, les tours ambigus, les phrases trop longues, trop charg\u00e9es d\u2019id\u00e9es incidentes et accessoires \u00e0 l\u2019id\u00e9e principale&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Landais ajoute&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><strong>29\u00b0<\/strong> Celui qui compose s\u2019entend, et par cela seul il croit qu\u2019il sera entendu&nbsp;; mais celui qui lit n\u2019est pas dans la m\u00eame disposition d\u2019esprit&nbsp;; il faut que l\u2019arrangement des mots le force \u00e0 ne pouvoir donner \u00e0 la phrase que le sens qu\u2019a voulu lui faire entendre celui qui a \u00e9crit. Ce qui rend une phrase <em>\u00e9quivoque<\/em>, c\u2019est l\u2019ind\u00e9termination essentielle \u00e0 certains mots employ\u00e9s de mani\u00e8re que l\u2019application naturelle n\u2019en est pas fix\u00e9e avec assez de pr\u00e9cision. Une phrase est <em>louche<\/em>, quant au sens, lorsque les mots qui la composent semblent, au premier coup d\u2019\u0153il, avoir un certain rapport, quoique v\u00e9ritablement ils en aient un autre, de telle fa\u00e7on que les id\u00e9es ne sont ni claires ni intelligibles. [p. 114 b]<\/p>\n\n\n\n<p>Par o\u00f9 l\u2019on voit et l\u2019on comprend que le style ne s\u2019applique pas uniquement aux objets litt\u00e9raires, po\u00e9tiques, dramatiques, romanesques, philosophiques, mais qu\u2019il concerne finalement, et conditionne m\u00eame la plausibilit\u00e9 de toutes les formes d\u2019\u00e9locution.<\/p>\n\n\n\n<p>Sous cet aspect, le style devient un op\u00e9rateur \u00e9thique et esth\u00e9tique ayant pour fonction d\u2019agr\u00e9ger l\u2019individu \u00e0 une communaut\u00e9 sociale historiquement et socialement d\u00e9finie. Pour nous qui sommes loin des structures de la soci\u00e9t\u00e9 du XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, c\u2019est sans doute l\u00e0 une mani\u00e8re paradoxale de redonner du sens au c\u00e9l\u00e8bre aphorisme de Buffon \u00ab&nbsp;Le style est l\u2019homme m\u00eame&nbsp;\u00bb. Mani\u00e8re paradoxale, peut-\u00eatre, mais ind\u00e9niable d\u2019en \u00e9tendre l\u2019application du sens.<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, si la mati\u00e8re \u00e9crite demeure alors par n\u00e9cessit\u00e9 le seul objet sur lequel se porte l\u2019attention des grammairiens, lorsque ceux-ci d\u00e9battent de l\u2019\u00e9locution grammaticale et de l\u2019\u00e9loquence rh\u00e9torique, ils sont contraints d\u2019int\u00e9grer dans leurs ouvrages toutes les formes de discours, de la conversation orale repr\u00e9sent\u00e9e au th\u00e9\u00e2tre jusqu\u2019aux formes \u00e9crites des compositions \u00e9labor\u00e9es dans les autres genres litt\u00e9raires. La litt\u00e9rature et les auteurs leur fournissent l\u00e0 un mat\u00e9riau esth\u00e9tiquement attest\u00e9 et exemplifiant des valeurs \u00e9thiques incontest\u00e9es. Les grammairiens statuent donc sur les discours, et par extension sur une repr\u00e9sentation de la langue, \u00e0 l\u2019aune d\u2019une esth\u00e9tique t\u00e9moignant d\u2019une forme de coh\u00e9sion sociale, laquelle emporte ainsi avec elle toutes les valeurs \u00e9thiques d\u2019une soci\u00e9t\u00e9. C\u2019est l\u00e0 que se constitue un imaginaire de la langue et du style. Et plus particuli\u00e8rement encore \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 la langue se doit d\u2019\u00eatre devenue nationale.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Conclusion&nbsp;<\/strong>:<\/h2>\n\n\n\n<p>Si d\u00e8s 1730, Dumarsais a rappel\u00e9 le caract\u00e8re naturel des figures et soulign\u00e9<\/p>\n\n\n\n<p><strong>30\u00b0<\/strong> \u00ab&nbsp;qu\u2019il se fait plus de figures un jour de march\u00e9 \u00e0 la halle, qu\u2019il ne s\u2019en fait en plusieurs jours d\u2019assembl\u00e9es acad\u00e9miques. Ainsi, bien loin que les figures s\u2019\u00e9loignent du langage ordinaire des homes, ce seroient au contraire les fa\u00e7ons de parler sans figures qui s\u2019en \u00e9loigneroient, s\u2019il \u00e9toit possible de faire un discours o\u00f9 il n\u2019y eut que des expressions non figur\u00e9es&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn13\" id=\"_ftnref13\">[13]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Mettant ainsi l\u2019accent sur la dimension orale de la parole, il n\u2019est pas surprenant que de nombreux auteurs du XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle aient \u00e9galement rappel\u00e9 que la conversation \u00e9tait l\u2019expression sociale d\u2019une forme d\u2019art et qu\u2019elle devait, \u00e0 ce titre, refl\u00e9ter une esth\u00e9tique exprimant les valeurs \u00e9thiques des locuteurs. Rappelons-nous la d\u00e9finition de l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em>&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><strong>31\u00b0<\/strong> Les lois de la conversation sont en g\u00e9n\u00e9ral de ne s\u2019y appesantir sur aucun objet, mais de passer l\u00e9g\u00e8rement, sans effort &amp; sans affectation, d\u2019un sujet \u00e0 un autre&nbsp;; de savoir y parler de choses frivoles comme de choses s\u00e9rieuses&nbsp;; de se souvenir que la conversation est un d\u00e9lassement, &amp; qu\u2019elle n\u2019est ni un assaut de salle d\u2019armes, ni un jeu d\u2019\u00e9checs&nbsp;; de savoir y \u00eatre n\u00e9glig\u00e9, plus que n\u00e9glig\u00e9 m\u00eame, s\u2019il le faut&nbsp;: en un mot de laisser, pour ainsi dire, aller son esprit en libert\u00e9, &amp; comme il veut ou comme il peut.<a href=\"#_ftn14\" id=\"_ftnref14\">[14]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Si, par ailleurs, selon Marc Fumaroli, la conversation est sous l\u2019ancien R\u00e9gime \u00ab&nbsp;un jeu avec des partenaires que l&#8217;on tient pour ses pairs, et dont on n\u2019attend rien d&#8217;autre que de bien jouer&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn15\" id=\"_ftnref15\">[15]<\/a>, il est peu \u00e9tonnant aujourd\u2019hui, pour nous, qu\u2019avec la brutale c\u00e9sure de la R\u00e9volution \u00e9galitaire de tous les droits, l\u2019aphorisme de Buffon ait conduit \u00e0 faire du style le principe r\u00e9gulateur des modes du vivre contemporains tandis que la langue fran\u00e7aise devenait un tr\u00e9sor commun auquel tous, en principe, devaient et pouvaient avoir acc\u00e8s. &nbsp;Ainsi s\u2019est cr\u00e9\u00e9e cette tension permanente entre une conception disons anthropologique et globale du style et sa transformation au cours du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle en une conception psychologique et locale, individuelle au sens de&nbsp;: le style c\u2019est l\u2019homme en tant qu\u2019individu particulier et sp\u00e9cifique. D\u2019o\u00f9 l\u2019id\u00e9e de chercher sa sp\u00e9cificit\u00e9 et son individualit\u00e9 dans les traces verbales de ses discours, la fixation par l\u2019\u00e9crit des mani\u00e8res de sa parole.<\/p>\n\n\n\n<p>Tandis que les t\u00e9moignages de l\u2019\u00e9locution et de l\u2019\u00e9loquence, qualit\u00e9s essentielles de l\u2019art oratoire, subsistaient encore au d\u00e9but du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle sous les formes de la mati\u00e8re litt\u00e9raire \u00e9crite, la lib\u00e9ration de la parole qui a suivi l\u2019\u00e9pisode r\u00e9volutionnaire a, selon Chateaubriand comme Madame de Sta\u00ebl, tu\u00e9 les plaisirs de la conversation<a href=\"#_ftn16\" id=\"_ftnref16\">[16]<\/a>, ce dont Marc Fumaroli rendait compte nagu\u00e8re dans une de ses formules choc&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><strong>32\u00b0<\/strong> La R\u00e9volution sera une revanche ostentatoire de la vertu virile et de l&#8217;\u00e9loquence masculine sur les gr\u00e2ces flexueuses des sopranos et le jacassement des hautes-contre de la conversation des salons de l&#8217;Ancien R\u00e9gime<a href=\"#_ftn17\" id=\"_ftnref17\">[17]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 c\u00f4t\u00e9 de Girault-Duvivier, de Bescherelle et de Landais, il convient d\u00e8s lors de faire entrer en sc\u00e8ne un quatri\u00e8me comparse de notre intrigue, en l\u2019occurrence Jacques-Auguste Raynaud, cousin a\u00een\u00e9 de Maurice de Gu\u00e9rin, professeur au coll\u00e8ge Stanislas, et auteur d\u2019un <em>Manuel du Style en quarante le\u00e7ons<\/em><a href=\"#_ftn18\" id=\"_ftnref18\">[18]<\/a>. Sous un titre trompeur et une table des mati\u00e8res d\u2019apparence inoffensive puisqu\u2019elle reprend les poncifs habituels&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><strong>33\u00b0<\/strong> Qu\u2019est-ce que le Style&nbsp;? De la Langue fran\u00e7aise. Des Qualit\u00e9s du bon \u00c9crivain. Du Go\u00fbt. De l\u2019Imitation. De l\u2019originalit\u00e9 de Style et des Styles individuels. Du Style romantique. Le bon Style et la Perfection et la Politesses des m\u0153urs. De la Conversation. De l\u2019\u00c9loquence moderne<\/p>\n\n\n\n<p>Mais, en int\u00e9grant \u00e0 sa r\u00e9flexion cette dimension de l\u2019orature, ce volume permet de mieux comprendre la finalit\u00e9 subsidiairement, et sans doute involontairement, poursuivie par Bescherelle et Landais. La Pr\u00e9face du <em>Manuel du style en quarante le\u00e7ons<\/em> est tr\u00e8s claire \u00e0 cet \u00e9gard&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><strong>34\u00b0<\/strong> Le style est l\u2019homme, a dit un grand ma\u00eetre en l\u2019art d\u2019\u00e9crire. En effet, le style est comme le moule qui donne la forme et l\u2019empreinte aux id\u00e9es, et qui, les marquant d\u2019un sceau particulier et caract\u00e9ristique, individualise <em>moralement<\/em> ceux <em>qui \u00e9crivent ou qui parlent<\/em>. Cependant cette partie si importante de l\u2019individualit\u00e9 manque de pr\u00e9ceptes pour son perfectionnement, car ni la grammaire, ni la rh\u00e9torique, ne forment le style. L\u2019art dont il s\u2019agit ici est entre la rh\u00e9torique et la grammaire&nbsp;; il n\u2019appartient pas plus \u00e0 l\u2019une qu\u2019\u00e0 l\u2019autre. [\u2026] C\u2019est \u00e0 cause de ce manque de limites pr\u00e9cises que le style flotte au hasard en dehors des pr\u00e9ceptes. [p. 1-2]<\/p>\n\n\n\n<p>Je retiendrai \u00e9videmment ici l\u2019adverbe <em>moralement<\/em>, qui incline la r\u00e9flexion vers la dimension comportementale et \u00e9thique, et la consid\u00e9ration g\u00e9n\u00e9rale qui associe l\u2019\u00e9criture et l\u2019orature. Ce qui am\u00e8ne Raynaud \u00e0 formuler une d\u00e9finition extensive du style&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><strong>35\u00b0<\/strong> Le <em>style<\/em> r\u00e9sulte principalement de la fa\u00e7on de s\u2019\u00e9noncer&nbsp;: en ce sens il est \u00e0 peu pr\u00e8s dans le langage ce qu\u2019on appelle <em>mani\u00e8re<\/em> dans la peinture&nbsp;; or cette fa\u00e7on, ou si l\u2019on veut cette mani\u00e8re de s\u2019\u00e9noncer, qui forme le <em>faire<\/em> particulier \u00e0 chaque \u00e9crivain, doit se ressembler \u00e0 elle-m\u00eame et ressembler \u00e0 son auteur, ou bien elle n\u2019a point de caract\u00e8re d\u00e9cid\u00e9, et, comme on bien de le faire observer, il n\u2019y a point de <em>style<\/em>. Il faut donc d\u00e9finir le <em>style<\/em> une mani\u00e8re caract\u00e9ristique et soutenue d\u2019exprimer ses id\u00e9es <em>par \u00e9crit ou de vive voix<\/em> [p. 13]<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai trait\u00e9 ailleurs des rapports du style \u00e0 la mani\u00e8re. Je n\u2019y reviens donc pas. Mais dans l\u2019ordre des rapports du style \u00e0 la grammaire, et notamment \u00e0 l\u2019\u00e9poque de la Monarchie constitutionnelle de Juillet, cela m\u2019oblige \u00e0 reprendre la question d\u2019un oral que ni Girault-Duvivier, ni Bescherelle, ni Landais n\u2019ont \u00e9videmment pris en consid\u00e9ration tandis que leurs contemporains pr\u00eatent alors toute leur attention \u00ab&nbsp;aux vents de la tribune&nbsp;\u00bb, comme dit Alfred de Vigny, que font souffler les \u00ab&nbsp;acteurs politiques&nbsp;\u00bb. Raynaud rappelle&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><strong>36\u00b0<\/strong> Le style parl\u00e9 est plus usuel, plus quotidien que l\u2019art d\u2019\u00e9crire&nbsp;; c\u2019est celui surtout dont la connaissance est d\u2019une plus urgente n\u00e9cessit\u00e9&nbsp;; c\u2019est celui qui constitue une existence sociale comme l\u2019autre en donne une litt\u00e9raire. Mais il ne faudrait pas croire que le style \u00e9crit et le style parl\u00e9 eussent beaucoup de similitudes et de rapprochements&nbsp;; la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9, l\u2019\u00e9tourderie m\u00eame, et autres qualit\u00e9s qui brillantent la conversation, le d\u00e9faut de liaison, les transitions brusques, le parlage ne peuvent convenir au style litt\u00e9raire. La profondeur, l\u2019\u00e9rudition, qui font le prix de ce dernier, seraient du p\u00e9dantisme dans une soci\u00e9t\u00e9, dans un cercle&nbsp;; enfin, il y a entre ces deux styles la diff\u00e9rence qui s\u00e9pare l\u2019homme de cabinet de l\u2019homme du monde. [p. 417]<\/p>\n\n\n\n<p>R\u00e9sumons donc.<\/p>\n\n\n\n<p>Girault-Duvivier s\u2019assigne comme objectif&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>37\u00b0 Bien convaincu que la religion et la morale sont les bases les plus essentielles de l&#8217;\u00e9ducation ; que les r\u00e8gles les plus abstraites sont mieux entendues lorsqu&#8217;elles sont d\u00e9velopp\u00e9es par des exemples ; et qu&#8217;\u00e0 leur tour les exemples se gravent mieux dans la m\u00e9moire lorsqu&#8217;ils pr\u00e9sentent une pens\u00e9e saillante, un trait d&#8217;esprit ou de sentiment, un axiome de morale, ou une sentence de religion, je me suis attach\u00e9 \u00e0 choisir de pr\u00e9f\u00e9rence ceux qui offrent cet avantage&#8221; [p. VI].<\/p>\n\n\n\n<p>Bescherelle rappelle&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><strong>38\u00b0<\/strong> Dans un \u00e9tat o\u00f9 les places ne sont plus le partage d\u2019un petit nombre de privil\u00e9gi\u00e9s, mais o\u00f9 chaque homme voit s\u2019ouvrir devant lui la carri\u00e8re des emplois, et par cons\u00e9quent peut \u00eatre appel\u00e9 \u00e0 \u00e9lever la voix dans les tribunaux, les assembl\u00e9es politiques ou dans les temples, c\u2019est un devoir pour tous les citoyens de conna\u00eetre leur propre langue et de savoir la parler et l\u2019\u00e9crire correctement. [\u2026] Il faut donc compulser tous les chefs d\u2019\u0153uvre de notre litt\u00e9rature, r\u00e9unir une masse imposante de faits, et n\u2019admettre que ceux qui ont \u00e9t\u00e9 consacr\u00e9s par l\u2019emploi le plus g\u00e9n\u00e9ral. Cet immense travail se complique encore de la difficult\u00e9 de choisir des pens\u00e9es int\u00e9ressantes sous le rapport de la morale, de la religion, de l\u2019histoire, des sciences, des lettres et des arts&nbsp;; car on con\u00e7oit tout ce qu\u2019aurait de fastidieux un amas de ces phrases triviales dont fourmillent nos grammaires. L\u2019\u00e9ducation, d\u2019ailleurs, est ins\u00e9parable de l\u2019enseignement, et il faut autant que possible, \u00e9lever l\u2019\u00e2me et former le jugement. [p. 1-2]<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin Landais revendique&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><strong>39\u00b0<\/strong> C\u2019est en nous attachant \u00e0 faire conna\u00eetre notre belle langue dans ses principes et dans son g\u00e9nie&nbsp;; c\u2019est en nous conformant aux variations que le progr\u00e8s des lumi\u00e8res et le laps du temps ont n\u00e9cessairement introduites, et en ne le faisant jamais sans en montrer la raison et l\u2019esprit&nbsp;; c\u2019est en indiquant les lois ordinairement impos\u00e9es par l\u2019usage&nbsp;; c\u2019est enfin en donnant \u00e0 tous le moyen de parler notre langue comme on la parle dans un monde \u00e9clair\u00e9 et poli, que nous parviendrons \u00e0 prouver qu\u2019elle est et qu\u2019elle doit \u00eatre, par sa perfection, la plus riche de toutes les langues. [\u2026] Quant \u00e0 ce Qui caract\u00e9rise sp\u00e9cialement notre <em>Grammaire<\/em>, nous en aurons dit assez en annon\u00e7ant qu\u2019elle est \u00e0 la fois \u00e9l\u00e9mentaire et transcendante, et qu\u2019il ne s\u2019y m\u00eale aucune esp\u00e8ce de syst\u00e8me. Nous sommes convaincus que <em>le purisme est la superstition des Grammaires&nbsp;;<\/em> c\u2019est donc toujours la raison, et la raison justifi\u00e9e, qui, d\u00e9veloppant les r\u00e8gles, et les \u00e9purant au creuset de l\u2019analyse, doit consacrer et r\u00e9former l\u2019<em>usage<\/em>, lorsque l\u2019<em>usage<\/em> s\u2019est \u00e9gar\u00e9. Ceux qui chercheront dans notre ouvrage une \u00e9tude suivie, trouveront de quoi satisfaire leur go\u00fbt&nbsp;; et ceux qui ne voudront que consulter au besoin, lorsqu\u2019ils auront quelques doutes \u00e0 \u00e9claircir, ou quelques difficult\u00e9s \u00e0 lever, rencontreront chez nous les questions et les solutions qu\u2019aucun trait\u00e9 semblable ne leur a pr\u00e9sent\u00e9es jusqu\u2019\u00e0 ce jour<\/p>\n\n\n\n<p>Laissons alors une derni\u00e8re fois la parole \u00e0 Raynaud&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><strong>40\u00b0<\/strong> Soit que l\u2019on se destine \u00e0 la haute mission d\u2019\u00e9crivain, soit que l\u2019on veuille resserrer son avenir dans le cercle born\u00e9 de la vie&nbsp;; en un mot, que l\u2019on veuille parler ou que l\u2019on veuille \u00e9crire, une des premi\u00e8res conditions, c\u2019est de travailler son style&nbsp;; les faveurs de la nature et de la fortune perdent de leur \u00e9clat si l\u2019on ne sait pas parler, comme lez g\u00e9nie lui-m\u00eame est un inutile pr\u00e9sent du ciel pour l\u2019\u00e9crivain, s\u2019il ignore l\u2019art de le faire valoir par le style. [\u2026] Ainsi, puisque notre existence d\u00e9pend de notre mani\u00e8re de nous montrer, puisque dans ce monde comme dans le rouage d\u2019une m\u00e9canique, nous n\u2019avons de valeur que par rapport aux autre, quel soin ne devons-nous pas apporter aux manifestations de la pens\u00e9e&nbsp;! quelle \u00e9tude ne devons-nous pas faire du style, puisque nous ne serons jug\u00e9s que sur ce que nous dirons, et que l\u2019opinion publique d\u2019ordinaire s\u2019appuie moins sur les faits que sur les paroles, surtout dans les villes populeuses o\u00f9 l\u2019on n\u2019a pas toujours dans la t\u00eate la biographie de gens que l\u2019on voit. Quant aux auteurs, leur vraie physionomie c\u2019est le style&nbsp;; c\u2019est la physionomie qu\u2019ils auront dans la post\u00e9rit\u00e9, s\u2019ils y parviennent. [p. 8]<\/p>\n\n\n\n<p>Et concluons&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 une \u00e9poque o\u00f9 le suffrage censitaire, qui fut assez s\u00e9v\u00e8rement critiqu\u00e9, clivait drastiquement la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise et opposait les d\u00e9tenteurs de fortune et d\u2019instruction \u00e0 ceux qui en \u00e9taient d\u00e9pourvus, en d\u00e9pit de la tentative de Guizot de g\u00e9n\u00e9raliser l\u2019instruction publique (1832-33), il \u00e9tait sans doute n\u00e9cessaire mais aussi tr\u00e8s largement utopique de confier aux grammairiens et aux grammaires le soin d\u2019\u00e9tablir les formes et la substance d\u2019une langue d\u00e9sormais nationale.<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, cette volont\u00e9 de normalisation et de standardisation reposait largement sur un imaginaire de la langue faisant de celle-ci la repr\u00e9sentation d\u2019un id\u00e9al social ductile et s\u2019accommodant des r\u00e8gles et des principes de grammairiens puisant leurs exemples et leurs justifications dans des textes et des auteurs d\u2019un autre \u00e2ge. Des auteurs soumis aux exigences d\u2019un style que le XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle ne pouvait plus reconna\u00eetre apr\u00e8s l\u2019\u00e9pisode r\u00e9volutionnaire et l\u2019\u00e9pop\u00e9e napol\u00e9onienne. Et c\u2019est donc le style, en l\u2019occurrence un style d\u00e9sormais d\u00e9volu \u00e0 l\u2019expression du devoir d\u2019\u00e9noncer son individualit\u00e9, d\u2019affirmer son identit\u00e9 et sa personnalit\u00e9 contre la repr\u00e9sentation fantasm\u00e9e d\u2019un homme universel, qui a jou\u00e9 l\u00e0 son r\u00f4le de trublion des certitudes g\u00e9n\u00e9rales in\u00e9branlables.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors&nbsp;: les grammairiens ont-ils du style&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Nos grammairiens le croyaient en s\u2019appuyant sur les meilleurs exemples d\u2019une litt\u00e9rature insensible \u00e0 l\u2019\u00e9volution de l\u2019histoire, et pr\u00e9sentant des mod\u00e8les \u00e9thiques et esth\u00e9tiques d\u2019actualit\u00e9 p\u00e9renne. Mais, rapport\u00e9 d\u00e9sormais \u00e0 l\u2019expression de l\u2019individuation du sujet de la langue, le style, cet obscur objet de convoitises libidinales soumises aux transformations morales et comportementales aussi bien qu\u2019esth\u00e9siques<a href=\"#_ftn19\" id=\"_ftnref19\">[19]<\/a> de la soci\u00e9t\u00e9, ne pouvait plus que d\u00e9jouer leur intention, ou, si vous pr\u00e9f\u00e9rez, leur illusion. Pour revenir \u00e0 mon point de d\u00e9part et \u00e0 Marielle Mac\u00e9&nbsp;: le style est bien une critique permanente des formes de vie. L\u2019exemple des vell\u00e9it\u00e9s d\u2019instauration d\u2019une langue nationale au tournant de la r\u00e9volution de 1830 l\u2019illustre parfaitement.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Bibliographie :<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p><strong>Berrendonner<\/strong>, Alain, 1982&nbsp;: <em>L\u2019\u00c9ternel grammairien. \u00c9tude du discours normatif<\/em>, Bern und Frankfurt, Peter Lang herausgegeben.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Bescherelle<\/strong>, Louis-Nicolas &amp; H., et <strong>Litais de Gaux<\/strong>,1834&nbsp;: <em>Grammaire nationale ou Grammaire de Voltaire, de Racine, de Bossuet. <\/em>[\u2026] pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e d&#8217;une introd. par M. Philar\u00e8te Chasles, Paris, Bourgeois-Maze, Dubois-Voilquin, Leipsick, Michelsen.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Carpentier<\/strong>, L. J. M, 1822&nbsp;: <em>Gradus po\u00e9tique fran\u00e7ois<\/em>, Paris, A. Johanneau<em>.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>D\u2019Alembert<\/strong>, Jean Le Rond, <strong>Diderot<\/strong>, Denis, Toussaint, Antoine, 1751&nbsp;: L\u2019Encyclop\u00e9die, 1<sup>re<\/sup> \u00e9d., Tome 1, 1751 [s : Page Article <em>Conversation<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dessiaux<\/strong>, Jules, 1832&nbsp;: <em>Examen critique de la Grammaire des grammaires de Girault-Duvivier, avec des suppl\u00e9ments indispensables extraits des meilleures grammaires<\/em>, Paris, Hachette, 1832.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dumarsais<\/strong>, C\u00e9sar Duchesneau, 1730&nbsp;: <em>Trait\u00e9 des Tropes<\/em>, Paris, chez la Veuve de Jean-Baptiste Brocas.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Frei<\/strong>, Henri, 1929&nbsp;: L<em>a grammaire des fautes<\/em> (1929), r\u00e9\u00e9d. Presses universitaires de Rennes, coll. Rivages linguistiques, avec une pr\u00e9face de Freiderikos Valetopoulos, 2011.<a href=\"#_ftn20\" id=\"_ftnref20\">[20]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Fumaroli<\/strong>, Marc, 2010&nbsp;: Trois institutions litt\u00e9raires, Paris, Gallimard, coll.&nbsp;\u00ab&nbsp;folio histoire&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Girault-Duvivier<\/strong>, Charles-Pierre, 1811&nbsp;: Grammaire des grammaires ou analyse raisonn\u00e9e des meilleurs trait\u00e9s sur la grammaire fran\u00e7aise, Paris, Porthmann.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Henry-Lorcerie<\/strong>, Fran\u00e7oise, 1988&nbsp;: \u00ab&nbsp;Rationalit\u00e9 juridique et grammaire classique, in <em>Droit et Soci\u00e9t\u00e9<\/em>, 10\/1988, 6 septembre 2022, \u00e0 l&#8217;adresse : <a href=\"https:\/\/www.persee.fr\/doc\/dreso_0769-3362_1988_num_10_1_1015\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">https:\/\/www.persee.fr\/doc\/dreso_0769-3362_1988_num_10_1_1015<\/a>)<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Houdebine<\/strong>, Anne-Marie, 2015&nbsp;: \u00ab De l\u2019imaginaire linguistique \u00e0 l\u2019imaginaire culturel \u00bb, <em>Linguistique<\/em>, vol. 51, 2015\/1, p. 3-40.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Landais<\/strong>, Napol\u00e9on, 1835&nbsp;: <em>Grammaire G\u00e9n\u00e9rale des Grammaires Fran\u00e7aises pr\u00e9sentant la solution analytique, raisonn\u00e9e et logique de toutes les questions grammaticales anciennes et modernes<\/em>, Paris, Didier Libraire-\u05a7\u00c9diteur.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Levitt<\/strong>, Jesse, 1968&nbsp;: <em>The Grammaire des Grammaires of Girault-Duvivier, A study of Nineteenth-Century French<\/em>, Mouton, The Hague, Paris.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Mercier<\/strong>, Louis-S\u00e9bastien, <em>Mon Dictionnaire, <\/em>1798&nbsp;: <em>N\u00e9ologi<\/em>e o<em>u Vocabulaire de mots nouveaux, \u00e0 renouveler ou pris dans des acceptions nouvelles<\/em>, Paris, chez Moussard &amp; chez Maradan.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Meschonnic<\/strong>, Henri, 1997&nbsp;: <em>De la langue fran\u00e7aise<\/em>, <em>essai sur une clart\u00e9 obscure<\/em>, Hachette.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Pitavy<\/strong>, Jean-Christophe (dir.), 2017&nbsp;: <em>Normes, fictions, pratiques langagi\u00e8res: l&#8217;imaginaire linguistique<\/em>, num\u00e9ro th\u00e9matique de la revue <em>Signe, discours et soci\u00e9t\u00e9<\/em>, n\u00b019, 2017, <a href=\"http:\/\/revue-signes.gsu.edu.tr\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">http:\/\/revue-signes.gsu.edu.tr\/<\/a>. gsu.edu.tr\/?revue=161.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Poujat<\/strong>, Sandrine, 2021&nbsp;: <em>\u00c9crire la Grammaire nationale de Domergue \u00e0 Damourette et Pichon<\/em>, <a href=\"https:\/\/bnf.hypotheses.org\/author\/poujat\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">https:\/\/bnf.hypotheses.org\/author\/poujat<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><strong>No\u00ebl<\/strong>, Fran\u00e7ois &amp; Fran\u00e7ois Marie Joseph Guislain <strong>De Laplace<\/strong>, 1804&nbsp;: <em>Le\u00e7ons fran\u00e7aises de litt\u00e9rature et de morale<\/em>, Paris, Le Normant.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Rastier<\/strong>, Fran\u00e7ois, 2016&nbsp;: \u00ab Apprendre aupr\u00e8s des \u0153uvres : la linguistique \u00e0 l\u2019\u00e9cole de la litt\u00e9rature \u00bb, <em>Litt\u00e9rature <\/em>2016\/1 (N\u00b0 181), p. 82-90.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Saint-Gerand<\/strong>, Jacques-Philippe, 1994&nbsp;: \u00ab Langue, Style et Variation : manuels esth\u00e9tiques et manuels gram-maticaux en France, dans la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XIXe si\u00e8cle \u00bb, in <em>Actes du Colloque du G.E.H.L.F, Langue et Variation<\/em>, Paris 1991, Presses de l\u2019\u00c9cole Normale Sup\u00e9rieure.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Saint-G\u00e9rand<\/strong>, Jacques-Philippe, 2012&nbsp;: \u00ab&nbsp;Girault-Duvivier, Napol\u00e9on Landais, des grammaires sans histoire&nbsp;?&nbsp;\u00bb, <em>Vers une histoire g\u00e9n\u00e9rale de la grammaire fran\u00e7aise. Mat\u00e9riaux et perspectives<\/em>, B. Colombat, J.-M. Fournier et V. Raby \u00e9d., Paris, Honor\u00e9 Champion, p.&nbsp;367-391<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Saint-Gerand<\/strong>, Jacques-Philippe, 2020&nbsp;: \u00ab&nbsp;Les \u00eatres d\u2019un lieu commun ? Conceptions du style de la fin du XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle au d\u00e9but du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle&nbsp;\u00bb in Sophie Jollin-Bertocchi et Serge Linar\u00e8s (dirs), <em>Changer de style. \u00c9critures \u00e9volutives aux XX<sup>e<\/sup> et XXI<sup>e <\/sup>si\u00e8cles<\/em>, Leiden, Boston, Brill-Rodopi, 2020, pp. 13-32.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Saint-Gerand<\/strong>, Jacques-Philippe, 2022&nbsp;: \u00ab&nbsp;Louis-S\u00e9bastien Mercier&nbsp;: un \u00e9nergum\u00e8ne du langage \u00e0 la recherche du sens&nbsp;\u00bb in <em>Lumi\u00e8res, Ombres, Tr\u00e9mulations, Hommage au Professeur Jacques Wagner<\/em>, Paris, Hermann, 2022 pp. 425-454.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Serreau, <\/strong>Jean-Edme et <strong>Boussi<\/strong>, Fran\u00e7ois-Narcisse, 1829&nbsp;: <em>La Grammaire ramen\u00e9e \u00e0 ses principes naturels, ou trait\u00e9 de grammaire g\u00e9n\u00e9rale appliqu\u00e9e \u00e0 la langue fran\u00e7aise<\/em>, Paris, Dauthereau, Libraire, p. 85.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Siouffi<\/strong>, Gilles (dir.), 2021&nbsp;: <em>Le sentiment linguistique chez Saussure<\/em>, Lyon, ENS \u00c9ditions, 2021.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>De Sta\u00ebl<\/strong>, Germaine, 1814&nbsp;: <em>De l&#8217;Allemagne<\/em>, Paris, Nicolle, Mame Fr\u00e8res, et R\u00e9\u00e9dition, 1968 Paris, Flammarion.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-default\"\/>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\">[1]<\/a> Jacques-Philippe Saint-G\u00e9rand, 2012 \u00ab&nbsp;Girault-Duvivier, Napol\u00e9on Landais, des grammaires sans histoire&nbsp;?&nbsp;\u00bb, <em>Vers une histoire g\u00e9n\u00e9rale de la grammaire fran\u00e7aise. Mat\u00e9riaux et perspectives<\/em>, B. Colombat, J.-M. Fournier et V. Raby \u00e9d., Paris, Honor\u00e9 Champion, p.&nbsp;367-391<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref2\" id=\"_ftn2\">[2]<\/a> Serreau et Boussi, <em>La Grammaire ramen\u00e9e \u00e0 ses principes naturels, ou trait\u00e9 de grammaire g\u00e9n\u00e9rale appliqu\u00e9e \u00e0 la langue fran\u00e7aise<\/em>, Paris, Dauthereau, Libraire, 1829, p. 85.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref3\" id=\"_ftn3\">[3]<\/a> L&#8217;auteur de la<em> Grammaire des Grammaires<\/em>, Paris, 1811, Porthmann, d\u00e9clarait en effet : &#8221;&nbsp;Cette Grammaire offre d&#8217;ailleurs un nouveau degr\u00e9 d&#8217;utilit\u00e9. Bien convaincu que la religion et la morale sont les bases les plus essentielles de l&#8217;\u00e9ducation ; que les r\u00e8gles les plus abstraites sont mieux entendues lorsqu&#8217;elles sont d\u00e9velopp\u00e9es par des exemples ; et qu&#8217;\u00e0 leur tour les exemples se gravent mieux dans la m\u00e9moire, lorsqu&#8217;ils pr\u00e9sentent une pens\u00e9e saillante, un trait d&#8217;esprit ou de sentiment, un axiome de morale, ou une sentence de religion, je me suis attach\u00e9 \u00e0 choisir de pr\u00e9f\u00e9rence ceux qui offrent cet avantage. J&#8217;ai en outre multipli\u00e9 ces exemples autant que je l&#8217;ai pu, et je les ai puis\u00e9s dans les auteurs les plus purs, les plus corrects; de sorte que, si dans certains cas, nos ma\u00eetres sont partag\u00e9s d&#8217;opinion; si certaines difficult\u00e9s se trouvent r\u00e9solues par quelques-uns d&#8217;entre eux d&#8217;une fa\u00e7on diff\u00e9rente, et qu&#8217;on soit embarrass\u00e9 sur le choix que l&#8217;on doit faire, sur l&#8217;avis que l&#8217;on doit suivre, on \u00e9prouvera du moins une satisfaction, c&#8217;est qu&#8217;on aura pour se d\u00e9terminer l&#8217;autorit\u00e9 d&#8217;un grand nom; car, comme l&#8217;a dit un auteur, Il n&#8217;y a de Grammairiens par excellence que les grands \u00e9crivains&nbsp;&#8220;, p. vi-vii.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref4\" id=\"_ftn4\">[4]<\/a> Bescherelle fr\u00e8res, et Litais de Gaux, <em>Grammaire Nationale ou Grammaire de Voltaire, de Racine, de Bossuet, de F\u00e9nelon, de J.-J. Rousseau, de Buffon, de Bernardin de Saint-Pierre, de Chateaubriand, de Casimir Delavigne,<\/em> Paris, Bourgeois-Maze, 1836, p. v-vi.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref5\" id=\"_ftn5\">[5]<\/a> R\u00e9dig\u00e9e sous la direction de Michael Riffaterre : <em>The Grammaire des Grammaires of Girault-Duvivier, A study of Nineteenth-Century French<\/em>, Mouton, The Hague, Paris, 1968.<\/p>\n\n\n\n<p><a id=\"_ftn6\" href=\"#_ftnref6\">[6]<\/a> Extrait de son article \u00ab&nbsp;Rationalit\u00e9 juridique et grammaire classique, in <em>Droit et Soci\u00e9t\u00e9<\/em>, 10\/1988, consult\u00e9 sur internet le 6 septembre 2022, \u00e0 l&#8217;adresse : <a href=\"https:\/\/www.persee.fr\/doc\/dreso_0769-3362_1988_num_10_1_1015\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">https:\/\/www.persee.fr\/doc\/dreso_0769-3362_1988_num_10_1_1015<\/a>)<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref7\" id=\"_ftn7\">[7]<\/a> Louis-S\u00e9bastien Mercier, <em>Mon Dictionnaire<\/em> (1798), <em>N\u00e9ologi<\/em>e o<em>u Vocabulaire de mots nouveaux, \u00e0 renouveler ou pris dans des acceptions nouvelles<\/em>, Paris, chez Moussard &amp; chez Maradan (1801). Voir \u00e0 ce sujet&nbsp;: J.-Ph. Saint-Gerand, \u00ab&nbsp;Louis-S\u00e9bastien Mercier&nbsp;: un \u00e9nergum\u00e8ne du langage \u00e0 la recherche du sens&nbsp;\u00bb in Lumi\u00e8res, Ombres, Tr\u00e9mulations, Hommage au Professeur Jacques Wagner, Paris, Hermann, 2022 pp. 425-454.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref8\" id=\"_ftn8\">[8]<\/a> Henri Frei, L<em>a grammaire des fautes<\/em> (1929), r\u00e9\u00e9d. Presses universitaires d Voir \u00e0 ce sujete Rennes, coll. Rivages linguistiques, avec une pr\u00e9face de Freiderikos Valetopoulos, 2011<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref9\" id=\"_ftn9\">[9]<\/a> Jacques-Philippe Saint-Gerand, \u00ab&nbsp;Les \u00eatres d\u2019un lieu commun ? Conceptions du style de la fin du XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle au d\u00e9but du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle&nbsp;\u00bb in Sophie Jollin-Bertocchi et Serge Linar\u00e8s (dirs), <em>Changer de style. \u00c9critures \u00e9volutives aux XX<sup>e<\/sup> et XXI<sup>e <\/sup>si\u00e8cles<\/em>, Leiden, Boston, Brill-Rodopi, 2020, pp. 13-32.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref10\" id=\"_ftn10\">[10]<\/a> Paris, Nicolle, 1811<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref11\" id=\"_ftn11\">[11]<\/a> Paris, Renduel, 1822.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref12\" id=\"_ftn12\">[12]<\/a> Jules Dessiaux, <em>Examen critique de la Grammaire des grammaires de Girault-Duvivier, avec des suppl\u00e9ments indispensables extraits des meilleures grammaires<\/em>, Paris, Hachette, 1832.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref13\" id=\"_ftn13\">[13]<\/a> C\u00e9sar Chesneau Dumarsais, <em>Trait\u00e9 des Tropes<\/em>, Paris, chez la Veuve de Jean-Baptiste Brocas, 1730, p. 2.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref14\" id=\"_ftn14\">[14]<\/a> d\u2019Alembert, Diderot, Toussaint, L\u2019Encyclop\u00e9die, 1<sup>re<\/sup> \u00e9d., t.&nbsp;Tome 1, 1751[s: Page : Diderot &#8211; Encyclop\u00e9die 1<sup>re<\/sup> \u00e9dition tome 4.djvu\/170| Wikisource], Article <em>Conversation<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref15\" id=\"_ftn15\">[15]<\/a> Marc Fumaroli, Trois institutions litt\u00e9raires, Paris, Gallimard, coll.&nbsp;\u00ab&nbsp;folio histoire&nbsp;\u00bb, 2010, p. 126.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref16\" id=\"_ftn16\">[16]<\/a> Madame de Sta\u00ebl, <em>De l&#8217;Allemagne<\/em>, Paris, Flammarion, 1968, pour qui, en conclusion du chapitre IX, <em>Des \u00e9trangers qui veulent imiter l\u2019esprit fran\u00e7ais <\/em>: \u00ab&nbsp;l&#8217;art de la conversation r\u00e9unit toutes les qualit\u00e9s imaginables mais n&#8217;a qu&#8217;un d\u00e9faut, c&#8217;est qu&#8217;il est mort&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref17\" id=\"_ftn17\">[17]<\/a> <em>Idem<\/em>, p. 150.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref18\" id=\"_ftn18\">[18]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref19\" id=\"_ftn19\">[19]<\/a> Je dis bien \u00ab&nbsp;esth\u00e9siques&nbsp;\u00bb, au sens o\u00f9 l\u2019esth\u00e9sie d\u00e9signe l\u2019aptitude \u00e0 percevoir des sensations, en un pr\u00e9alable \u00e0 ce que les conceptions du beau font \u00e9merger ensuite comme esth\u00e9tique des langues \u00e0 partir d\u2019une aperception de leurs discours, en laquelle le sentiment \u00e9pilinguistique, mixte d\u2019impressions inconscientes et d\u2019habitudes d\u2019usage conditionn\u00e9es par l\u2019\u00e9thos social, retrouve alors toute son importance.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref20\" id=\"_ftn20\"><\/a>&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-default\"\/>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ednref1\" id=\"_edn1\"><\/a>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Jacques-Philippe Saint-GerandF. 63380 Miremont Alain Berrendonner soulignait nagu\u00e8re L\u2019\u00c9ternel grammairien dans un ouvrage dont le titre pr\u00eatait intentionnellement \u00e0 au moins deux interpr\u00e9tations. Au terme de la lecture de son ouvrage cette ambigu\u00eft\u00e9 se r\u00e9solvait et laissait place \u00e0 l\u2019affirmation que derri\u00e8re tout linguiste s\u2019entrevoit plus ou moins un grammairien, au sens o\u00f9 ces derniers [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[17,21],"tags":[78,186,231,235,382],"class_list":["post-7330","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-colloqueais","category-news","tag-colloque","tag-grammairiens","tag-langue","tag-langue-nationale","tag-style"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/ais.airaud.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7330","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/ais.airaud.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/ais.airaud.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ais.airaud.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/ais.airaud.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=7330"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/ais.airaud.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/7330\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/ais.airaud.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=7330"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/ais.airaud.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=7330"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/ais.airaud.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=7330"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}